• Je doute, donc j′écoute

    Par Doris Vargas-Hordosch

    Dans le monde actuel et complexe le doute est de mise. Faut-il donc se résigner à vivre dans un état permanent d’incertitude, ou la Bible propose-t-elle une ouverture ?

    Nous sommes les héritiers de la pensée de Descartes qui disait : « Je pense donc je suis ». Pour en être arrivé là, il a fallu tout remettre en cause, balayer toutes sortes de convictions et opinions, l’expérience par les cinq sens, voire l’existence de Dieu et la religion. Aujourd’hui, l’exigence de tout aborder par la raison et de tout mettre en question fait partie de notre vie, comme l’air que nous respirons… Impossible de rester en apnée ! Pourtant, il y a quelques mois, à la fin du Grand débat qui a mis en mouvement différentes idées, propositions et plaintes dans notre pays, certains intellectuels ont osé dire à notre président qu’il ne doutait pas assez, qu’il était, en quelque sorte, incapable de revisiter ses positions bien réfléchies et bien argumentées. Faudrait-il donc arriver à douter du doute ? Quelles sont les limites de cette mise en question permanente ?

    Côté chrétien, le doute a mauvaise presse. Ne lisons-nous pas dans la Bible : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu, celui qui s’approche de lui doit croire… » (Hébreux 11.6) ? Et Jésus n’a-t-il pas reproché à son disciple Thomas de douter ? Foi et doute paraissent donc s’exclure. C’est bien pour cette raison que les chrétiens sont souvent perçus dans la société comme naïfs, rigides et arriérés dans leurs prises de position face aux questionnements bien complexes de notre époque.

    Nous voulons donc nous mettre en mouvement et accompagner Thomas pour voir si dans la Bible, il y a également une place pour le doute en tant qu’espace permettant d’interroger des certitudes trop figées et de rester disponible pour l’inattendu.

    Tout d’abord, rappelons que la Bible n’a pas été écrite à l’époque des Lumières, mais bien avant. Le doute n’est donc pas considéré comme un acte de réflexion ou de mise en question, mais plutôt comme un « non-choix », un « non-positionnement », une hésitation sans fin. Parfois, il est aussi l’équivalent de l’incrédulité, de l’incapacité, de la difficulté de croire. D’autre part, croire n’est pas simplement « admettre, penser » ; c’est plutôt de l’ordre de l’adhérence, comme une ancre jetée dans la mer s’accroche au fond et assure la sécurité du navire.

    Suivons donc Thomas. Selon l’évangile de Jean (chapitre 20), après sa résurrection, Jésus va à la rencontre de ses disciples barricadés derrière des portes fermées. En leur souhaitant la paix, il leur montre ses mains et son côté (qui avaient été transpercés sur la croix) et les disciples se réjouissent de voir leur Seigneur ressuscité. Ils racontent l’expérience à Thomas qui n’a pas vu Jésus ressuscité. Il dira alors cette parole : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne croirai pas ! » (Jean 20.25). Depuis ce moment-là, on lui a collé l’étiquette d’homme qui doute, on lui a reproché de manquer de foi. Pourtant, Thomas ne demande rien d’autre que ce que Jésus, de sa propre initiative, a montré aux autres disciples. De quel droit l’accusons-nous ?

    En fait, l’histoire de Thomas nous enseigne comment grandir par le biais du doute. Thomas n’est pas tant celui qui doute, mais celui qui cherche à tout éprouver par lui-même. Il ne se contente pas de croire ce que les autres lui racontent. Il veut voir et toucher par lui-même. Lorsque nous sommes ébranlés dans notre foi, en proie à des situations éprouvantes, nous pouvons nous mettre à l’école de Thomas. La foi a besoin d’expérience1. Sans expérience, elle perd sa saveur et ne devient que croyance, opinion. Mais il faudra aussi accepter la réponse inattendue de Jésus. En effet, lorsque huit jours plus tard, Jésus apparaît de nouveau aux disciples, il répond à la demande de Thomas et Thomas peut voir, Thomas peut toucher. Qu’est-ce que cela veut dire pour lui ? Que le Seigneur l’a entendu ! Qu’il tient compte de sa demande, de son cri, de ses besoins. Et Thomas répondra par une magnifique déclaration de foi (Jean 20.28) (voir article en p.4-5). Il ne déclare pas simplement que Jésus est Dieu, mais c’est une parole personnelle par laquelle il exprime comment la rencontre avec le Ressuscité l’a touché au plus profond. Jésus est pour lui quelqu’un à qui il appartient désormais. Comme Jésus a accepté le doute de Thomas, son expérience de foi a pu s’épanouir, s’approfondir.

    Pourtant Jésus lui dit aussi : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » (Jean 20.29) Je retiens surtout que cette réponse surprenante de Jésus n’est pas un reproche, mais une interpellation, voire une béatitude2.

    On pense souvent que ces paroles sont destinées à tous les chrétiens qui croiront sans avoir eu le privilège de voir et toucher Jésus. Pourtant, si notre foi peut s’identifier avec celle de Thomas, nous devons donner un sens différent à cette parole. Il y a en effet deux chemins : il y a des moments où la foi est confirmée par des expériences et des sensations, mais il n’est pas possible de forcer l’expérience. Il y a aussi des moments où l’on est confronté à un désert, à l’obscurité, au vide. Jésus nous dit que la foi peut, par moment, dépasser l’expérience, qu’elle peut continuer à exister même lorsque Dieu semble absent, même dans la maladie et les épreuves. Si Jésus adresse cette parole singulière à Thomas sous la forme d’une béatitude c’est qu’elle contient en quelque sorte la promesse d’y être accompagné. Jésus lui-même n’a-t-il pas dû affronter cette obscurité à la croix ?

