• Faire la volonté de Dieu

    Frank W. HARDY

    Spécialiste de l′étude de l′ancien testament,
    ancien responsable des banques de données à la Conférence générale,
    actuellement à la retraite. Article publié dans Adventist Review, de mars 2014

    Dans Exode 32.1-6, nous trouvons Moïse sur le Mont Sinaï. Il reçoit les dix commandements et bénéficie d’une relation étroite avec Dieu. En fait, il est parti depuis assez longtemps et le peuple, en bas, commence à s’agiter. Les Israélites demandent à Aaron de fabriquer une idole pour représenter le Dieu qui les a fait sortir d’Égypte1. Aaron consent, fabrique l’idole et déclare que le jour suivant sera une fête pour le Seigneur.

    Oui, la fête devait avoir lieu en l’honneur du Seigneur ! Le jour suivant,

    « le peuple s’assit pour manger et pour boire ; puis ils se levèrent pour s’amuser » (Exode 32.6)2 .

    Le pire scénario Pendant ce temps, Dieu dit à Moïse de redescendre de la montagne. Le comportement du peuple réclame son attention. La Bible nous dit que Dieu veut rester seul avec ses pensées et qu’il envisage de détruire Israël à cause de son idolâtrie (Exode 32.10).

    L’une des options que Dieu soupèse est de constituer une nouvelle nation issue de la descendance de Moïse.

    « Moïse chercha à apaiser le Seigneur son Dieu ; il dit : Seigneur, pourquoi te mettre en colère contre ton peuple alors que tu l’as fait sortir d’Égypte par une grande puissance, par une main forte ? Pourquoi les Égyptiens diraient-ils : c’est pour leur malheur qu’il les a fait sortir ; c’est pour les tuer dans les montagnes et pour les exterminer, pour les faire disparaître de la terre ! Reviens de ta colère ardente, renonce au mal que tu voulais faire à ton peuple ! Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs auxquels tu as dit, en faisant un serment par toi-même : je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel, je donnerai à votre descendance tout ce pays dont j’ai parlé et ce sera votre patrimoine pour toujours » (Exode 32.11-13).

    Si Dieu l’avait voulu, il aurait pu détruire Israël sans en dire un mot à Moïse. Mais il implique Moïse. Et quand Moïse répond, il dit en substance : ils ne sont pas mon peuple, tu le sais. Ils sont ton peuple, tombé et coupable, c’est vrai, mais ton peuple néanmoins.

    En fin de compte, Dieu accepte la requête de Moïse et donne une nouvelle chance au peuple, qui reste sous la protection de son Dieu, comme auparavant.

    Retour à bord

    Observez l’argumentation de Moïse : d’abord, si Dieu devait détruire Israël, les nations voisines en auraient certainement une mauvaise compréhension. Ensuite, quand Israël pèche, il appartient toujours à Dieu et a besoin de lui autant qu’avant. Un regard plus précis sur ces deux idées nous aide à mieux comprend le récit.

    1)  Les nations environnantes.

    L’intervention puissante de Dieu, qui a délivré Israël d’Égypte, a aussi déversé des plaies sur les Égyptiens et, finalement, a abouti à la mort de tous leurs premiers-nés. Aussi, à quoi ressemblerait Dieu pour les nations environnantes si, après avoir conduit Israël dans le désert, il agissait envers lui comme envers les Égyptiens ? Une telle intervention, même justifiable, serait incomprise. La seule conclusion que les nations déduiraient serait que le Dieu d’Israël est dur et sans pardon, facilement susceptible et sans affection profonde, et se retournant vite contre les gens lorsqu’il est en colère.

    En d’autres termes, il apparaîtrait comme impossible à distinguer des divinités païennes qu’il interdisait à son peuple d’adorer. Dit encore autrement : le Seigneur apparaîtrait comme étant à l’opposé de tout ce qu’il aimerait communiquer à propos de lui-même :

    « Le Seigneur, le Seigneur, Dieu compatissant et clément, patient et grand par la fidélité et la loyauté, qui conserve sa fidélité jusqu’à la millième génération, qui pardonne la faute, la transgression et le péché, mais qui ne tient pas le coupable pour innocent » (Exode 34.6 et 7).

    Si Dieu devait détruire Israël, qui pouvait dire qu’Israël ne le méritait pas ? Mais, … [Fin de l’extrait] – Lire la suite dans la Revue Adventiste de Janvier 2018

    Notes
    1. Voir aussi Nombres 14.12. En comparant les deux recensements rapportés dans Nombres 1 et Nombres 26, on constate que la rébellion n’était pas répartie de manière égale au sein du peuple d’Israël. Le groupe le plus lourdement frappé par la punition divine au Sinaï (peu après la sortie d’Égypte) et à Baal Peor (peu avant l’entrée en Canaan) était la tribu de Siméon. Lequel de ces deux événements a entraîné quel effet est une question qui reste sans réponse, parce que ces deux événements ont eu lieu entre ces deux recensements. Mais le résultat est que la tribu de Siméon a perdu plus de 62 % de sa population (59 300 d’après Nombres 1.23, et 22 200 d’après Nombres 26.14). 
    
    2. Sauf indication contraire, toutes les citations bibliques sont empruntées à la Nouvelle Bible Segond.

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  • Dans le regard de Jésus

    Par Jean-Michel Martin
    Conseiller et formateur accrédité en relation d′aide,
    membre titulaire du Syndicat national des Praticiens en psychothérapie,
    membre de l′église adventiste de Collonges-sous-Salève

    Dans le chapitre 9 de l’Évangile selon Jean un petit détail a attiré mon attention au verset premier car il y est dit : « Jésus vit, en passant, un aveugle de naissance ». Paradoxal, n’est-ce pas ? Voir, en passant, … un aveugle de naissance.

