• Violence humaine et divine dans la Bible

    Comme vous, je suis contre. J’aurais souhaité une Bible bien lisse, sans les aspérités qui nous plongent parfois dans l’inconfort et heurtent notre sensibilité. « Dieu aurait pu refuser ces textes. Et la Bible aurait été expurgée…de toutes les scènes violentes ou inconvenantes ».1 Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Jésus, lecteur fidèle et diligent de l’Ancien Testament, ne pouvait les ignorer. En a-t-il été offusqué ? Certainement et même plus que nous, mais le Seigneur ne fait aucun commentaire sur la violence dans l’AT. Comme nous, il en prend acte.

    Aujourd’hui encore, ces textes, restent intraitables et choquants, car là où le lecteur s’attend à rencontrer des hommes parfaits, il découvre des hommes comme nous, habités par le bien, mais bien souvent traversés par d’obscures forces maléfiques. Le lecteur découvre aussi un Dieu en quête des hommes et passionnément épris de ses créatures en proie à la violence.

    Je ne suis pas le premier venu à me confronter à ce problème. Un grand nombre de collègues avant moi ont partagé le fruit de leurs recherches dans nos différentes revues et livres2. On peut bien sûr ignorer ces épisodes choquants, leur donner une portée allégorique, mythique, à l’instar de l’Iliade et l’Odyssée, leur refuser toute inspiration divine, ou respecter leurs mystères, en attendant le jour où « je connaîtrai comme j’ai été connu »3. Notre Créateur a dit et fait des choses impénétrables. Or, seul Dieu peut comprendre Dieu. Mais les hommes de la Bible aussi, ont dit et fait des choses qui ne reflétaient pas toujours la volonté de leur Seigneur. Il est vrai que : « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu »4. Mais ces « choses » sont-elles toujours voulues et accomplies par Dieu ? Une chose est certaine : Dieu remet ensemble nos vies en miettes et recycle nos ratages et nos scories.

    Toute explication humaine de ces « mystères divins », bien que « nous ayons la pensée du Christ »5 et que nous soyons « créés de peu inférieurs à Dieu »6, doit être empreinte d’humilité, toujours ouverte à une meilleure compréhension. D’où la fragilité de nos interprétations qu’il faut affiner sans cesse.

    La violence dans les Saintes Écritures est l’un de ces « rochers de scandale » (G. Steveny) qui trouble nos esprits. Les auteurs inspirés ne cachent pas l’âpreté du langage. « Pour éviter ce trouble, le piège serait de dissimuler la violence ou de la faire disparaître »7.

    « Une chose est certaine : Dieu remet ensemble nos vies en miettes et recycle nos ratages et nos scories »

    Rejetons d’emblée l’idée que le Dieu colérique de l’AT soit devenu le Dieu amour du NT. On trouve dans les 2 Testaments douceur et violence. Pour nous chrétiens, c’est une évidence « qu’en Dieu, il n’y a ni changement, ni ombre de variations »8. Le Dieu qui fit périr l’armée égyptienne et anéantit Sodome et Gomorrhe est le même Dieu du Sermon sur la Montagne. Le Yaweh de l’Ancienne Alliance est le Jésus de la Nouvelle Alliance. (J. Doukhan). Les traits constitutifs de sa personne sont : miséricorde, compassion, fidélité, bonté, grâce, pardon, justice, amour, etc. « La violence ne fait pas partie de l’essence divine »9. Elle ne se trouve pas parmi les qualités de Dieu. Mais comment peut-il venir à bout de la violence sans avoir recours à la violence ? Or il existe en Dieu une violence « autre », dont nous parlerons dans la 3e partie de ce thème.

    Pour l’instant retenons que les auteurs inspirés décrivent Dieu tantôt dans toute sa tendresse, « comme souffle doux et léger », Père désappointé, amant trahi et abandonné, tantôt dans ses impressionnantes théophanies (Sinaï, Carmel, Mer Rouge, chemin de Damas, etc.)10. Cette ambivalence divine dans les Écritures est à respecter.

    Mon intention n’est pas d’analyser tous les textes se rapportant à la violence et aux guerres dans la Bible. Je me permets de présenter une vue d’ensemble du problème qui m’a troublé et je pense l’avoir en grande partie surmonté. Quand nous sommes confrontés aux forces maléfiques et mortifères, de quelque nature que ce soit, souvenons-nous que Dieu est toujours du côté de la victime, même si celle-ci est dans ses torts11.

    Pour cette réflexion sur la violence et les guerres dans la Bible, je suis redevable à bien des auteurs, en particulier : Jacques Doukhan, Georges Steveny, Pierre Chaunu, Guy Labouérie, Joseph Barbaglio, Paul Beauchamp et Denise Vasse, etc.12 J’ai beaucoup apprécié une conférence que notre ami J. Doukhan a présentée à l’église de la Lignière à Gland en Suisse dans les années 90. Sauf erreur, cette étude n’a jamais été publiée dans la Revue Adventiste en langue française. Je me permets, avec son aimable autorisation, de vous la résumer brièvement.

    Gérard Fratianni
    Pasteur à la retraite, église d′Anduze
    1. Ph. Augendre, Le journal de l’I.E.B.C., vol. 5 n° 2 juin 1992 ;
    2. - Gérard Poublan, Les adventistes et la guerre, p. 93 ;
      
      - Alberto Treyer, Toute l’Assemblée le lapidera, Servir I/80 p. 22-2 ;
      
      - Jean Lavanchy, « Les guerres dans la Bible », Signes des Temps, mars-avril 1975, p. 16-18 ;
      
      - Raymond Monneins, « Les guerres d’Israël », Signes des Temps, mai-juin 1975 ;
      
      - Robert Braeger, « Quando i santi vanno in guerra », Segni dei Tempi, n° 472, Maggio-Giugno, 1977, p. 87-88 ;
      
      - Yvan Bourquin, « Guerres et violence dans l’Ancien Testament », Signes des Temps, mars-avril 1980, p. 12-14 ;
      
      - Ruth Gal, « Ce Dieu cruel de l’Ancien Testament », Signes des Temps, avril 1985, p. 15-16 ;
      
      - Bernard Dénéchaud, « Les guerres saintes bibliques : divines et humaines ? », Signes des Temps Juillet-août 1992, p. 6-8 ;
      
      - Georges Steveny, Convictions n° 22, la violence dans la Bible ;
      
      - Philippe Augendre, « Seigneur, anéantis-les », Le journal de l’IEBC, Volume 5, n°2 juin, 1992, p. 2-3 ;
      