    Revenons au doute. Il est évident que le doute tel que le décrit la Bible n’a rien à voir avec la mise en question systématique et purement intellectuelle. En fait, le doute tel qu’il ressort dans l’histoire de Thomas semble davantage lié à une écoute attentive qui crée un espace ouvert dans lequel tout devient possible. Le Jésus de la Bible me touche car il tient compte des besoins et des fragilités humains. En même temps, il lance aux hommes et femmes de toutes les époques des défis leur permettant d’aller plus loin. Il leur procure aussi la sécurité dont ils ont besoin pour grandir et respecte toujours leur liberté.

    Nous vivons une époque compliquée et complexe. L’exemple de Thomas nous apprend qu’il n’est pas toujours utile de tout décortiquer, de trouver des arguments pour tout et son contraire. Que Dieu lui-même est à notre écoute et que l’écoute de l’autre ouvre un espace à des possibles insoupçonnés.

    1. Anselm Grün, Petit manuel de guérison intérieure, Albin Michel, 2001, p. 85-86.
    2. Matthieu 28.17 relate aussi que « certains eurent des doutes ». Jésus ne leur fait pas de reproches mais leur répond en les rassurant que tout pouvoir lui a été donné… et leur donne la mission d’aller faire des disciples.

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    Cet ouvrages s’adresse à des « chercheurs de vérité ». Ils y trouveront, grâce aux textes bibliques cités, un itinéraire qui les guidera sur la voie de Dieu, « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2 : 4)

  • Peut-on tout demander à Dieu ?

    Par Elise Lazarus

    Quand on se lance dans la pratique de la prière, une question se pose parfois : est-ce que je peux tout demander à Dieu ? N′y a-t-il pas des sujets égoïstes,tabous qui n′auraient pas leur place dans ma requête ?

    Que l’on soit en recherche de Dieu ou dans une relation de foi déjà engagée depuis longtemps, nous sommes incités par bien des écrits de la Bible à pratiquer la prière. Elle est l’un des fondements de la vie chrétienne : la possibilité de la prière libre, comme une discussion privilégiée avec Dieu, c’est aussi une opportunité incroyable qui tisse et approfondit la relation toute personnelle que nous entretenons avec le divin. Elle peut se vivre et s’intérioriser de façons très différentes selon les personnes et les circonstances : calme ou exaltée, silencieuse, parlée, seul ou en groupe. L’apôtre Paul, dans sa lettre aux Thessaloniciens, indiquera :

    « Priez sans cesse. Rendez grâces en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ »
    (1 Thessaloniciens 5.17).

    La prière a une importance primordiale pour celui qui recherche Jésus. Mais nos intentions de prière peuvent aussi être confrontées à des hésitations et des doutes. Ma requête est-elle acceptable ? Audible par Dieu ? Suis-je dans les règles de la prière pour être exaucé ? Toutes ces interrogations peuvent être résumées en deux grandes questions : est-ce que certains sujets sont inappropriés quand je m’adresse à Dieu ? Et est-ce que mes demandes, inquiétudes et problèmes ne sont pas trop triviaux devant le divin ? Prenons l’exemple de l’argent et des biens matériels. Est-ce que demander pour soi-même une voiture, un meilleur travail ou une somme d’argent est malvenu ?

    Notre société, imprégnée de philosophie grecque parfois jusque dans notre compréhension de la foi et la religion, aurait tendance à nous dire que le matériel est un sujet profane. C’est-à dire qu’il ne devrait rien avoir à faire avec le spirituel, et donc ne devrait pas avoir de place dans la prière. Pourtant la Bible ne prend pas du tout cette direction. Paul a écrit :

    « Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications »
    (Philippiens 4.6)

    et Jésus lui-même affirmera à propos des biens matériels :

    « Votre Père céleste sait que vous en avez besoin »
    (Luc 12.30)

    Il n’est pas malvenu de faire part à Dieu de nos soucis, y compris matériels. Au contraire, nous sommes appelés à les présenter avec honnêteté devant lui. Il n’y pas de question trop petite ou insignifiante. Il n’y a pas d’inquiétude trop terre à terre pour être présentée à Dieu. Dans l’absolu, Dieu n’a pas besoin que nous exprimions nos besoins. L’évangéliste Matthieu précise :

    « Votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez »
    (Matthieu 6.8)

    La prière n’existe pas pour que Dieu soit informé de nos besoins mais pour que nous partagions le poids de nos soucis avec lui et lui exprimions notre désir de voir son intervention dans nos difficultés. De plus, prier face à une situation inquiétante, douloureuse ou même angoissante nous oblige à nous poser, mettre des mots sur nos sentiments et nos peurs.

    Cette supplique à Dieu nous permet de prendre du recul sur la situation et de l’affronter avec plus de paix – que la réponse de Dieu à notre prière soit positive ou non. Je peux tout demander à Dieu, sans crainte de dépasser les bornes, mais je dois me confronter à la possibilité que ses réponses ne seront pas toujours celles que j’espérais.

    Source : Revue Signes des Temps - Janvier-Février 2019

    REVUE SIGNES DES TEMPS ABONNEMENT 2019

    La revue Signes des Temps est une revue à 6 parutions de Janvier à Décembre 2019.
    Elle cherche à poser un regard chrétien sur notre vie et notre époque.
    Une revue bimestrielle pour approfondir et partager sa foi.