    Le regard rempli de compassion de Jésus était attentif et réceptif aux besoins et aux attentes de son prochain, surtout du handicapé, du sujet souffrant, du marginal. Malgré de multiples sollicitations et activités, et malgré les enjeux (c’est le sort de l’humanité qui est en jeu dans son ministère), Jésus avait le temps, l’énergie et l’espace pour s’arrêter, regarder, et voir, évitant à son prochain d’être un simple anonyme, étranger ou un inconnu, hors de son champ de vision et de préoccupation.

    Il sut porter d’abord un regard sélectif, aussi appelé regard de focalisation, en opérant un tri parmi la multitude d’informations à considérer, pour choisir celle qui est pertinente pour la situation présente dans sa fulgurance. Ici, il s’agissait d’être disponible, juste en passant.

    En même temps, Jésus fut capable de jeter un regard soutenu, alliant la disponibilité et l’immédiateté à la concentration, la capacité de maintenir l’attention sur la durée, développant l’endurance, la patience, la constance.

    Dans le contexte de cet épisode, c’était pour montrer aux disciples leur propre cécité et la confusion de leur perception, exprimée au second verset : « Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ». Cette fausse conception du triple M qui biaise notre regard et notre attitude, à savoir : Maladie, comme Malédiction pour le Mal que nous aurions commis ou dont nous aurions hérité de nos proches et contre laquelle Jésus lutta tout au long de son ministère. Le regard soutenu de Jésus était alimenté par la vision qu’il avait de l’action de Dieu dans la vie de ses enfants, explicitée aux versets 3 et 4 : « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché, mais c’est afin que les oeuvres de Dieu soient manifestées en lui ; Il faut que je fasse, tandis qu’il est jour, les oeuvres de celui qui m’a envoyé ».

    Et puis Jésus jeta aussi un regard alerte, vigilant, dans la mesure où il sut apporter une réponse rapide et adaptée, congruente (nous disons bien réponse, et pas réaction, car son action était ciblée, préparée d’avance), trouvant la bonne posture dans l’urgence de la situation, correspondant à un esprit toujours en éveil, en vigilance, en veillance (ici en bienveillance, car voulant toujours et partout le bien). Les versets suivants parlent de sa procédure et d’une posologie étrange : il prit de sa propre salive (intimité de sa personne) en crachant par terre, fit de la boue (leçon d’humilité, en sachant et en acceptant ce que nous sommes et d’où nous venons, justement de la terre, à laquelle nous retournerons aussi ; acceptant aussi ce qui nous manque) ; et en même temps leçon de modestie : ne pas nous prévaloir de ce que nous avons, savons ou sommes.

    Et enfin un regard…[Fin de l’extrait] Lire la suite dans la Revue Adventiste de novembre-décembre 2017.


    JÉSUS-CHRIST

    Le Christ, dont il est question ici, n’est pas l’homme barbu et fluet dont notre culture transmet l’image empoussiérée. De ce Christ-là, on a fait des statues, des effigies, des signes de ralliement ; on l’a enseveli sous des tonnes de littérature ; on l’a si bien intégré qu’il en est gommé, effacé, défiguré. Revenons au Christ réel, mort il y a 2000 ans et ressuscité. Jésus-Christ, celui qui nous sauve. Cet ouvrage fait partie de la Collection Destination Éternité. De Ellen G. White.

    VERSION PAPIER

     

  • Il est né pour que nous puissions le dire

    Noël est une période où nos contemporains, sous toutes les latitudes, sont réceptifs pour entendre parler du sens de Noël, de l’incarnation de Dieu dans l’humanité.

    Bien entendu, sur le plan historique, nous savons que Jésus-Christ n’est pas né à la date du 25 décembre. Mais ce n’est pas important. C’est le sens de cette incarnation par cette naissance du Fils de Dieu qui compte. Inutile d’être négatif et de dénoncer la société de consommation, l’origine de Noël, son paganisme, etc. Cela n’est pas positif et Ellen G.White l’avait bien compris en son temps. Il est utile d’avoir du bon sens et de comprendre qu’un culte liturgique dans nos églises toujours ouvertes au public reste dans l’esprit de Noël. Un adventiste du septième jour est un chrétien ouvert à ses contemporains, porteur de l’image de Dieu, de son plan du salut et de sa perspective de restauration.

    Ellen G. WHITE
    Christmas address to the Young,
    article publié dans la revue Review and Herald, 
    17 décembre 1889

    Depuis longtemps, on considère le 25 décembre comme le jour de la naissance de Jésus. Dans cet article, je ne me propose pas de dire s’il convient ou non de célébrer cet événement ce jour-là, mais de s’attarder plutôt sur l’enfance et la vie de notre Sauveur. Je désire attirer l’attention des enfants sur l’humble manière par laquelle le Rédempteur est venu dans le monde.