      - Gérard Poublan, les adventistes et la guerre. Léon Liénard, Essai sur les Guerres de l’Eternel, 29 févr. 2016. (Manuscrit non publié aimablement prêté par l’auteur).
    3. 1 Co 13.9-12.
    4. Rm. 8.28.
    5. 1 Cor 2.6.
    6. Ps. 8.6.
    7. Paul Beauchamp et Denise Vasse, La Violence dans la Bible, Cahiers Evangile. N° 76, Cerf, 1991. https://www.google.ch/search
    8. Jc 1.17.
    9. Réforme, Le Dieu de la Bible est-il violent ? N°. 3181.
    10. 1 Rois 19.12 ; Es 5.1-4 ; Ex 19.16-18 ; 1 Rois 18.20-40.
    11. Jn 8.3-11.
    12. - Jacques Doukhan, Aux portes de l’espérance, Ed. Vie et Santé, Dammarie-les-Lys, 1983, 188-196 ;
      
      - Georges Steveny, La non-violence de Dieu et des hommes, Ed. Vie et Santé, 2001 ;
      
      - Pierre Chaunu, La violence de Dieu, Robert Lafont, Paris, 1978 ;
      
      - Guy Labouérie, Giuseppe Barbaglio, Dio violento ?, Lettura delle Scritture Ebraiche e cristiane, Cittadella Editrice, Assisi, 1991.
      
      - Paul Beauchamp et Denise Vasse, La Violence dans la Bible, Cahiers Evangile. n° 6, Cerf, 199.
      
      

    LA NON-VIOLENCE DE DIEU ET DES HOMMES

    Apprenez à distinguer entre ce que Dieu veut et ce qu’Il permet. De George Stéveny.

    8.00 €      

    RÉSUMÉ DE L’OUVRAGE

    Dans la Bible, il y a 2 testaments, mais un seul Dieu : telle est la conviction de Georges Stéveny, en abordant le problème de la non-violence. Les questions délicates soulevées par les « guerres saintes » du peuple hébreu, par certaines lois mosaïques, ou plus simplement par la fameuse « colère » de Dieu, méritaient mieux, en effet, que les formulations traditionnelles dans lesquelles la foi chrétienne s’est longtemps coulée. De l’ancienne à la nouvelle alliance, du décalogue aux révélations apportées par Jésus-Christ, cet ouvrage pose le problème avec franchise et justesse. Il apprend surtout à distinguer entre ce que Dieu veut et ce qu’il permet, entre ce qu’il fait et ce que les hommes font au nom de Dieu. Il n’oublie pas d’examiner les rapports entre les chrétiens et les autorités, selon l’apôtre Paul. Il fournit, bien entendu, nombre de clés utiles pour mieux comprendre l’Ancien Testament.

  • Paroles de prophètes

    Par Jean-Paul BARQUON
    Rédacteur en chef de la Revue adventiste,
    secrétaire général de l′Union des Fédérations adventistes

    L’apôtre Pierre est très précis dans sa seconde lettre lorsqu’il s’exprime sur la prophétie (2 Pierre 1.19-21, version TOB).

    « La parole des prophètes est la solidité même ».

    Cette parole des prophètes ne se limite pas à une collection de mots, mais transmet surtout l’intention de Dieu de se révéler à une diversité d’écrivains dont la culture, l’éducation, l’origine, l’époque et le contexte étaient bien différents.

    Au-delà des documents historiques, leurs écrits religieux convergent vers Dieu. Le Messie est inscrit au centre de cette collection biblique et le libérateur motive l’espérance des prophètes.

    On ne s’improvise pas rédacteur de la Bible, de même que l’on ne s’improvise pas lecteur sans un indispensable préalable : la présence du Saint- Esprit.

    Pour mesurer la solidité des paroles des prophètes, donc de la prophétie, l’apôtre Pierre invite les destinataires de sa lettre à fixer leurs regards comme sur une lampe brillant dans l’obscurité jusqu’à l’apparition de l’étoile du matin dans nos coeurs. L’image est parlante pour les destinaires appelés à la connaissance de Dieu et de Jésus- Christ1.

    Les adventistes du septième jour sont souvent exhortés à fixer leurs regards, non pas sur les accessoires des textes mais sur l’essentiel, sur Jésus au coeur de la prophétie.

    « Laissez parler Daniel et l′Apocalypse et enseignez ce qu′est la vérité. Quelle que soit la partie du sujet qui est traitée, présentez Jésus comme le centre de toute espérance, le rejeton et la postérité de David, l′étoile du matin. »2

    L’interprétation du symbolisme biblique exige d’adopter ce principe christologique qui peut nous faire défaut lorsque nous donnons une certaine priorité à des évènements empruntés à l’actualité en leur accordant une crédibilité prophétique.

    On ne bouscule pas la prophétie au point de déformer les intentions de Dieu. Pour être complet, l’interprétation prophétique (herméneutique) doit aussi faire appel à des principes christologiques et ecclésiologiques que nous ne pouvons pas développer dans un éditorial.

    Nulle part ailleurs dans les textes du Nouveau Testament, le caractère inspiré des Écritures n’est affirmé aussi explicitement.

    « Aucune prophétie n′est affaire d′interprétation privée : en effet, ce n′est pas la volonté humaine qui a jamais produit une prophétie, mais c′est portés par l′Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu »3.

    Voilà de quoi rassurer les destinataires de cette lettre confrontés à l‘écoute de la parole de de faux enseignants. Les chrétiens dispersés dans les Églises d’Alexandrie, de Syrie et d’ailleurs pouvaient facilement se laisser séduire par les faux docteurs4 par leur enseignement sur le retard de l’avènement glorieux du Christ5, par l’appel à une fausse liberté6, par la confusion sur le salut7 et tant d’autres aspects qui poussent l’apôtre Pierre à consacrer tout un chapitre à les dénoncer.

    Que dirait-il aujourd’hui par rapport aux interprétations fantaisistes éparpillées sur internet ? Nous avons besoin d’une saine méthodologie dans la recherche et la compréhension des paroles des prophètes et de leurs applications.

    Les articles de cette Revue adventiste ouvrent quelques pistes de réflexion, d’autant que le message de l’apôtre n’a rien perdu de son actualité.

    1. 2 Pierre 1.2 et 3.18.
    2. Ellen G. White, Testimonies to Ministers, p.118.
    3. 2 Pierre 1.20, 21, version TOB.
    4. 2 Pierre 2.1-22.
    5. 2 Pierre 3.3-13.
    6. 2 Pierre 2.19.
    7. 2 Pierre 2.10-11.