  • Le jugement, une perspective chrétienne

    Par Bernard Sauvagnat

    La figure du Dieu juge et l′annonce du jugement dernier sont souvent associées à des représentations effrayantes. Et si la Bible véhiculait une vision plus positive qu′on le croit ?

    La justice de Dieu La plupart des chrétiens que j’ai rencontrés sont peu enthousiastes à l’idée que Dieu soit en fin de compte le grand juge lors du jugement dernier.

    Cette réaction négative me semble résulter de la dimension morale de la foi chrétienne. Les deux grands principes que sont « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et tu aimeras ton prochain comme toi-même » provoquent facilement la culpabilisation, car très peu ont l’audace de prétendre aimer vraiment tous leurs prochains. Beaucoup de chrétiens ont donc conscience de ne pas être à la hauteur des exigences éthiques de leur foi. C’est d’ailleurs ce qui décrédibilise le christianisme. L’écart entre le discours et la pratique remet en cause la pertinence de cette foi chez beaucoup de ses observateurs.

    La grâce

    Mais ces constats ne rendent pas compte de ce qu’est vraiment la foi chrétienne. Le Christ se présente comme sauveur. Le salut est justement destiné à des personnes qui ne sont pas à la hauteur, qui ont des reproches à se faire, qui sont conscientes de leur culpabilité. Or, dans la foi chrétienne, ce salut est offert par grâce. Il ne se mérite pas. Il n’y a rien à payer pour l’obtenir. C’est Dieu, lui-même, qui l’offre. C’est lui qui en paie le prix. Et le prix c’est Jésus, le Christ, son fils. Personne ne devrait donc s’étonner de voir des chrétiens imparfaits, car ils sont tous, comme le disait Martin Luther, des justes ou des justifiés, tout en étant encore des pécheurs donc des coupables.

    La responsabilité

    Revenons à la notion du Dieu juge. Plusieurs textes de la Bible affirment que tous les humains comparaitront devant le tribunal divin, que personne n’y échappera. C’est à mon avis une manière de dire que Dieu est juste. Mais cela veut surtout dire que l’être humain a été créé responsable de ses choix et de ses comportements. Cette justice de Dieu est présentée comme plus juste que celle des hommes, car Dieu ne juge pas seulement les actes et les paroles, mais aussi les pensées et les motivations profondes qui échappent souvent aux juges humains. Cette responsabilité constitue notre dignité : elle fait de nous des êtres libres, pas des pantins manipulés par des forces spirituelles supérieures.

    Victimes

    Pourtant, c’est vrai, la Bible parle aussi de telles puissances maléfiques, de démons, du tentateur, du diable, de Satan.

    Aujourd’hui, ces notions sont considérées par beaucoup comme de la mythologie, relevant d’une conception du monde qui ne correspond pas à notre perception dite scientifique. Je ne pense pas utile d’entrer dans un débat à ce propos maintenant. Pour moi, ce que ces notions veulent aussi nous dire, c’est que nous sommes victimes. Nous n’avons pas demandé à vivre dans un monde où le mal existe, où nous souffrons pour finalement mourir. Certes nous portons notre responsabilité, mais nous sommes aussi les victimes d’injustices, de décisions que nous n’avons pas prises et de misères qui nous tombent dessus.

    Partie civile

    Or, les victimes réclament toujours que justice soit faite. Il faut trouver les coupables, découvrir ce qu’ils ont fait et ce qui les a motivés. Puis les juger et les condamner. Tant que cette justice ne s’est pas prononcée et que son verdict n’est pas estimé équitable, les victimes restent insatisfaites, elles ne peuvent faire le deuil de ce qu’elles ont perdu. Dans la Bible, on trouve aussi des textes où des victimes réclament le jugement divin, des textes où le jugement final fournit l’apaisement nécessaire aux victimes.

     » Dans la Bible, des victimes réclament
    le jugement divin, qui fournit
    l’apaisement nécessaire « 

    Juge et avocat

    La foi chrétienne présente le Christ comme l’avocat de ceux qui croient en lui. Il y a encore trop de sociétés humaines où les jugements sont sommaires, se déroulent uniquement à charge et où la défense ne peut s’exprimer. Ou bien, lorsqu’elle s’exprime, elle est manipulée. Avoir un avocat, un bon avocat, pas seulement quelqu’un d’habile dans ses plaidoyers, mais quelqu’un qui aime son client au point de donner sa vie pour lui, c’est affronter le tribunal avec confiance quand on y est accusé. Plus encore, l’apôtre Jean va jusqu’à dire que Dieu, le Père, a remis tout jugement à son fils (voir encadré), à Jésus parce qu’il est fils de l’homme, c’est-à-dire quelqu’un qui a expérimenté la condition humaine. En quelque sorte, c’est Jésus qui est juge. Or, la vie de ce Jésus, telle qu’elle est évoquée par les évangiles, ne laisse aucun doute sur sa compassion, sur son amour. Que peut-il y avoir de plus rassurant pour quelqu’un qui se sent appelé à comparaître ?

    Échapper au jugement

    Nous sommes donc, dans la perspective chrétienne, à la fois responsables et victimes. Seul Dieu, tel qu’il a été révélé dans la personne de Jésus de Nazareth, est apte à prononcer un jugement équitable sur nous, humains. Les forces et les agents du mal, y compris humains, qui se rangent de leur côté, seront jugés et condamnés. Les coupables et victimes qui se rangent du côté du Christ, défendus par leur avocat, seront justifiés et finalement ne passeront pas par le verdict d’un jugement, et bénéficieront d’un non-lieu. Telle est ma vision de Dieu et de son jugement.