    Tout le ciel s’intéressait à l’avènement du Christ sur la terre. Des messagers célestes apparurent aux humbles bergers qui veillaient la nuit sur les troupeaux, sur les plaines de Bethléhem, pour leur annoncer la naissance de Jésus promise depuis si longtemps. Pour attirer leur attention sur le Sauveur, une lumière éclatante apparut. […]

    Frappés de stupeur et d’admiration, les bergers étonnés purent à peine comprendre le précieux message que leur apportaient les anges. Enfin, lorsque la lumière éclatante s’évanouit, ils se dirent les uns aux autres : « Allons jusqu’à Bethléhem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître, ils y allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant. »

    Le coeur rempli de joie, ces humbles bergers ne purent garder pour eux-mêmes la précieuse nouvelle de l’avènement du Rédempteur. Débordant d’enthousiasme, ils racontèrent à tous ceux qu’ils rencontraient les choses extraordinaires qu’ils avaient vues et entendues. Ces gens racontèrent à leur tour la merveilleuse expérience des bergers. Et beaucoup s’émerveillèrent et se réjouirent, car ils crurent aux paroles des messagers célestes. Glorifiant et louant Dieu, les bergers retournèrent à leurs troupeaux dans les plaines de Bethléhem. […]

    Un groupe d′un intérêt particulier

    Ceux qui aiment Dieu devraient s’intéresser profondément aux enfants et aux jeunes. Dieu révèle, à eux aussi, sa vérité et son salut. Jésus appelle les petits qui croient en lui les agneaux de son troupeau. Il éprouve un amour et un intérêt particuliers pour les enfants. Il dit : « Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les empêchez pas (ne permettez à personne d’obstruer le chemin des enfants qui viennent à moi) ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. »

    Le Sauveur a subi les épreuves et les peines auxquelles l’enfance est soumise. Il connait les chagrins des jeunes. Par son Saint-Esprit, il attire le coeur des enfants à lui. Satan, de son côté, fait tout pour les empêcher de s’approcher du bon berger.

    L’offrande la plus précieuse que les enfants peuvent donner à Jésus, c’est la fraîcheur de l’enfance. S’ils cherchent le Seigneur de tout leur coeur, celui-ci se laissera trouver par eux. C’est au cours des premières années de l’enfance que les affections sont les plus ardentes, et que le coeur est le plus susceptible de se perfectionner. Tout ce que les jeunes voient et entendent laisse une empreinte sur leur esprit. L’expression du visage, les mots prononcés, les actes accomplis sont des livres puissants pour les jeunes, car ils exercent une influence décisive sur l’esprit, le coeur et le caractère. [Fin de l’extrait – Suite dans la revue adventiste de décembre 2017]


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  • Soyez donc parfaits


    Par Irene SÁNCHEZ MEJÍAS
    Psychanalyste spécialisée dans la psychologie familiale, membre de l’Église adventiste en Espagne

    Quel sujet passionnant, à la fois tellement rabâché et controversé que celui de la perfection chrétienne… Lorsque j’ai connu l’Église adventiste, il y a trente-deux ans, je me suis trouvée face à toute une série d’interprétations incontournables qui, sans être des dogmes de foi, en avaient le poids. Face à certaines de ces interprétations, je me posais quelques questions que je n’osais pas formuler. Je me sentais comme ces moines du Moyen Âge, recopiant des paragraphes de la Bible dans le silence de leurs monastères. Ils se posaient des questions et avaient des doutes sur l’interprétation traditionnelle correcte ou incorrecte de ce qu’ils lisaient, mais par peur, ils n’osaient pas les formuler.

    « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait… Matthieu 3.48 »

    L’une de ces questions est l’interprétation de « la perfection chrétienne ». En tant qu’adventiste venant de trouver la foi, je me suis efforcée d’être « parfaite », car comme je l’avais entendu dire dans mon église, si le Christ a été parfait, nous aussi nous devons l’être, puisque le Christ avait une nature humaine semblable à la nôtre. Dans cet effort pour être à la hauteur de la « perfection chrétienne » que l’Église me présentait comme idéal de vie, je n’ai obtenu que deux choses : frustration et sentiment de culpabilité. Frustration, parce que j’étais consciente que malgré tous mes efforts je n’arrivais pas à être « parfaite ». D′autre part, mes sentiments de culpabilité venaient du fait que malgré mes efforts, je n’arrivais pas à être à la hauteur de cet « idéal adventiste ». Et je dis adventiste, car toutes les confessions chrétiennes n’avaient pas cette vision de la « perfection chrétienne ».

    Des années plus tard, j’ai entendu une autre interprétation…[Fin de l’extrait – Suite dans la revue adventiste de décembre 2017]


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  • Évolution ou Création ?

    Par Jean FLORI

    Historien médiéviste, Docteur d’État des lettres et sciences humaines (Panthéon-Sorbonne, 1981), il est directeur de recherche au CNRS, centre d’études supérieures de civilisation médiévale de Poitiers, spécialiste des XIe et XIIe siècles et des idéologies guerrières (chevalerie, croisade, guerre sainte, jihad, eschatologie).


    À propos de vos cours destinés aux théologiens, il faut maintenant parler des dinosaures, ou plus exactement de votre cours et de votre livre « Évolution ou Création ? »

    Venant d’un milieu scientifique, j’étais convaincu que « tout le monde est transformiste ». C’est à la demande des dirigeants administratifs de l’Église d’alors que j’ai écrit « Évolution ou Création ? ». Ma démarche fut donc celle d’un avocat à qui on demande de trouver des arguments contraires à sa propre conviction. J’ai voulu voir si on pouvait trouver des arguments au créationnisme, ou plutôt des arguments contre le transformisme. J’en ai trouvé, mais le livre, on le remarquera, se termine par un point d’interrogation et sa conclusion était que cette incertitude « est très bien ainsi ».