    Source : Revue Adventiste de février 2018

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  • Soyez donc parfaits


    Par Irene SÁNCHEZ MEJÍAS
    Psychanalyste spécialisée dans la psychologie familiale, membre de l’Église adventiste en Espagne

    Quel sujet passionnant, à la fois tellement rabâché et controversé que celui de la perfection chrétienne… Lorsque j’ai connu l’Église adventiste, il y a trente-deux ans, je me suis trouvée face à toute une série d’interprétations incontournables qui, sans être des dogmes de foi, en avaient le poids. Face à certaines de ces interprétations, je me posais quelques questions que je n’osais pas formuler. Je me sentais comme ces moines du Moyen Âge, recopiant des paragraphes de la Bible dans le silence de leurs monastères. Ils se posaient des questions et avaient des doutes sur l’interprétation traditionnelle correcte ou incorrecte de ce qu’ils lisaient, mais par peur, ils n’osaient pas les formuler.

    « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait… Matthieu 3.48 »

    L’une de ces questions est l’interprétation de « la perfection chrétienne ». En tant qu’adventiste venant de trouver la foi, je me suis efforcée d’être « parfaite », car comme je l’avais entendu dire dans mon église, si le Christ a été parfait, nous aussi nous devons l’être, puisque le Christ avait une nature humaine semblable à la nôtre. Dans cet effort pour être à la hauteur de la « perfection chrétienne » que l’Église me présentait comme idéal de vie, je n’ai obtenu que deux choses : frustration et sentiment de culpabilité. Frustration, parce que j’étais consciente que malgré tous mes efforts je n’arrivais pas à être « parfaite ». D′autre part, mes sentiments de culpabilité venaient du fait que malgré mes efforts, je n’arrivais pas à être à la hauteur de cet « idéal adventiste ». Et je dis adventiste, car toutes les confessions chrétiennes n’avaient pas cette vision de la « perfection chrétienne ».

    Des années plus tard, j’ai entendu une autre interprétation…[Fin de l’extrait – Suite dans la revue adventiste de décembre 2017]


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  • Dieu incapable dans sa toute-puissance ?

    Le sénateur de l ’État du Nebraska (USA), Ernie Chambers, en 2008, a poursuivi Dieu en justice. Il a porté plainte contre lui devant le tribunal du comté de Douglas. Il lui a demandé de cesser certaines de ses activités néfastes. Il lui reproche notamment de ne pas intervenir pour faire cesser les famines, les sécheresses, les ouragans, les génocides… et de n’avoir jamais répondu à ses nombreuses sollicitations ». Le juge américain a rejeté cette plainte déposée contre Dieu, retenant qu’il ne pouvait le convoquer à la barre d’accusation, en l’absence d’une adresse connue2 !

    lookupchurchCe que la toute-puissance divine n’est pas Même si ce coup d’éclat n’a pour but que de montrer la facilité avec laquelle on peut porter plainte aux USA, elle a le mérite de poser la bonne question de la toute-puissance de Dieu, car chaque fois qu’une tragédie naturelle, ou provoquée par les hommes, vient frapper notre planète, la toute-puissance divine est mise à mal.

    D’où la sempiternelle question : S’il est tout-puissant, pourquoi ne fait-il pas usage de cette super puissance ?

    Suit une seconde question aussi importante : comment bien parler de Dieu à nos contemporains, en quête de sens et de transcendance ?

    Nuances et prudence s’imposent dans notre tentative de réponse.

    Le Credo de Nicée affirme : « Je crois en Dieu notre Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ». La toute-puissance sous-entend que « rien n’est impossible à Dieu3 ». C’est vrai et c’est biblique, cependant, si on pousse au-delà de l’intention de l’Évangile, on peut fausser la pensée des Écritures. Nous allons voir que Dieu se fixe des limites et se conforme au choix qu’il fait pour agir et se révéler. À quoi bon courir derrière une toute-puissance de Dieu qu’il a potentiellement, mais qu’il a décidé de ne pas utiliser ? « La non-puissance n’est pas l’impuissance, mais une décision, de la part de celui qui a, qui détient une puissance, de ne pas s’en servir, de ne pas user de la puissance4 ». Exactement comme s’est comporté notre Seigneur. Jamais il n’a eu recours à sa divinité pour accomplir ses nombreux prodiges. Il y a des voitures qui peuvent faire 300 et même 400 km à l’heure. Mais le code de la route, dans notre pays ne permet pas de dépasser, sur une autoroute, les 130 km. La puissance est bien supérieure à son usage. Deux choses à ne pas confondre.

    La volonté de Dieu est que tous les hommes soient sauvés, mais hélas, tous ne le seront pas5. Il aurait à disposition de quoi obliger les hommes à accepter le salut.

    Mais il a décidé, par respect du libre arbitre accordé à chacune de ses créatures, de ne pas faire appel à des moyens contraignants. La Bible ne nous révèle pas un Dieu Justice qui intervient toujours au dernier moment comme le feraient certains héros populaires (Tarzan, Zorro, Superman, Spiderman ou Robin des Bois). Nous avons des exemples dans les Écritures et dans la vie quotidienne, où Dieu n’arrive pas toujours à l’endroit où nous l’attendions. C’est souvent un mystère pour notre foi, une incompréhension pour notre raison.

    Il existe aussi des choses que Dieu ne peut faire, parce qu’elles sont à l’encontre de sa nature, de sa vision et de ses choix. Par exemple : lui demander de faire « qu’un cercle soit carré », « de construire un bateau ou une pierre qu’il n’arrive pas lui-même à déplacer », « de faire mieux que ce qu’il fait », de faire en sorte qu’une chose soit à la fois existante et inexistante, ou encore « de se suicider » et autres sophismes de ce genre !

    Dieu ne peut faire du mal à partir d’une nature et d’une volonté qui se veulent parfaites. Le mal est une imperfection dans la création. Maintenant je résonne par l’absurde : même si Dieu avait la faculté de faire du mal, il s’en abstiendrait, car un Dieu parfaitement sage serait capable de se maîtriser. Nous sommes loin d’être des hommes et des femmes parfaits, donc, capables d’assassiner quelqu’un et pourtant la plupart d’entre nous ne le font pas. « Ce n’est pas parce que Dieu ne veut pas accomplir une action qu’il ne peut pas le faire6 ».