    QUI A PEUR DU DIEU DE L′ANCIEN TESTAMENT ?

    Alden Thompson désire nous conduire à saisir plus clairement ce que Dieu attend de nous et quel regard nous pouvons poser sur Lui.

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  • Bible, politique et vérité

    Par Ralph Seechurn
    Pasteur

    À l’époque de Jésus, la Palestine est sous domination romaine. Le jeune homme, qui n’a pas suivi le cursus académique pour devenir un rabbi, un enseignant, jouit pourtant d’une popularité croissante auprès du peuple juif. Ses discours sont courus. Il y bouscule les habitudes, confronte les traditions au vécu, ne se conforme pas (ou pas toujours) aux conventions et aux rites.

    Les autorités religieuses voient cet agitateur d’un très mauvais oeil, d’autant qu’il n’a pas honte de se présenter comme le fils de Dieu – dont il annonce le royaume (c’est pour le parodier qu’il sera appelé « roi »). Jusqu’au jour où la coupe est pleine : pour le faire arrêter, les chefs religieux montent un dossier d’accusation et remettent Jésus entre les mains du pouvoir romain. Ponce Pilate, le procureur, le reçoit pour entendre sa version des faits :

    – Pilate lui dit : Tu es donc roi ?

    – Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix.

    – Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ?

    Après avoir dit cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et il leur dit : Je ne trouve aucun crime en lui » (Jean 18.37-38, version Louis Segond).

    Cet extrait de l’évangile de Jean donne à la fois une définition de la vérité et une idée du rapport qu’elle est susceptible d’entretenir avec le pouvoir (en l’occurrence politique). Tandis que Jésus présente la vérité comme une façon d’être au monde (Jésus dit par ailleurs qu’il est la vérité), Pilate la conçoit comme un objet : « Qu’est-ce que la vérité ? ». Il le demande après que Jésus ait pourtant donné en exemple sa propre façon d’être.

    La question du procureur est-elle existentielle ou reflète-t-elle simplement son conflit intérieur ?

    La suite montre que par trois fois, Pilate dira qu’il n’a rien trouvé qui puisse justifier la condamnation de Jésus, mais il n’aura pas le courage politique de faire triompher la vérité. Il n’est pas prêt à assumer ensemble son pouvoir décisionnel et une vérité qui va à l’encontre de ce que la foule, manipulée par les chefs religieux, plébiscite devant lui (à savoir la condamnation de Jésus). Cela pourrait lui coûter son poste. Son arbitrage se fera finalement au détriment de la vérité, avec pour conséquence directe la crucifixion d’un homme qu’il estime innocent et, peut-être indirectement, son limogeage en l’an 36 puis, à la suite d’autres événements, son suicide.

    Extrait de la revue "Signes des Temps" de janvier-février 2018

    REVUE SIGNES DES TEMPS ABONNEMENT 2018

    La revue Signes des Temps cherche à poser un regard chrétien sur notre vie et notre époque. Une revue bimestrielle (6 parutions de Janvier 2018 à Décembre 2018.) pour approfondir et partager sa foi .

  • Noël et Hanoucca

     

     Par Joseph du Mesgnil d′Engente

    « En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre. Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville. Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, afin de se faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Pendant qu’ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva, et elle enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. » Extrait du récit de la naissance de Jésus. Évangile de Luc 2.1-6, version Nouvelle édition de Genève 1979.

    La fête de Hanoucca

    Alors que les chrétiens célèbrent Noël et la venue du Sauveur, les juifs fêtent Hanoucca.

    La fête de Hanoucca, ou fêtes des Lumières, a une très grande importance pour le peuple juif. Bien que n’étant pas une fête instituée par Dieu, elle est mentionnée dans les Écrits apostoliques sous le nom de fête de la Dédicace. Il est dit qu’à cette occasion, Jésus « se promenait dans le Temple, sous le portique de Salomon » (Jean 10.22). Cette fête célèbre la purification de l’autel des holocaustes du second Temple, qui avait été souillé par le roi séleucide grec, Antiochus IV Épiphane. Voulant imposer lourdement les Juifs et mettre fin aux querelles entre les deux prétendants au titre de Grand Prêtre d’Israël, il interdit le culte juif, et le Temple restera sans services, du 7 décembre 167 au 17 décembre 164 av. J.-C. La reconsécration du Temple constitue un événement important de la révolte des Maccabbées dont Mattatias, le Père, Judas et Simon, deux de ses sept fils, sont les illustres représentants.

    La tradition rapporte qu’il ne restait plus qu’une petite fiole d’huile d’olive permettant l’allumage de la ménorah (le chandelier à sept branches se trouvant dans le Lieu saint du Temple) durant une seule journée. Or, cette fiole permit d’en éclairer les sept lampes, durant les huit jours nécessaires à la production de la nouvelle réserve d’huile. La fête de Hanoucca célèbre cet événement, encore de nos jours. On allume une lampe d’une Hanoukia (chandelier à neuf branches), chaque jour, jusqu’à son allumage complet, le huitième jour. On mange des friandises à l’huile d’olive, notamment les soufganiyot. Elle se déroule dans les environs de Noël, cette année, du 13 au 20 décembre.

    Source : Revue Signes des Temps de décembre 2017

    REVUE SIGNES DES TEMPS ABONNEMENT 2018

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  • Un royaume universel

    Propos recueillis par Claire Bernole
    L′Ancien Testament raconte, parmi ses nombreux récits, comment Dieu devient le guide du peuple d′Israël. Libérés de l′esclavage en Égypte, les Hébreux vont organiser leur société, se structurer et se hiérarchiser.
    Que nous apprend leur histoire du rapport plus que millénaire que l′homme entretient avec le pouvoir ?