    Pour moi, évolutionnisme et créationnisme étaient (et sont) des hypothèses, des interprétations, des théories explicatives qu’il ne faut pas confondre avec les faits. Les faits, ce sont les fossiles des formes vivantes disparues, qu’on ne peut pas nier. Ce sont les nombres considérables de grottes souterraines de grande ampleur qui ne peuvent pas avoir été créées il y a 6 000 ans ni même plusieurs dizaines de milliers d’années. Ce sont des couches sédimentaires plissées et retravaillées par l’érosion en un temps plus faible que des millions d’années, etc. Beaucoup d’adventistes, même cultivés, préfèrent ignorer et nier l’existence des faits qui semblent favoriser la thèse évolutionniste (ou plus exactement la théorie transformiste) et qui gênent donc la théorie radicalement fixiste généralement adoptée par l’Église « de base ».

    On ne gagne rien, évidemment, à pratiquer cette « politique de l’autruche » qui, dit-on, se cache la tête dans le sable pour ne pas voir ce qui lui déplaît. J’ai considéré qu’il était de mon devoir de combattre cette attitude pernicieuse de déni, plus fréquente qu’on le croit, même chez des personnes cultivées.

    Extrait de l'article : Des dinosaures à la Trinité en passant par les croisades... de la Revue adventiste du mois d'octobre 2017

     


    GENÈSE OU L′ANTIMYTHE

    Jean Flori montre que l’intention de la Genèse est au contraire de s’opposer aux notions religieuses mythiques de l’Antiquité. Dans cette étude, le texte de la Genèse se révèle plein de vie.

     

  • La parole créatrice

    Jean-Paul BARQUON
    Rédacteur en chef de la Revue adventiste,
    secrétaire général de l’Union des Fédérations adventistes

    Dans son évangile, l’apôtre Jean se plait à parler d’une énergie créatrice dont on ne mesure pas l’origine de sa parution. « Au commencement était la Parole La Parole était auprès de Dieu La Parole était Dieu. » (Jean 1.1) Dans la mesure où le mot « logos », fait partie de la langue originale des rédacteurs, ne signifie t-il seulement que parole, que verbe ? Dans notre langue française, nous trouvons sa racine avec ses dérivés dans une variété d’usage. On pourrait parler de la « logique », cette science du raisonnement. On pourrait continuer à évoquer son expression bien moderne avec le mot « logiciel » sans oublier toute la panoplie des mots se terminant par « logie » : géologie, graphologie, théologie, archéologie, méthodologie, etc. « Logos » est utilisé 575 fois dans le Nouveau Testament. Il s’applique aussi par 3 fois à Jésus-Christ (Apocalypse 19.13 ; 1 Jean 1.1 et Jean 1). On lui attribue non seulement la pensée créatrice, l’énergie, mais encore le pouvoir de créer. Le mot surgit dans l’histoire de l’homme à une époque de l’oralité alors que le Nouveau Testament est en cours de composition. Jésus-Christ exprime la Parole de Dieu car il est cette parole incarnée. Lui seul peut affirmer « je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jean 14.10-11) contrairement an nombreux porte-paroles et prophètes de l’histoire.

    Jésus-Christ respire cette parole qui résonne dans la conscience de ceux qu’il croise et qui se distinguent de la foule pour le toucher (Matthieu 9.20,21), pour l’interroger (Marc 4.10) ou simplement pour partager un repas (Luc 7.36). Il faut toujours avoir une confiance absolue et soutenue pour s’approcher du Christ de l’Évangile, pour le recevoir et le garder sans le trahir ou le renier. En affirmant que la foi vient de ce que l’on entend (Romains 10.17) l’apôtre Paul fait référence à l’antériorité de la parole par rapport à l’écrit. Trop souvent les rôles sont inversés. Nous pensons que l’écrit est antérieur à la parole et nous limitons la parole à un commentaire de l’Écriture sainte. Nous oublions ainsi la civilisation de l’oralité. Le livre des origines, celui de la Genèse, s’est construit sur la recension tardive de révélations retransmises oralement. Pas de témoin pour assister à la réalisation de cette description consignée dans le premier chapitre de la Bible. La durée de cette réalisation nous est inconnue et il n’est pas interdit d’émettre des hypothèses. Si les premières pages de la Bible s’ouvrent sur l’oralité, c’est bien parce que son auteur a une intention. Ne souhaite-il pas réellement nous enseigner la participation de Dieu dès l’aube de la vie ? […]

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    Revue adventiste d′octobre 2017

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  • Courir vers le but

    Par Thierry MATHIEU
    pasteur à la Fédération du Sud de la France

    L’apôtre Paul, dans sa lettre aux Philippiens1, parle de courir vers le but. Je ne sais pas s’il pratiquait lui-même la course à pied, mais je trouve cette comparaison très riche. Je suis licencié de la FFA2 depuis plusieurs années maintenant et je réalise avec le temps qu’il y a vraiment de belles similitudes entre la course à pied et le cheminement spirituel.

    Le 3 décembre 2016 à 0h01 je partais du Parc Expo de la ville de Saint-Étienne avec 7 000 autres coureurs, par vagues de 1 300 toutes les 8 minutes pour rejoindre Lyon (Halle Tony Garnier). Une distance de 72 km dans la nuit et cette année, dans le froid (-3° C à -4°C). J’ai suivi un programme d’entraînement de 11 semaines avec 4 séances par semaine. Il fallait que je réajuste mon agenda pour passer de 3 à 4 séances et cela n’a pas toujours été facile. Il fallait penser à manger au bon moment pour ne pas être gêné durant l’effort et prévoir de quoi après une grosse séance de 3 h avec un peu plus de 1 000D+3.