    Il nous faut donc revisiter la notion de la toute-puissance et si nécessaire, la convertir en une compréhension plus harmonieuse avec la révélation biblique et plus digne de notre créateur.

    L’expression, « la toute-puissance de Dieu » pourrait s’avérer trompeuse. Voici déjà certaines choses que Dieu ne peut et ne veut pas faire selon l’ensemble de la révélation des auteurs bibliques : Dieu ne peut pas mentir « Dieu n’est point un homme pour mentir, ni fils d’homme pour se repentir. Ce qu’il a dit, ne le fera-t-il pas ? Ce qu’il a déclaré, ne l ’exécutera-t-il pas ? » « Dieu n’est point un homme pour mentir… » « Paul, serviteur de Dieu, et apôtre de Jésus-Christ pour la foi des élus de Dieu et la connaissance de la vérité qui est selon la piété, lesquelles reposent sur l’espérance de la vie éternelle, promise dès les plus anciens temps par le Dieu qui ne ment point ». L’auteur de l’épître aux Hébreux va plus loin, il affirme l’impossibilité « que Dieu puisse mentir7 ». Mentir c’est mal. Dieu est amour et l’amour ne ment pas. Demander à Dieu de mentir c’est lui demander l’impossible. C’est l’exposer au côté obscur… [Voir plus…]

  • HARMAGUÉDON

    L′agression de l′espérance.

    Par Jean-Paul BARQUON - Département des Communications de l’UFB

    « Le sixième répandit sa coupe sur le grand fleuve, l’Euphrate. L’eau en tarit pour préparer le chemin aux rois qui viennent de l’Orient. Je vis sortir de la bouche du dragon, de la bouche de la bête et de la bouche du prophète de mensonge trois esprits impurs, semblables à des grenouilles. Ce sont des esprits de démons qui produisent des signes et qui s’en vont vers les rois de toute la terre habitée afin de les rassembler pour la guerre au grand jour de Dieu, le Tout-Puissant.
    – Je viens comme un voleur.
    Heureux celui qui veille et garde ses vêtements, pour ne pas marcher nu, pour qu’on ne voie pas sa honte !
    – Ils les rassemblèrent au lieu appelé en hébreu Harmaguédon » Apocalypse 16.12 – 16 (version NBS).

    Le nom Harmaguédon nous est rapporté par le texte biblique d’Apocalypse 16.12 – 16. Il suscita depuis fort longtemps l’imagination des croyants. Friands des prophéties bibliques, certains furent bien imprudents en se plaçant sur le terrain mouvant de la spéculation. On a souvent tenu à voir un choc entre l’Orient et l’Occident, choc des cultures, choc économique, conflit militaire, etc. Parmi les best-sellers du marché de la littérature chrétienne, le livre de Hal Lindsay « Late Great Planet Earth » s’est vendu à des millions d’exemplaires en faisant de son auteur une référence à la limite d’une sorte de gourou pour tous ceux qui partagent aux États-Unis les vues du Dallas Theological Seminary sur le retour du Christ.

    Le cinéma a même développé l’imaginaire d’un « armageddon » en 1998 avec la création de l’oeuvre de Michaël Bay et la notoriété de l’acteur Bruce Willis. Un astéroïde se dirige vers la terre à la vitesse de 35 000 kilomètres à l’heure. Avec autant d’imagination nous sommes loin du texte de l’apôtre Jean et de la description de son livre. Résultat : la prophétie est discréditée, la perte de confiance dans la révélation biblique s’agrandit, le scepticisme et le doute s’enracinent imperceptiblement dans les mentalités.

    Nous ne sommes pas les premiers lecteurs à lire les textes que nous avons sous les yeux. Avant nous, d’autres croyants, d’autres écoles ont lu ce passage, en s’arrêtant sur cette mention au sein de la sixième coupe, son insertion au sein du manuscrit de l’Apocalypse rédigé par Jean.

    Bien des commentateurs favorisent une approche allégorique dans leur interprétation des textes prophétiques et eschatologiques. En ne respectant aucune règle d’interprétation des textes (herméneutique) on peut s’acheminer sur des terrains particuliers au dénouement incertain. Quelle aubaine pour certains de comparer l’assèchement de l’Euphrate à la crise pétrolière… et ne pas vouloir comprendre que les éléments décrits dans l’Apocalypse ne sont que des symboles et que nous ne sommes pas autorisés à les associer à des événements contemporains fluctuant d’une année sur l’autre… Une affirmation, en 2016, sur un passage peut être démentie quelques années plus tard, puisque notre société est en évolution permanente.

    Les méthodes d′interprétation

    L’interprétation biblique est passée par plusieurs écoles1, depuis celle de l’Église catholique romaine à la lecture herméneutique historico-littérale et typologique de l’école d’Antioche et celle des protestants Réformés ; de l’herméneutique anti-surnaturelle, de la critique historique bien rationaliste des Lumières jusqu’à l’herméneutique de compréhension subjective de Schleiermacher ; l’approche néo-orthodoxe de Barth et de Bultmann ; de la métacritique à l’herméneutique de la suspicion ; de l’herméneutique sociale (incluant la théologie de la libération et la théologie féministe) à la nouvelle approche (la rhétorique, le structuralisme, la sémiotique, la théorie narrative, etc.) jusqu’à la déconstruction du texte.

    Le genre prophétique diffère des autres genres bibliques en raison des visions, des symboles, des images, des structures, des accroches et des références d’une époque orientale différente de la nôtre. Le livre de l’Apocalypse ne se lit pas et ne s’interprète pas comme celui du Lévitique ou de l’évangile de Matthieu. Un effort est donc nécessaire dans notre approche, en s’écartant de rudiments fantaisistes et d’énumérations ésotériques.

    Pour un auteur comme Donald E. Mansell, missionnaire adventiste et rédacteur dans l’Idaho : « Dans nos milieux, aucune autre discussion n’a probablement autant échauffé les esprits et en même temps autant manqué d’illuminer les derniers temps que la discussion sur les différentes interprétations de la bataille d’Harmaguédon et du « roi du nord » apocalyptique qui lui est traditionnellement associé2 ». Ne nous trompons pas d’objectif. La compréhension d’un commentaire prophétique ne donne pas forcément accès au salut en Jésus-Christ. Nous nous situons dans le christianisme de la justification par la foi et non pas du salut par la connaissance, même si la connaissance prophétique a son importance.