    Que dévoile-t-elle au lecteur contemporain de l′idéal dont Dieu rêve pour l′être humain ?
    Quelques éléments de réponse avec Esly Vargas-Hordosch, pasteur.
    Dans l′Ancien Testament, le peuple hébreu n′a dans un premier temps de son histoire ni roi ni président. Est-ce à dire qu′une société peut fonctionner sans structure politique ?

    On se représente souvent le peuple d’Israël à partir de l’Exode, juste après sa sortie d’Égypte. Il a alors à sa tête Moïse, qui est un élu. C’est-à-dire que Dieu l’a appelé et lui a confié une mission auprès des tribus d’Israël et une autorité 1. Son adjoint, Aaron, est aussi dépositaire de cette autorité 2. Ce sont des personnes désignées par Dieu. Sur cette base, l’organisation du peuple va continuer à se structurer. Mais tandis que les hommes ont besoin de discuter pour se mettre d’accord sur des valeurs et des règles, ici c’est Dieu qui propose. Les choix qui sont faits dépassent donc la réflexion ou le consensus humain sur ce qu’il faut faire ou pas du point de vue social, économique, écologique, juridique…

    Dans le prolongement de ce qui a déjà été mis en place, un sage, le prêtre Jéthro, va proposer à Moïse une structure politique qui consiste à créer une sorte d’administration en instaurant des niveaux hiérarchiques intermédiaires. Jéthro voit son beau fils Moïse travailler jour et nuit 3. Le partage du travail est important pour préserver Moïse et pour le bien être du peuple. Son argument est qu’ainsi, Moïse pourra se consacrer à sa véritable tâche : représenter le peuple devant Dieu et recevoir de lui les lois, et l’orientation pour diriger le peuple. Que ce soit de façon spontanée ou voulue par le divin, il y a toujours eu une structure. On ne peut pas s’en passer. La sagesse biblique souligne la nécessité de partager le pouvoir et les décisions 4.

    Toutefois, il faut souligner que s’agissant des personnes élues par Dieu ou choisies dans le prolongement de sa volonté, le réflexe n’est pas de s’interroger sur leurs idées ou leur formation mais sur leurs qualités : « des hommes de valeur, craignant Dieu, des hommes loyaux qui détestent le gain malhonnête »5. C’est plus qu’une simple question de structure. Quels dirigeants recherchons-nous ? Il n’y a pas que le programme qui compte !

    Dans les moments de crise, la tentation de se tourner vers un pouvoir fort qui rassure n′est-elle pas la même à toutes les époques ?

    Le peuple d’Israël avait déjà un roi en la personne de Dieu, qui l’avait libéré du joug égyptien en faisant des miracles. On peut donc considérer que c’était déjà un pouvoir fort (voir encadré page 8). Si les Israélites veulent avoir un roi (un homme), ce n’est pas parce que le pouvoir leur semble affaibli mais parce que leur grand prophète et juge, Samuel, est devenu vieux. Ils pensent à la suite : « Nous n’aurons pas d’autre leader d’une telle envergure ». En outre, les enfants de Samuel sont corrompus, on ne peut pas leur faire confiance. Le peuple se demande donc ce qu’il va devenir…6 Par ailleurs, les Hébreux se méfient de… [Lire la suite dans la revue « Signes des Temps » de mai-juin 2017]

    Notes :

    1. Exode 3.7-12.
    2. Exode 4.14-16.
    3. Exode 18.13-18.
    4. Proverbes 11.14.
    5. Exode 18.21.
    6. 2 Samuel 8.1-5.


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  • « Vous êtes le sel de la terre »

    Par Élise Lazarus
    Les préoccupations du Christ à l′égard de ses contemporains étaient aussi bien spirituelles que matérielles, physiques et pratiques. Un appel à tous ceux qui le souhaitent, et en particulier aux chrétiens, à s′engager concrètement au service de ceux qui les entourent.

    Pendant trois années, Jésus a parcouru les chemins de la Palestine pour transmettre son message d’amour et de pardon. Dans le même temps, un autre aspect de son activité était indissociable de son message. C’est son action de restauration auprès de toutes les sortes de laissés pour compte de la société de son époque : malades et handicapés réduits à la mendicité, étrangers méprisés pour leur « paganisme », gens aux mœurs dissolues ou au travail réprouvé par la société.

    Jésus guérit, réconforte, défend, rétablit les individus dans leur statut d’être humain. Il n’est jamais indifférent à la misère de ceux qui l’entourent. Au point parfois d’être jugé durement par ses contemporains pour ses mauvaises fréquentations1. Pendant ces années, l’oeuvre de Jésus a été spirituelle mais aussi profondément sociale. Les disciples du Christ, puis à leur tour les premiers chrétiens, ont été convaincus de la nécessité de cette double dimension.

    C’est ce qui amènera Jacques à écrire :

    « Supposez qu’un frère ou une sœur manquent de vêtements et n’aient pas tous les jours assez à manger. Et voilà que l’un de vous leur dit : Au revoir, mes amis, portez-vous bien, restez au chaud et bon appétit, sans leur donner de quoi pourvoir aux besoins de leur corps, à quoi cela sert-il ? »2.

    Il n’était pas envisageable que la foi, la vie chrétienne, s’exprime sans une conscience de l’importance du bien être matériel, mais aussi moral et spirituel de ceux qui les entouraient.