    Entraînement

    Ainsi en est-il du cheminement chrétien. Si je suis partant pour le salut que Jésus-Christ m’offre et si je choisi de cheminer avec lui jusqu’au paradis, cela demande un minimum « d’entraînement ». Le départ n’est pas toujours facile ni dans un cas ni dans l’autre. Pour le Saintélyon4 il m’a fallu attendre dans le froid sur la ligne de départ que mon tour arrive pour m’élancer dans cette aventure. Bien souvent, la nuit avant un marathon ou des compétitions sur piste, le sommeil se bat contre moi, qui suis pacifique et c’est toujours lui qui m’attaque. De même, dans certaines familles il est très difficile d’annoncer que l’on a choisi le Christ et la veille du baptême on a parfois du mal à trouver le sommeil. Mais avant d’en arriver là il fallait l’étape des 11 semaines d’entraînement. Temps durant lequel je me forme spirituellement avec un pasteur, un ancien ou un (e) ami (e).

    Ce temps est très important, car il déterminera mon attitude et mon endurance tout au long de la course. Si je néglige cette étape, aux premiers kilomètres je risque l’abandon à cause d’une crampe, d’un point de côté ou une mauvaise chute liée à mon manque de vigilance. Ainsi, je peux trouver dans l’Église ou ailleurs une personne qui ébranlerait mes convictions car elles sont trop insuffisantes.

    Équipement

    Plus la course est longue et plus il faut prévoir. Pour la mienne, un Camelback de 2L qui tient bien au corps et une paire de chaussures (une pointure au-dessus pour prévoir l’augmentation du volume du pied) neuves ou avec de bons crampons et des amortis adéquats. Une paire de gants et le petit plus, des chaufferettes5 pour garder les pieds et les mains au chaud. Une couverture de survie (obligatoire) et une fiche avec les renseignements personnels, 2 couches de vêtements minimum et une lampe frontale avec ses recharges. Le cheminement spirituel avec le Christ est tout aussi long et demande tout autant. Si je tombe en panne de lumière, je risque la chute. Même si la lampe des autres coureurs illumine le sentier, rien ne vaut sa propre lampe pour voir les obstacles et éviter une foulure de cheville. Une Bible c’est bien, mais on ne l’a pas toujours avec soi. Un verset dans la tête, sauf quand on la perd, ça reste et c’est utile face à ceux qui veulent nous faire quitter le sentier.

    Les deux premiers ravitaillements étaient à 15 km d’intervalle et les trois autres à 10 km d’intervalle. Cela demande donc d’avoir de quoi tenir jusque-là. Et si ce qui est proposé ne correspond pas à ce que je veux, il est préférable d’avoir un minimum de provisions. Il faut prendre le temps de se ravitailler et oublier la course un instant si on veut la terminer. C’est paradoxal mais c’est ainsi. « Venez à l’écart un instant et reposez-vous6 » disait Jésus à ses disciples. Prendre du temps pour soi, pour reprendre son souffle avec le Père céleste est indispensable et non négociable si on veut aller loin avec lui. Une retraite spirituelle seul ou avec un proche recharge les batteries.

    Au départ, dans les deux cas, on est plein de zèle. On veut aller vite, plus vite que les autres et on cherche même parfois à les entraîner avec nous. Mais c’est alors qu’il faut se tempérer et garder une poire pour la soif. Le plus dur restant à venir, il s’agit de ronger son frein. Prendre le temps dans les deux cas d’observer comment font les autres, ceux qui font la course depuis plus longtemps que nous et qui savent de quoi ils parlent. Profiter de ce moment pour créer du lien, récolter quelques conseils auprès de ceux qui veulent bien en donner. Prendre du temps avec la Parole et toujours vérifier que ce qu’on nous dit vient bien de là.

    Difficultés

    Puis arrivent les passages techniques. Une côte raide, une descente pleine de cailloux, des trous d’eau boueux ou du verglas sur une bonne centaine de mètres, le brouillard givrant et j’en passe. À ce moment, on serre les dents et on avance en évitant les obstacles. Il peut arriver que l’on chute, mais on se relève. Si on a créé du lien au début de la course, on se fait relever. Même si on gagne tout seul, on ne court jamais tout seul. Parfois c’est à ce moment que l’on réalise que l’on passait à côté d’un spectacle magnifique. Si vous avez un jour (ou plutôt un soir) l’occasion de courir la Saintélyon, arrêtez-vous un instant pour voir ces centaines de lumières qui serpentent dans la nuit et s’étendent sur des kilomètres. C’est juste magnifique. C’est ça aussi, la course du chrétien. C’est de prendre conscience que l’on n’est pas tout seul dans ce monde de ténèbres. Que Dieu a placé en nous sa lumière et que même si elle est petite, conjuguée à celle des autres, elle illumine la nuit et montre la voie.

    Le mur des 30 km, moment où en général le corps a épuisé ses réserves et où le mental devient le centre de contrôle, arrive toujours au mauvais moment. Sur un marathon, il resterait 12 km à faire, mais là il reste encore 42 km, tout un marathon. « C’est au pied du mur que l’on voit l’ouvrier » dit-on. Et pour le chrétien, quand on a sa voiture qui prend feu sur un parking alors qu’on est tout seul, quand on perd son emploi pour une histoire de sabbat, quand on perd un proche ou quand un ami nous trahit, c’est là que « le mental » est primordial. L’apôtre Paul parle du renouvellement de l’intelligence7, attitude qui nous aide à comprendre ce que Dieu veut pour nous et comment nous comporter au mieux. Pouvoir s’appuyer dans de telles circonstances sur la Parole est capital. « J’ai des projets de paix et d’espérance en abondance pour toi » nous dit Dieu8. Alors on continue encore.