    Toutefois, le rôle des prophéties bibliques a toujours été d’orienter les lecteurs attentifs vers le rédempteur, Maître de l’histoire, en créant une plus grande confiance dans la réalisation de la promesse de son avènement final et de l’instauration de son Royaume.

    Les différentes interprétations sur Harmaguédon

    Au sein des commentateurs adventistes et des historiens de notre Église on discerne quatre périodes d’interprétation d’Harmaguédon3 :

    1. de 1846 à 1871 Harmaguédon = conflit entre les forces du Christ et celles de Satan. Le Roi du Nord étant perçu comme la papauté4.
    2. de 1871 à 1903 Harmaguédon = le combat des nations rassemblées en Palestine contre le Christ. Le Roi du Nord étant la Turquie5.
    3. de 1903 à 1952 Harmaguédon = le conflit militaire mondial entre les nations réunies en Palestine. Selon cette interprétation, le Christ joue un rôle minime dans ce conflit.
    4. depuis 1952, on semble revenir à la première interprétation en affirmant qu’Harmaguédon serait le conflit entre le Christ et Satan.

    De moins en moins d’adventistes s’attachent à l’interprétation militaire et ceux qui pensent que le conflit aura trait à la résolution finale de la question du sabbat et du dimanche sont de plus en plus nombreux6. Toutefois, depuis les évènements de la première guerre du golfe en 1990-1991, puis de la seconde guerre du golfe en 1991-2003, le choc des attentats du 11 septembre 2001, ceux de Gaza en 2009, et maintenant avec les tentatives de terreur de Daesh, certains veulent y voir la préparation d’un gigantesque conflit militaire entre les nations du monde, réunies au Moyen-Orient. Méfionsnous donc des explications fantaisistes diffusées sur YouTube…

    James White et Uriah Smith ont eu des points communs sur l’interprétation des années 1846-1871, mais aussi des points divergents.
    Au niveau des convergences
    – le conflit d’Harmaguédon se produit au moment du retour du Christ,
    – les antagonistes sont le Christ et Satan,
    – le conflit se termine avec la défaite finale des méchants.

    Source : Revue adventiste Juin 2016 - pages 12 et 13
  • Jésus est-il divin ?

    Notes sur la grammaire de Tite 2.13 et de 2 Pierre 1.1 (1)

    Par Luca MARULLI - Professeur de théologie, Doyen de la Faculté adventiste de théologie au Campus adventiste du Salève

    De son vivant, Jésus n’a pas été considéré comme étant « divin » dans le sens « égal à Dieu ». Même l’appellation « Fils de Dieu (2) » n’est pas en soi une affirmation dogmatique de la nature divine de Jésus : Adam a été ainsi défini en Luc 3.38 ; dans l’Ancien Testament, Israël est appelé « mon fils premier-né(3) » et dans la Sagesse de Salomon(4) c’est l’homme juste et pieux qui est appelé « fils de Dieu(5) ». Après la mort de Jésus, le fait que les femmes se rendent au tombeau pour l’embaumer (Marc 16.1 et parallèles) prouve bien qu’on ne s’attendait pas à autre chose qu’à trouver un cadavre dont il fallait prendre soin par une digne sépulture. L’incrédulité et l’étonnement des disciples (cf. Luc 24.11, 12) confirment également leur incompréhension.

    Leur intelligence ne sera ouverte qu’après la résurrection (Luc 24.45). Mais à quelle conclusion les chrétiens du Ier siècle, après des années de réflexion, vont-ils arriver ? Manifestement, à une conclusion qui n’est pas restée sans opposition : Jésus est divin. Cette affirmation a rencontré des objections philosophiques (peut-on vraiment concevoir l’incarnation de Dieu ou la fusion entre l’humain et le divin ?), historiques (il n’y a pas de preuves !), et théologiques (la Bible dit clairement qu’il n’y a qu’un seul et unique Dieu : cf. Deut 6.4).

    Il est évident que l’on ne peut pas négliger la pertinence de ces contestations et les défis qu’elles représentent. En même temps, il est impossible d’ignorer que, même si l’on n’arrive à une formulation précise et rigoureuse (mais selon une sensibilité et un langage du monde
    gréco-romain plutôt que juif ) de la divinité de Jésus qu’en 325 au Concile de Nicée(6), certains textes du Nouveau Testament s’expriment déjà très clairement dans ce sens.

    Comme celui-ci a été écrit en grec, la plupart des lecteurs ont accès au texte du Nouveau Testament par le biais de traductions. L’observateur attentif s’apercevra que les traducteurs ne s’accordent pas toujours sur le sens à donner au texte. C’est pour cette raison que, lorsque l’enjeu est de taille, comme dans le cas de la divinité de Jésus, il faudra s’assurer que les règles de la grammaire et de la syntaxe grecques sont respectées et que le traducteur ne se laisse pas influencer par ses convictions personnelles. À ce propos, il est intéressant de se pencher sur les deux manières de traduire le texte de Tite 2.13.

    « L′observateur attentif s′apercevra que les traducteurs bibliques ne s′accordent pas toujours sur le sens à donner au texte ».

    La Traduction Œcuménique de la Bible – TOB (traduite par des biblistes catholiques, protestants et orthodoxes), la Colombe et la Nouvelle Bible Segond, la Bible en Français Courant et la Parole de Vie (traductions œcuméniques), la Bible de Jérusalem (d’inspiration catholique) et la Bible Darby (le traducteur était un chrétien évangélique), juste pour citer quelques exemples, s’accordent sur une traduction qui définit Jésus-Christ comme « notre grand Dieu et Sauveur ».

    Par contre, la Bible du Nouveau Monde (témoins de Jéhovah), la version Chouraqui (traduction d’un intellectuel juif ) et même la King James (d’inspiration anglicane et protestante) comprennent une double épiphanie : celle « du grand Dieu » et celle « de notre Sauveur Jésus-Christ ».

    Il est tentant de justifier cette divergence en l’attribuant aux différents présupposés théologiques des traducteurs impliqués : le premier groupe est en effet composé par des chrétiens déjà convaincus de la divinité de Jésus, tandis que le deuxième (sauf pour la King James) est constitué par des traducteurs pour lesquels Jésus n’est pas consubstantiel au Père. Toutefois, ne pouvant pas justifier une traduction par des présupposés théologiques, il sera nécessaire de se tourner vers l’analyse grammaticale des textes bibliques à traduire pour éviter, dans la mesure du possible, toute contamination idéologique.