    Aujourd’hui encore, le même appel résonne pour les chrétiens du XXIe siècle. Dans quelle mesure le croyant peut-il vivre une action sociale ? Comment peut-il faire une différence dans une société qui se veut laïque? Jésus, en son temps, a donné une image qui reste extrêmement actuelle. Il a comparé les chrétiens à du sel : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? »3.

    Le sel est un élément passionnant de la cuisine. Il y est même indispensable pour la réussite d’un plat. Pourtant, le rôle même du sel est de disparaître, de fondre dans les éléments avec lesquels il est en contact pour leur permettre d’exprimer le maximum de saveur. Cette parabole doit avant tout se lire à un niveau spirituel, mais elle peut aussi être interprétée sous l’angle de l’action sociale. Les chrétiens sont alors appelés par le Christ à se fondre, à se mélanger à la société, à se mettre au service de ses membres et à proposer un apport spécifique autour d’eux. Si le sel… [Lire la suite dans la revue]

    Notes

    1. Voir dans la Bible Matthieu 9.11 : « Les pharisiens virent cela, et ils dirent à ses disciples :
      Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie ? »
    2. Cf. Jacques 2.15-16.
    3. Cf. Matthieu 5.13.
    Source : Signe des temps - Mai Juin 2017

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  • Jeûner

    jeune-et-prieres

    Par Gabriel Monet

    Jeûner, ou s′abstenir volontairement de nourriture, est-il réservé aux ascètes ?
    Pas forcément, surtout si l′on étend l′idée de jeûne à d′autres domaines que l′alimentation. Pourquoi ne pas se passer pendant un jour, ou plus, de télévision ou de tablette ?

    Pour ceux qui vivent dans un contexte de manque, la privation de nourriture est le plus souvent subie et engendre la faim. Cela induit une quête souvent vitale pour trouver de quoi subvenir aux besoins physiques de son être, ou pire, à ceux de ses enfants. L’absence de nourriture est alors regrettable et même insoutenable. À l’inverse, pour ceux qui vivent dans un contexte d’abondance − voire de surabondance −, s’abstenir de manger s’appelle en général un régime. Aussi légitime que soit cette pratique, elle est marquée par une attention à soi et en particulier à son corps, afin de limiter la prise de poids, ou idéalement de voir quelques kilos disparaître.

    En contraste avec ces deux situations d’abstention de nourriture, le jeûne est une pratique qui a une dimension spirituelle. L’abstinence
    plus ou moins complète de nourriture est alors liée à une attitude vis-à-vis du divin empreinte d’humilité. Dans l’histoire, le jeûne a souvent été considéré comme ayant une vertu magique en vue d’apaiser la divinité. Dans la Bible, le mot « jeûner » va de pair avec l’idée de s’affliger, de s’humilier, de mortifier son âme.

    Cependant, les prophètes mettaient surtout l’accent sur l’état d’esprit de repentance, de recherche de Dieu et d’humilité dont le jeûne est d’abord un signe et non une fin en soi1.

    Suggestions pour pratiquer le jeûne

    ●● S’abstenir occasionnellement ou régulièrement de manger pendant un repas, une ou plusieurs journées et remplacer le(s) repas par un temps de lecture, de prière, de marche, de méditation.
    ●● Une alternative au jeûne alimentaire pourrait être de vivre sans téléphone mobile, sans ordinateur, sans tablette ou sans télévision pendant un ou plusieurs jours.

    Cette dimension symbolique du jeûne est également mise en avant par Jésus, tout en demeurant un geste fort, qui marque une réalité d’engagement spirituel. Il est vrai que les contemporains du Christ en avaient fait un signe extérieur de piété qui ne résonnait pas toujours positivement avec la tonalité du coeur. Pour Jésus, le jeûne est d’abord un acte volontaire, personnel et idéalement secret, en tout cas discret2. Jésus n’impose le jeûne à personne et s’il le vit lui-même, c’est pour se mettre dans les meilleures dispositions pour vivre sa mission et être connecté avec son Père3.

    Le jeûne concerne, c’est vrai, en premier lieu la nourriture, mais pas exclusivement. C’est finalement le fait de se passer volontairement
    de quelque chose, pendant un temps donné, récurrent ou pas, et ainsi marquer une forme de détachement des choses matérielles et orienter sa vie pour approfondir sa dimension spirituelle, s’ouvrir à l’influence et à l’action de Dieu.

    Jeûner avec un but spécifique…

    Depuis quelques mois, face aux défis liés au changement climatique, une initiative mondiale et interreligieuse s’est mise en place : jeûner le 1er de chaque mois pour la justice climatique ! L’intensification du dérèglement du climat due à l’activité humaine n’est pas une fatalité. La Conférence qui se tiendra sur le sujet au Bourget en décembre 2015 est une opportunité pour que des décisions importantes et responsables soient prises en vue de limiter l’impact des humains sur la planète. Les politiques assumeront-ils leur responsabilité ? Un jour de jeûne chaque premier jour du mois pourra en tous cas signifier un intérêt, marquer une orientation et encourager des décisions.
    Plus d’infos sur : www.jeunepourleclimat.org

    1. Lire à ce sujet dans la Bible Esaïe 58.3-7 et Zacharie 7.5.
    2. Cf. Matthieu 6.16-18 ; 9.14-17.
    3. Cf. Luc 4.1-4.