    Beaucoup d’amis disaient en parlant de la course et des coureurs, « il faut être fou pour passer toute une nuit à courir dans le froid ». Et j’ai pensé à eux vers le 45e kilomètre quand l’eau a gelé dans le tuyau de ma poche d’eau. J’ai juste aspiré un peu plus fort pour avaler les glaçons. Sachez que vous serez toujours le fou d’un autre. La vie avec le Christ est aussi une folie pour ceux qui ne croient pas, n’est-ce pas les propos de l’apôtre Paul9 ?

    Ligne d′arrivée

    Et puis on arrive aux derniers panneaux annonçant la réduction du nombre de kilomètres restants. Ces derniers semblent encore plus longs. Certains accélèrent comme revigorés, d’autres n’en peuvent plus et se traînent jusqu’à la ligne d’arrivée. Cette ligne d’arrivée est en elle-même une récompense. Il y a généralement plein de gens tout autour qui encouragent et félicitent les « finisher », qu’ils les connaissent ou pas. Et là, on se dit « je l’ai fait ». On avance jusqu’au dernier ravitaillement et on prend quelques fruits, quelques friandises et à boire et on récupère son cadeau d’arrivée, un beau t-shirt avec écrit dessus « finisher 2016 72 km ». Le chrétien ne peut pour l’instant qu’imaginer ce que sera la fin de son périple à la lumière de ce que dit la Bible. Mais à chaque victoire, à chaque fois qu’il se relève d’une épreuve, à chaque fois qu’il voit la main de Dieu le guider dans une situation ou une autre, il goûte à cette joie. Il n’a pas encore achevé la course, mais il avance encore et toujours vers cette ligne d’arrivée où Jésus lui-même lui remettra la couronne du vainqueur.

    Alors, peu importe la distance, peu importe le parcours, peu importent les chutes, relève-toi, avance, cours vers le but, Jésus t’attend là-bas !

    Notes
    1. Philipiens 3.12-14.
    2. Fédération Française d’Athlétisme.
    3. Dénivelé positif.
    4. Course dont je parle plus haut.
    5. Petit dispositif que l’on colle sur les chaussettes ou les gants et qui procure
    de la chaleur pendant 5 h.
    6. Marc 6.21.
    7. Romains 12.2.
    8. Jérémie 29.11.

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    Revue adventiste de septembre 2017

    La Revue adventiste s’adresse avant tout au lectorat adventiste francophone européen. Elle peut également être lue par un public non adventiste. Elle existe depuis 1896.

     

  • L′impact de Dieu

    Par Jean-Paul BARQUON
    Rédacteur en chef de la Revue adventiste,
    secrétaire général de l’Union des Fédérations adventistes

    L’auteur du livre des Actes se plaît souvent à décrire les réactions des auditeurs des apôtres. Il est important pour l’Église primitive et pour l’Église universelle de comprendre l’impact bénéfique de Dieu dans l’annonce de la bonne nouvelle de Jésus-Christ.

    J’ai parlé volontairement d’impact pour éviter d’utiliser le mot « conversion » que l’on galvaude trop souvent en l’associant à différentes situations.

    Les apôtres témoignent de cet impact dans leur vie, les disciples partagent ce témoignage et les auditeurs réagissent. L’annonce du projet de Dieu à travers la présentation du plan du salut suscite toujours une réaction : une fascination, un émerveillement, de l’indifférence ou un rejet. Personne ne reste insensible à cette annonce.

    Si par son évangile, Luc porte un regard sur Jésus- Christ, il va plus loin avec son livre sur les Actes des apôtres. Il énumère des faits et il apporte ses propres appréciations.

    Dans la diaspora en Macédoine, la communauté juive était importante, notamment à Bérée. Quoi de plus naturel pour ces croyants que de se rassembler et de fréquenter la synagogue. Le chapitre 17 nous décrit le missionnaire qui semble fasciner Luc : l’apôtre Paul. Lors de ses déplacements, l’apôtre a l’habitude de fréquenter les lieux de rassemblement de ses contemporains : aréopage, synagogue, etc.

    Pour les grecs, l’aréopage est un espace dédié au débat philosophique et politique. La synagogue, quant à elle, est un lieu religieux. C’est le lieu particulier où l’on est attentif aux récits de l’alliance, à la Thora. Si la synagogue est aussi un lieu de prière, elle est devenue au fil de l’histoire, un lieu d’instruction, de formation.

    Ainsi, le message de Paul est centré sur la personne du Messie et le salut que Dieu procure aux hommes. À Thessalonique, par exemple, durant trois sabbats, il commente et démontre par l’Écriture la véracité de la souffrance du Messie et sa résurrection (17.2,3).

    Luc est sensible à l’impact de l’Évangile dans le cœur et la pensée des croyants de la synagogue de Bérée. Il exprime une opinion personnelle en précisant par son commentaire la singularité des Juifs de Bérée par rapport à ceux de Thessalonique. « Ils accueillirent la parole avec beaucoup d’empressement, et ils examinaient chaque jour les Écritures pour voir si ce qu’on leur disait était exact. » (17.11).

    Dans son Évangile, Luc avait déjà pris soin de noter la situation vécue par deux disciples du Christ sur le chemin les menant à Emmaüs avec un inconnu. Il a fallu le rappel du commentaire des écrits de Moïse et des prophètes pour que ces deux disciples reconnaissent le Christ (Luc 24. 13-34).

    Le problème n’est pas de « convertir » les Juifs, car ils croient déjà en Dieu. Mais Paul aide ses auditeurs à compléter harmonieusement leur foi en identifiant le Messie à Jésus, l’un de leurs contemporains. Comprenons bien. Un Juif disciple du Christ est un aussi bon croyant qu’un Juif qui ne reconnaît pas le Messie.