    Le savant bibliste anglais Granville Sharp, qui était également l’un des pionniers de l’abolition de l’esclavage, publie en 1798 un livre sur l’emploi de l’article défini dans le grec du Nouveau Testament(7).

    Suite à son analyse fondée sur la comparaison de milliers de textes, G. Sharp parvient à la conclusion que, en simplifiant, lorsqu’on trouve la construction : article–NOM(8) –et(9) –NOM les deux noms se référent à la même personne(10). Pour en donner un exemple, lorsqu’en Hébreux 3.1 l’auteur écrit littéralement « le–APOTRE–et–GRAND PRETRE […] Jésus-Christ », les noms « apôtre » et « grand prêtre » sont à comprendre comme deux descriptions de la même personne, Jésus-Christ, même si l’article défini est utilisé seulement avant le premier nom.
    D’autres exemples de cette manière d’utiliser une seule fois l’article défini pour deux noms se trouvent en Romains 15.6 et 2 Corinthiens 1.3 (« le–DIEU–et–PERE de notre Seigneur Jésus-Christ ») ; 1 Corinthiens 15.24 (« le Royaume à le–DIEU–et–PERE ») ; Galates 1.4 (« la volonté de le–DIEU–et–PERE notre… »). Dans tous ces cas, il est évident que, même si l’article défini est utilisé seulement pour le premier
    substantif (« Dieu »), il faut considérer le deuxième (« Père ») comme se référant à la même personne et non pas à une personne différente(11).

    Cet emploi si technique de l’article défini grec a été aussi examiné par d’autres biblistes : Middleton (1808)(12) , Ellicott (1863)(13), P. Wendland (1904)(14), et tout récemment par Daniel B. Wallace (2009)(15).
    Certes, des exceptions ont été constatées (par exemple cette règle ne s’applique pas aux noms propres), mais la « règle de Sharp » a été confirmée pour le grec du Nouveau Testament.

    Lorsqu’elle n’est pas suivie par les traducteurs, la raison est à chercher dans leurs convictions personnelles. C’est ainsi que le grand grammairien néotestamentaire du XIXe siècle Georg Benedikt Winer(16) subordonne la règle grammaticale à sa doctrine personnelle (antitrinitaire), en affirmant que, d’après lui, il n’est pas plausible que Paul, dans Tite 2.13, appelle Jésus « grand Dieu », raison pour laquelle il préfère traduire « en attendant la bienheureuse espérance et la manifestation de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ ». Paradoxalement, Winer suit la règle de Sharp pour traduire 2 Pierre 1.11 ; 2.20 ; 3.2 et 3.18 (littéralement « […] de le–SEIGNEUR notre–et–SAUVEUR Jésus-Christ », traduit par « […] de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ »), mais il refuse de l’appliquer à 2 Pierre 1.1 (littéralement « de le–DIEU notre–et–SAUVEUR Jésus-Christ »), qu’il aurait dû traduire, en suivant la règle grammaticale, par « de notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ », mais qu’il préfère rendre par « de notre Dieu et du Sauveur Jésus-Christ ».

    Nous convenons que la foi en la divinité de Jésus ne se réduit pas à l’application d’une règle régissant une langue, le grec du Nouveau Testament en l’occurrence. Mais, d’un point de vue strictement grammatical, il faut honnêtement reconnaître que les textes de Tite 2.13 et de 2 Pierre 1.1 définissent sans équivoque Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur. C’est bien là l’aboutissement de la réflexion christologique du christianisme primitif, qui s’étale sur plusieurs décennies et se cristallise dans les écrits (probablement les plus tardifs) du canon du Nouveau
    Testament.

    Notes

    1. L’auteur exprime sa gratitude à Corinne Égassse et à Jean-Jacques Henriot pour leur relecture du manuscrit.
    2. Par exemple Mc 15.39, dans la bouche du centurion qui assiste à la mort de Jésus, ou Mt 14.33, où ce sont les disciples qui s’adressent à lui de la sorte.
    3. Le mot grec traduit par « premier-né », prōtótokos, est aussi utilisé pour décrire le Christ en Colossiens 1.15,18 et Apocalypse 1.5.
    4. Un écrit juif du premier siècle av. J.-C., inclus dans le canon biblique de la Septante (LXX), la traduction en grec de l’Ancien Testament
      connue et utilisée par les premiers chrétiens.
    5. Sagesse 2.18 : « Si le juste est fils de Dieu, alors celui-ci viendra à son secours et l’arrachera aux mains de ses adversaires. »
    6. Le Symbole de Nicée : « Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur de toutes choses visibles et invisibles, et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c’est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré et non fait, consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites au ciel et en la terre. Qui, pour nous autres hommes et pour notre salut, est descendu des cieux, s’est incarné et s’est fait homme ; a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts, et au Saint-Esprit […] ». Ce texte sera repris et augmenté lors du Concile de Constantinople, en 381.
    7. Remarks on the uses of the definitive article in the Greek text of the New Testament, containing many new proofs of the divinity of Christ,
      from passages which are wrongly translated in the common English version.
    8. Substantif, adjectif ou participe substantivé ayant une fonction d’adjectif.
    9. Kaï en grec.
    10. Les deux noms (substantifs/adjectifs/participes) doivent être au même cas et doivent être reliés par la conjonction « et » (kaï en grec) :
      dans ce cas, si l’article est utilisé seulement pour le premier nom, le deuxième nom se réfère aussi à la même chose que le premier.
    11. Voir aussi Ephésiens 5.20 ; Philippiens 4.20 ; 1Thessaloniciens 1.3 ; 3.11,13 ; Jacques 1.27 ; 3.9 ; Apocalypse 1.6.
    12. The doctrine of the Greek article applied to the criticism and illustration of the New Testament.
    13. « Scripture and Its Interpretation », in Aids to faith : A Series of Theological Essays.
    14. « Soter », in Zeitschrift fur neutestamentliche Wissenschaft, V : 335-353.
    15. Granville Sharp’s Canon and Its Kin. Semantics and Significance, Studies in Biblical Greek 14, New York – Bern – Berlin – Bruxelles – Frankfurt am Main – Oxford – Wien, Peter Lang, 2009.
    16. A Greek Grammar of the New Testament, 1825.
    Source : Revue Adventiste juillet 2016 - pages 6, 7es 6, 7
    French: Louis Segond (1910) - SEG

    7 Il en toucha ma bouche, et dit: Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié.  

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    et 8
  • LES TRADUCTIONS DE LA BIBLE : une oeuvre humano-divine

    BiblesPar Roland MEYER – Professeur de théologie à la Faculté adventiste de théologie

    Les membres de nos Églises adventistes francophones utilisent largement la traduction de la Bible du professeur protestant Jacques Jean-Louis Segond.  Que savons-nous de cette traduction ?