    Source : Revue Signes des temps - n° 1624 - Mars-avril 2015 - page 13

    magazine-cover-bw-3d-october-croppedREVUE SIGNES DES TEMPS – ABONNEMENT 2017

    La revue Signes des Temps est une revue à 6 parutions, elle cherche à poser un regard chrétien sur notre vie et notre époque. Une revue bimestrielle pour approfondir et partager sa foi.

  • La laïcité : la liberté de croire ou de ne pas croire

    Par Jean-Paul Willaime – Directeur d′études à l′École Pratique des Hautes Etudes – Sorbonne, Paris – Groupe Sociétés, Religions, Laïcités

    Un État laïque ne professe ni une religion, ni l′athéisme. En tant qu′État, il reste neutre et garantit la liberté de religion et de conviction. C′est dans ce cadre que les différentes Églises peuvent déployer leur témoignage et leur action.

    La laïcité est souvent mal comprise et mal interprétée, elle peut aussi être politiquement instrumentalisée, notamment en réaction à la présence d’une forte minorité musulmane dans la population. Particulièrement en France où l’on oppose trop souvent les « laïques » aux « croyants » (alors que la majorité des croyants sont tout aussi laïques que les réputés « laïques »), il est nécessaire de bien distinguer deux conceptions de la laïcité : la première en fait un principe général des démocraties pluralistes où l’État respecte la liberté de conscience, de pensée et de religion de ses concitoyens et reste neutre en matière de religions et de conceptions de la vie ; la seconde, qui n’est pas la laïcité comme principe constitutionnel de la République française, en fait une conception philosophique promouvant, en alternative aux conceptions religieuses, une vision séculariste de l’homme et du monde et une critique systématique des religions (identifiées à l’obscurantisme et au fanatisme). C’est la première conception qui est la véritable laïcité. Si, en effet, la laïcité, c’est bien la neutralité de l’État, des institutions et agents publics en matière de religions et de convictions, ce n’est aucunement un athéisme d’État, c’est-à-dire une option philosophique de l’État promouvant l’irreligion plutôt que la religion. L’État laïque respecte les choix religieux et philosophiques de chacun sans privilégier une religion ou une philosophie athée particulière. Selon l’article 1er de notre Constitution, « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion.

    Différentes sources religieuses et non
    religieuses ont nourri ce qui est devenu le socle
    moral commun des sociétés démocratiques

    Elle respecte toutes les croyances ». L’État de nos démocraties libérales ne s’appuie donc, en tant que tel, ni sur une religion ni sur une philosophie athée, c’est un État séculier (Secular State) et non un État séculariste (Secularist State) hostile à la religion. Il est par ailleurs important de souligner que c’est l’État qui est laïque, pas la société. Les personnes qui composent cette dernière peuvent y avoir des options religieuses ou non très diverses et les États peuvent prendre en compte de diverses manières cette composante des sociétés civiles en intégrant leurs contributions à la vie publique.

    Les trois principes suivants définissent la laïcité :

    1. La liberté de conscience, de pensée et de religion qui inclut la liberté d’avoir une religion ou de ne pas en avoir, la liberté de changer de religion et de pratiquer ou non la religion de son choix (dans les seules limites du respect des lois, de la démocratie et des droits de l’homme) ;

    2. L’égalité de droits et de devoirs de tous les citoyens quelles que soient leurs identifications religieuses ou philosophiques, c’est-à-dire la non-discrimination par l’État et les pouvoirs publics des personnes en fonction de leurs appartenances religieuses ou philosophiques ;

    3. L’autonomie respective de l’État et des religions, ce qui signifie aussi bien la liberté de l’État par rapport aux religions que la liberté des religions par rapport à l’État (dans le respect des lois et des droits de l’homme en démocratie).

    Dans le domaine scolaire, si à travers les contrats d’association avec l’État prévus par la loi Michel Debré de 1959, des écoles peuvent participer au service public de l’Éducation nationale tout en conservant leur caractère propre et leur identité religieuse particulière – comme c’est le cas de l’ensemble scolaire privé Maurice Tièche à Collonges-sous-Salève – c’est bien parce que l’État reconnaît que ces établissements remplissent correctement  la mission d’éducation scolaire associant transmission des savoirs et éducation aux valeurs de la République. Et ce, tout en gardant leur identité, par exemple, pour Maurice Tièche, le projet éducatif adventiste visant « le développement physique, intellectuel et spirituel » des élèves.

    S’agissant de l’enseignement de la morale à l’école, il est heureux que les pouvoirs publics soient passés d’un projet d’« enseignement de la morale laïque » à « un enseignement moral et civique ».

    En effet, en parlant de « morale laïque », le projet initial sous-entendait qu’il y aurait une morale laïque autonome qu’on pourrait opposer à d’autres morales, par exemple religieuses. Or, différentes sources religieuses et non religieuses ont  nourri ce qui est devenu le socle moral commun des sociétés démocratiques et, sur le fond de cette morale commune, il est possible d’avoir différentes conceptions de la vie bonne et donc différentes morales.

    Quant à « l’enseignement des faits religieux » prôné dans les écoles publiques, les écoles privées sous contrat avec l’État s’en sont également préoccupées en développant des programmes de culture religieuse offerts à tous qui sont bien distingués des éveils à la foi proposés par ailleurs aux élèves et aux familles qui le souhaitent. C’est le passage d’une laïcité d’ignorance à une laïcité d’intelligence comme l’a dit le philosophe agnostique Régis Debray. En matière de laïcité comme en d’autres matières, il est nécessaire de lutter contre les stéréotypes et les visions erronées.