    Un Juif épanoui en Christ ne peut pas renier sa judaïté et ses racines ni mépriser son peuple en prenant comme prétexte sa démarche chrétienne1. De même, un chrétien ne doit pas devenir amnésique en oubliant l’élection du peuple juif et l’incarnation du Christ au sein de ce peuple et de cette terre. Nous oublions trop souvent d’affirmer qu’Israël et l’Église sont nécessaires2 : aucun des deux ne peut prendre la place de l’autre.

    L′homme impacté

    L’expérience des Béréens se place au niveau de la compréhension des textes sacrés. Il ne s’agit… [Suite dans la Revue Adventiste de spetembre 2017]


    REVUE ADVENTISTE ABONNEMENT 2017-2018

    La Revue adventiste s’adresse avant tout au lectorat adventiste francophone européen. Elle peut également être lue par un public non adventiste. Elle existe depuis 1896.

  • Rencontre nationale des malentendants, des sourds et entendants signants

    Le ministère des sourds des Fédérations du Nord et du Sud de la France organisent tous les deux ans, depuis 2015, une rencontre nationale des sourds, malentendants et entendants signants de France, adventistes ou pas. Ces rencontres ont pour but : de créer l’espace nécessaire et propice à la rencontre et au partage entre sourds et entendants, de susciter l’engagement des sourds eux-mêmes au sein des ministères, d’attirer toujours plus de sourds non-adventistes à découvrir la Parole.

    C’est donc la deuxième édition Signes 2017 qui s’est tenue du 2 au 5 juin au Moulin de l’Ayrolles, sur le thème de « La relation » (à soi, aux autres, à la Bible, à Dieu). Quatre invités ont tenu avec brio des ateliers où chacun a pu échanger, apprendre et participer à la création de nouveaux signes bibliques. Avec 45 participants cette année dont 12 sourds, nous avons pu vivre des moments à la fois passionnants, distrayants (soirée jeux, visite d’une bambouseraie) et riches en émotions.

    Aussi nous encourageons tout pasteur ou tout membre d’église à nous indiquer la présence d’une personne sourde ou malentendante dans son église ou dans son entourage. D’autres évènements sont à venir dont, entre autres, un week-end international dédié aux interprètes de la langue des signes qui se tiendra au mois de septembre à Lisbonne, au Portugal.

    Retrouvez-nous sur http://www.signesdesperance.org


    Source : Revue adventiste | Juillet - Août 2017

    Demander la Revue Adventiste par mail ici : commandes@viesante.com

  • Les débuts de l′adventisme en France 1877 – 1923

    Par Philippe AUROUZE
    Pasteur, trésorier de la Fédération du Sud de la France

     

    La soirée du jeudi 25 mai, au Palais des Congrès de Vittel, fut consacrée aux 100 ans d′adventisme en France. Différents intervenants ont développé leurs regards sur ce sujet. Une exposition dans le hall permettait aux délégués de découvrir, à travers des photos, l’histoire de ce centenaire. Pourtant, l’Église adventiste de France remonte bien avant la date de ce centenaire. Philippe Aurouze, de la Fédération du Sud, administrateur invité à cette assemblée, nous propose une analyse historique.

    L’année 2017 invite à faire mémoire1. En cette période du 500e anniversaire de la Réforme protestante, l’Église adventiste se rappelle son ancrage historique.

    Le 31 octobre 1517, le moine Martin Luther placarde ses 95 thèses sur la porte de l’Église de Wittenberg (Allemagne). Le protestantisme est né avec toutes les communautés qui le composent dont, bien des années plus tard, l’Église adventiste du septième jour. Le film Tell the world2 retrace d’ailleurs formidablement bien l’émergence de ce mouvement qui s’officialise en 1863.

    Des États-Unis, l’adventisme s’exporte en Europe. D’abord en Suisse puis en France. D’où le deuxième temps de mémoire pour le 140e anniversaire de la naissance de l’Église adventiste en France par les premiers baptêmes sur le sol français et la constitution de la première Église adventiste en 1877 à Valence (Drôme). C’est le prédicateur canadien Daniel Bourdeau, qui, après avoir rejoint John Andrews à Bâle, décide d’évangéliser le Sud de la France. Il se rend à Valence en 1876 pour annoncer la bonne nouvelle du prochain retour de Jésus et celle du sabbat. Dix sept personnes s’engagent par le baptême en septembre 1877. Depuis lors, des croyants adventistes se réunissent toujours à Valence d’où plusieurs pasteurs sortiront. Après un passage par Paris puis à la session de la Conférence générale de 1878 à Battle Creek (MichiganÉtats- Unis), Daniel Bourdeau revient dans le Sud de la France, poursuivant son action d’évangélisation à Branges (Saône et Loire) où il baptise 15 personnes en 1884 puis à Bastia (Corse) où ce sont 11 personnes qui deviennent adventistes.

    À Nîmes, il installe la première tente évangélique en 1886 et sera rejoint par Ellen White. Elle y prêche du 13 au 30 octobre. D’ailleurs, c’est pour elle un véritable choc culturel de découvrir une absence de religiosité, comme elle l’écrit à sa soeur Mary3, nécessitant une adaptation contextuelle. La France, avec son histoire, diffère du monde anglo-saxon. Ses conseils aux ouvriers travaillant dans ce contexte restent encore aujourd’hui pertinents4. Après le baptême de 14 personnes en 1887, une église est constituée en cette ville qui jouera, avec le Gard, un rôle important dans la genèse de l’adventisme en France. En 1909, ce département compte d’ailleurs 20 % des adventistes de France avec 53 membres !