    Ce n’est pas un ange qui, de la part de Dieu, a déposé la Bible sur la terre, toute prête à être lue dans une langue connue de toute l’humanité. Dieu a aidé l’homme à rédiger les textes et à en conserver certains. Les phrases du récit biblique sont composées de mots de tous les jours, les textes sont construits selon les règles de grammaire, de syntaxe et de conjugaison que les hommes connaissent. Mais les hommes parlent des langues différentes, langues qui évoluent suivant les temps et les régions, et pour qu’ils comprennent ce que les auteurs de ces textes ont écrit il y a deux ou trois mille ans, il faut bien traduire ces textes et les adapter à notre manière de parler.

    La traduction n’est pas la recomposition du message, mais seulement sa mise à disposition pour celui qui ne le comprend pas dans la langue
    d’origine. Il arrive régulièrement que l’usage des mots change. Certains sont abandonnés alors que d’autres apparaissent. La révision d’une traduction est là pour permettre au lecteur de lire un message compréhensible à l’époque où il vit. C’est ainsi qu’il est nécessaire de réviser les traductions de la Bible, voire de retraduire les textes afin d’adapter, non pas le message, mais le vocabulaire, dans le but de bien saisir le message. Si le monde entier connaissait les trois langues utilisées à l’époque de la rédaction des textes bibliques, l’hébreu, l’araméen et legrec, il n’y aurait pas lieu de s’embarrasser à faire des traductions.

    Les plus anciennes traductions connues de certains textes bibliques sont des traductions orales qu’on appelle les Targoums. Ce sont des
    textes de la Bible hébraïque traduits en araméen et utilisés lors des lectures de portions de la Torah à la synagogue à l’intention des populations juives dont l’hébreu n’était plus une langue connue à la suite de l’exil.

    Au IIIe siècle av. J.-C., le grec était la langue parlée dans le Bassin méditerranéen oriental. Les populations juives de la diaspora souhaitaient
    avoir accès aux textes sacrés écrits en hébreu, mais ils ne connaissaient pas la langue. Une traduction des textes hébreux qui composent aujourd’hui notre Ancien Testament, a été entreprise. Ce travail s’est étendu sur environ un siècle. Cette oeuvre porte le nom de traduction des Septante. Les traducteurs de ces textes ont ajouté d’autres livres à ce corpus, les apocryphes ou deutérocanoniques.

    Dès le IIe siècle apr. J.-C. la Bible est traduite en latin, la langue commune dans cette partie du monde. Au IVe siècle, Jérôme de Stridon entreprend un grand travail de révision de certaines traductions latines. Il en sortira finalement une traduction de l’Ancien et du Nouveau Testament appelée Vulgate. Ce n’est qu’au VIIIe siècle que Charlemagne impose officiellement la Vulgate à laquelle avaient été intégrés les textes deutérocanoniques (apocryphes) de la Septante.

    C’est en 1523 que Lefèvre d’Etaples publie sa traduction française réalisée à partir des textes latins de la Vulgate. En 1535 Pierre Robert Olivétan, cousin de Jean Calvin, publie la première Bible protestante française dans laquelle il insère les textes apocryphes de la Septante. Sa traduction provient également des textes de la Bible de Jérôme (Vulgate). Dès 1538 paraît la Bible de Genève dont le texte de base est celui de la traduction d’Olivétan, revu d’après le Textus Receptus1, et d’après des manuscrits hébreux et grecs, par les pasteurs de Genève.
    La dernière édition est révisée par Jean Calvin.

    Les sociétés bibliques du XIXe siècle jouent un rôle important dans la traduction de la Bible. Dès cette époque, certains traducteurs commencent à travailler à partir des manuscrits les plus anciens et non plus à partir de traductions telles que la Septante ou la Vulgate. John Nelson Darby publie une version très littérale à partir des textes hébreux et grecs en 1859. Il fait un travail particulièrement précis et apprécié. Mais la Compagnie des pasteurs de l’Église de Genève confie au professeur Jacques-Jean-Louis Segond2 le soin de faire la meilleure traduction française possible des textes de l’Ancien Testament. Sa traduction paraît en 1874. Mais en plus de maîtriser l’hébreu, Segond maîtrise le grec et d’autres langues. C’est alors qu’il entreprend la traduction du Nouveau Testament qui sera publiée en 1880. Le 31 octobre 1873, à propos de la nécessité de traduire les textes bibliques, Segond écrit ce qui suit dans la première édition de sa traduction de l’Ancien Testament publiée à Genève en 1874 : « Quand la langue hébraïque eut cessé d’être une langue parlée, furent-ils [les Juifs] les premiers à éprouver le besoin d’avoir, pour leur usage, des traductions dans les idiomes des peuples au milieu desquels ils vivaient dispersés. […] Ainsi
    prit naissance la version dite des Septante ou d’Alexandrie », p. IX.

    Parlant des difficultés de la traduction et des connaissances à avoir pour entreprendre un tel travail, Segond écrit : « Qui dira dans quelles limites et sous quelles formes le secours divin se manifeste en pareille circonstance ? Peut-on s’attendre à une force surnaturelle qui préserve de toute inexactitude, à une sorte d’inspiration infaillible qui n’a pas même été le privilège des copistes auxquels nous sommes redevables
    du texte original dont il s’agit de reproduire le sens dans nos langues modernes ? » p. XVI.

    Le professeur Segond a travaillé à partir des différents documents originaux disponibles lui permettant d’aller au plus près des textes les plus anciens connus à l’époque. Certes Segond ne disposait, au milieu du XIXe siècle., que de quelques manuscrits. Les traducteurs actuels disposent d’environ vingt mille documents pour traduire la Bible.

    Nous possédons de plus en plus de documents anciens se rapportant aux textes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Nous constatons que nos langues évoluent rapidement, que les sciences bibliques et les découvertes archéologiques nous donnent des outils de plus en plus précis pour étudier les manuscrits ainsi que les variantes qu’ils proposent pour un même récit. Nous sommes donc obligés de nous rendre à l’évidence qu’il est nécessaire de réviser régulièrement des traductions vieillissantes, voire de retraduire entièrement le texte biblique. Certes, la révision des textes est une entreprise délicate, car il convient de veiller à ne pas trahir la pensée de l’auteur, mais c’est une entreprise nécessaire pour que la Parole de Dieu soit comprise par toutes les populations du monde et à toutes les époques.