    « Libre de le dire »

    Puis-je partager mes convictions dans la rue ou avec mes voisins ? Que va-t-il se passer si je distribue des flyers sur le campus de mon université ? Puis-je refuser à mon employeur d’exécuter une tâche qui serait contraire à mes convictions ? Une église peut-elle librement diffuser sa doctrine ? Pour répondre à ces questions et aux inquiétudes qu’elles engendrent, « Libre de le dire » apporte toutes les informations, notamment juridiques, nécessaires. Cette campagne, à l’initiative du Cnef, s’adresse à tous : croyants ou non, chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes, agnostiques, athées… De tous bords politiques, adultes, ados ou enfants, parents et grands parents, responsables associatifs ou religieux, élus… « Libre de le dire » invite à exercer ses libertés dans la connaissance des lois qui les encadrent et propose des ressources juridiques, bibliographiques ou pratiques sur les questions de liberté d’expression et de conscience dans une approche pédagogique. L’objectif est un partage serein de ses convictions, dans le respect mutuel de nos différences. En partenariat avec le site libredeledire.fr, BLF Éditions propose un ouvrage de fond et des livrets pratiques.


    Source : Revue Signes des Temps - Mai-juin 2015 - page 5

    1018-vousserezmestemoinsVOUS SEREZ MES TÉMOINS

    Gabriel Monet propose, à travers ce livre, un parcours à partir des textes-clés de la mission dans la Bible et de ses figures missionnaires un encouragement à considérer à frais nouveaux notre situation de témoins.

  • Prier

    Par Gabriel Monet

    Comment, pourquoi prier ?

    Quelle réponse pouvons-nous attendre en retour ?

    prierefemme-1Voici quelques clés pour nous mettre sur la voie d’un dialogue fructueux avec Dieu.

    Dans son spectacle Le petit génie, Michel Boujenah affirme non sans humour : « On parle souvent du silence de Dieu, mais jamais de la surdité des hommes ». Il est vrai que certains peuvent se demander parfois à quoi cela sert de prier puisqu’il semble ne pas y avoir de signe tangible d’un véritable dialogue. Pourtant, la prière est un élément clé de la vie spirituelle.
    En effet, avant d’être une démarche formelle qui passe par des mots, la prière est d’abord une attitude générale. « Prier, c’est ouvrir à Dieu son coeur comme on le ferait à son plus intime ami »1.

    Il existe plusieurs types de prière. La prière d’adoration, de bénédiction ou de louange, pour remercier Dieu de ses bienfaits ; la prière de demande, pour présenter à Dieu une requête spécifique ; la prière d’intercession qui est aussi une prière de demande mais pour un tiers, en besoin ou en souffrance.

    On peut s’interroger : est-il légitime de demander des choses à Dieu ? Trop souvent, nos prières sont centrées sur nous plus que sur Dieu. Pourtant, Jésus lui-même dans le modèle de prière qu’est le « Notre Père »2 multiplie les requêtes. Il est vrai néanmoins qu’avant de demander des choses qui concernent les humains (le pain quotidien, le pardon des péchés, l’évitement de la tentation), il demande des choses qui concerne Dieu lui-même (la sanctification de son nom, la venue de son règne, la réalisation de sa volonté). Où et comment prier ? Si les églises peuvent constituer des lieux propices, et si être à genoux, les yeux fermés et les mains jointes peut refléter une humilité bénéfique à la relation avec Dieu, il ne s’agit pas de formaliser l’échange avec Dieu. La prière peut être collective ou individuelle, écrite à l’avance ou spontanée, prononcée à haute voix ou dans son coeur, et ce, partout et tout le temps. Dieu est toujours disponible pour nous écouter. Le sommes-nous ?

    La question reste posée de savoir comment Dieu répond à nos prières. Par la foi, le croyant accepte ce qui reste en grande partie un mystère
    mais cherche à dépasser la surdité qui le guette. Oui, Dieu répond. Parfois de manière surprenante, parfois par la conscience, d’autres fois par autrui, qu’importe. C’est en tous cas toujours dans le respect de la liberté qu’il nous a donnée. Et puis, la plus belle des réponses est peut-être de savoir que Dieu est avec nous, dans la joie comme dans la peine. Si déjà notre prière peut nous faire prendre conscience de cette proximité… alors elle ne sera pas vaine !

    Suggestions pour prier

    ●● Il y a de nombreuses prières dans la Bible, elles peuvent être reprises pour s’adresser à Dieu. D’autres en ont écrit… mais rien n’empêche que chacun parle à Dieu avec ses propres mots.
    ●● La prière, c’est plus que des mots ! Ainsi une attitude de connexion avec Dieu, dans le silence, en nature ou ailleurs, peut constituer une véritable prière.

    Une manière originale de prier : la prière conversation

    Nos prières sont parfois très formelles. Pourtant, la Bible affirme que « là où deux ou trois sont réunis en son nom, Jésus est au milieu d’eux » (Matthieu 18.20). Cela ouvre la voie à la « prière conversation ». Ainsi, lorsque des croyants sont réunis, plutôt que de lister certains sujets, puis de les intégrer à des prières standardisées, pourquoi ne pas considérer que Jésus est là au milieu, et avoir en toute simplicité un échange entre amis, au cours duquel chacun s’exprime librement en même temps à Jésus et aux autres.

    Source : Revue Signes des Temps Jan-fev 2015 – Page 13


    648-apprendsnousaprierAPPRENDS-NOUS À PRIER

    Un choix judicieux de citations d’Ellen White, accompagnées d’’exemples de prières et de questions pratiques. Textes tirés de la Bible en version française fondamentale, « Parole de vie ».