     

    De Bâle, Jean Vuilleumier expédie en France des numéros de la nouvelle revue Signes des Temps. L’un d’eux arrive entre les mains de Louis Carayon qui, après lecture, demande la collection entière. Conquis par ce qu’il découvre, il part de Lacaze (Tarn) pour se rendre, en partie à pieds, à Bâle où en 18855 il se fait baptiser. Rentrant dans le Tarn, il témoigne et constitue une église.

    Le troisième temps de mémoire concerne la création, il y a 110 ans, de la Conférence française des adventistes du septième jour en 1907 à Beauvoisin (Gard), issue de la transformation du champ français jusqu’alors mission. Les 26 délégués nomment le pasteur H. Dexter comme premier président. L’Église de France existe de manière autonome, tout en étant rattachée à l’Union latine (créée en 1902).

    Un peu d’humour administratif de nos pionniers se doit d’être partagé. Lors de la deuxième session de la Conférence française, du 23 au 29 août 1909 à Vergèze (Gard), le président de l’Union Latine, Léon-Paul Tièche, propose d’organiser l’assemblée administrative pour la session présente. Mais il constate avec surprise que les membres d’église venus au camp-meeting n’ont pas reçu de lettre de délégués ; il fait remarquer que l’on devra éviter cet état de choses à l’avenir. Pour cette fois-ci seulement, il est décidé de désigner d’office les délégués parmi les présents ! Ving trois délégués sont nommés, dont 13 femmes, représentants 10 églises. Il est ensuite décidé d’omettre la lecture du rapport de l’assemblée de l’année précédente car les rapports étant publiés, ils préfèrent se focaliser sur l’avenir6.

    Après une séparation, en 1908, en deux entités (le champ missionnaire du Nord de la France avec environ 50 membres et la Conférence française du Midi avec 250 membres), c’est en 1917 qu’une seule structure administrative gère l’ensemble du territoire métropolitain : la Conférence des Églises adventistes du septième jour de France7. Déclarée en Préfecture à Paris, c’est le quatrième temps de mémoire : un centenaire !

    En 1919, suite au rattachement de l’Alsace- Moselle au territoire national, l’Église de France intègre 8 communautés supplémentaires regroupant 200 membres. Il est décidé de revenir à deux Conférences (Fédérations), l’une au Nord et l’autre au Sud.

    Afin de poursuivre au mieux la mission d’annonce de la bonne nouvelle, deux institutions sont implantées en France. Le Séminaire adventiste du Salève ouvre ses portes aux étudiants en théologie en 1921 sur la commune de Collonges-sous-Salève (Haute Savoie). Ainsi les futurs pasteurs peuvent recevoir une formation de qualité pour mieux servir l’Église et la société. Les publications, tout comme le témoignage personnel, étant au coeur de l’évangélisation, en 1922 l’imprimerie située à Gland (Suisse) est transférée à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne).

    Ainsi, avec ses institutions, toujours actives, et ses Fédérations (Conférences), l’Église adventiste de France métropolitaine peut se développer en accomplissant sa mission. Fin 2016, elle compte 14 672 membres et presque autant de jeunes et de sympathisants.

    Comme le disait Anatole France, « ce n’est qu’avec le passé qu’on fait l’avenir ». Faire mémoire, s’enraciner dans l’histoire permet de puiser les ressources nécessaires à un développement harmonieux. Pour les prochaines décennies, l’Église continuera d’annoncer l’espérance du prochain retour de Jésus, en toute sérénité car « nous n’avons rien à craindre de l’avenir, si ce n’est d’oublier la manière dont le Seigneur nous a conduits, et l’enseignement qu’il nous a donné dans le passé.8 »

    Notes 
    
    1. « Se souvenir du passé est une caractéristique bien adventiste puisqu’un des éléments de notre identité c’est de nous souvenir du jour du repos de Dieu, du sabbat. Plus de 260 fois la Bible fait mention de l’action de faire mémoire. » Richard Lehmann, Éloge de la mémoire, présentation à l’Assemblée générale de la Fédération France-Nord le 24 mai 2017, à Vittel. 
    
    2. https://telltheworld.adventist.org/fr 
    
    3. « Le lieu du marché est ici un grand bâtiment où tous les produits sont apportés en charrette, ou sur la tête, ou dans des paniers, et où les modes de vente sont très divers. Rien ne correspond à l’atmosphère du dimanche. La marchandise est exposée sur des centaines d’étalages. C’est une vraie Babel de confusion, hommes et femmes criant pour vendre leurs articles, et de nombreux clients faisant leurs achats comme ils le feraient n’importe quel autre jour de la semaine. Ces pays où le catholicisme prévaut sont au plus bas niveau de la moralité et pleins d’ignorance. Le dimanche est pour eux un jour de fête et de divertissement. Les gens vont à l’église pendant une heure et puis leur observance religieuse de la journée est terminée. Les magasins sont ouverts partout à Nîmes comme les autres jours auxquels aucun caractère sacré n’est attaché. » Ellen G. White, Letter 108, 17MR75-82. 
    
    4. Ellen G. White, Lettre aux frères engagés dans l’évangélisation, Revue adventiste, mars 2016. 
    
    5. Les sources historiques divergent sur la date du baptême : septembre 1885 ou mars 1887. 
    
    6. D’après les rapports publiés dans Le Messager, octobre 1909. 
    
    7. À noter l’organisation des Sociétés d’Activités de la Jeunesse en 1913 qui deviendront les Missionnaires Volontaires puis la Jeunesse adventiste ( JA). 
    
    8. Ellen White, Témoignages, vol. 6, p. 10.

    Source : Revue adventiste | Juillet - Août 2017

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