    1.Textus Receptus ou Texte reçu, est le nom donné à la première version imprimée du Nouveau Testament en grec publiée à la hâte en 1516 par le hollandais catholique Érasme. Ce texte est basé sur des manuscrits grecs tardifs (XIIIe et XVe siècle) auxquels sont incorporés des textes latins de la Vulgate.

    2. Louis Segond est né le 3 octobre 1810 à Genève. Il meurt dans cette même ville le 19 juin 1885. Son père est un catholique français qui a servi dans les troupes napoléoniennes. Il gère une échoppe de cordonnier au centre de Genève. Sa mère est genevoise, attachée au protestantisme. Louis Segond s’intéresse aux sciences naturelles et à la médecine et entre à l’Académie de Genève. En 1830 il commence ses études de théologie. Il obtient le grade de bachelier en théologie à l’université de Strasbourg en 1834, puis sa licence en théologie, en 1835, dans la même université. Il est docteur en théologie en 1836.

    Bible Noire copie

    BIBLE À LA COLOMBE – NOIRE

    La Bible version Segond révisée dans un format compact. Comporte 28 études bibliques rédigées sous la forme de questions-réponses, tirées du Manuel d’études bibliques « Signes des Temps » de l’Église adventiste du 7ème jour.

    Source : Revue Adventiste - Juin 2016 - Pages 8, 9es 8, 9
    French: Louis Segond (1910) - SEG

    9 Poussez des cris de guerre, peuples! et vous serez brisés; Prêtez l`oreille, vous tous qui habitez au loin! Préparez-vous au combat, et vous serez brisés; Préparez-vous au combat, et vous serez brisés.  

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  • La Bible traduite

    Par Corinne Égasse – Secrétaire de la Faculté adventiste de théologie de Collonges-sous-Salève (Haute-Savoie)

    Parce qu’elle est Parole vivante, la Bible a depuis toujours été traduite dans les langues des peuples gagnés par la foi chrétienne. Corinne Égasse présente dans cet article 7 traductions françaises contemporaines. Cette analyse a été publiée dans la revue Dialogue destinée aux jeunes universitaires.

    La traduction de la Bible est une aventure très ancienne. À peine la période de rédaction des Écritures hébraïques, notre Ancien Testament, s’achevait-elle que déjà les Juifs d’Alexandrie, en Égypte, entreprenaient la traduction de leurs livres saints dans la langue locale. Cette vaste entreprise culturelle et religieuse s’est étalée de 250 à 150 avant notre ère et a produit la version grecque de la Bible juive, connue sous le nom de Septante. Le grec étant à l’époque et pour plusieurs siècles la « langue universelle », la Septante est tout naturellement devenue dès le début de notre ère les Saintes Écritures des chrétiens, auxquelles se sont ajoutés les livres du Nouveau Testament au fur et à mesure que leur autorité s’imposait aux communautés.

    Traduire pour transmettre La forte préoccupation missionnaire du judaïsme, et surtout du christianisme, rendait nécessaire la traduction des livres sur lesquels s’appuyait la foi. Aussi l’histoire de la traduction de la Bible, et parfois même de l’invention d’une écriture, suit-elle à la trace celle de la propagation de l’Évangile. La version en syriaque de l’Ancien Testament, la Peshitta, remonterait au Ier siècle de notre ère. L’Égypte est très tôt fortement christianisée ; aussi la Bible y est-elle traduite dès le IIe siècle dans au moins six versions dialectales du copte. Dans la partie occidentale de l’Empire romain, le latin est préféré au grec ; au IIIe siècle, la Bible est traduite en latin, la Vieille latine, qui sera supplantée au Ve siècle par l’indétrônable traduction latine de Jérôme, la Vulgate. Au IVe siècle, la Bible est traduite en gothique, constituant le plus ancien document littéraire dans une langue germanique. L’Arménie, première nation devenue officiellement chrétienne après le baptême en 301 de son roi Tiridate III, eut au Ve siècle sa version de la Bible, inventant pour cela une écriture de sa langue jusque-là orale. À la même époque commençait la traduction en géorgien. Au VIe siècle est réalisée la traduction en guèze, ou éthiopien classique, le royaume d’Axoum étant devenu chrétien vers 320-330. Au IXe siècle, l’écriture cyrillique est inventée par des missionnaires pour réaliser leur traduction de la Bible en slavon. Nous avons là un aperçu très condensé de ce qu’il est convenu d’appeler les « versions anciennes » de la Bible, à savoir celles qui sont antérieures à l’an 10001.

    Cette entreprise permanente de traduction des Écritures dans les langues où le christianisme s’étend exprime la conviction intime de tout enseignant de la Bible que ce livre est le fondement de la foi, que cette Parole est vivante et transmet la vie, qu’elle ne peut donc rester figée dans sa langue d’origine, mais qu’elle doit être offerte au croyant ou au futur croyant au plus près de sa compréhension, dans sa propre langue. C’est la grandiose dynamique de l’Incarnation qui se poursuit : Dieu vient à l’homme, il le rejoint sur sa planète, dans sa vie, dans sa culture, dans son quotidien. Il parle à son intelligence et à son cœur le langage approprié, pour l’attirer à lui. Tout traducteur de la Bible prolonge ce mouvement de proximité qui veut se faire comprendre de chacun.

    Si dès ses origines la Bible a été traduite, elle est aujourd’hui traduite au moins partiellement en 2 886 langues et dialectes, sur les 6 900 langues répertoriées dans le monde ! 542 langues disposent de la Bible en entier, 1 324 autres langues ont tout le Nouveau Testament, et encore 1 020 autres ont au moins un livret, généralement un Évangile2.

    Les traductions françaises

    Même si la traduction de la Bible en français a suivi la mutation progressive de cette langue à partir du latin, et ce dès le XIIe siècle avec les travaux de Pierre Valdo à Lyon, la langue française n’a pas eu sa Bible, comme les Allemands ont eu la traduction de Martin Luther (XVIe siècle) ou les Anglais la King James Version (XVIIe). Sans doute est-ce dû au fait que la Réforme ne s’est pas imposée en France et que la Vulgate latine continuait de régner dans le catholicisme. La première traduction de la Bible entière en français est réalisée à partir de la Vulgate par le théologien et humaniste français Jacques Lefèvre d’Étaples, et publiée hors de France, à Anvers (aujourd’hui en Belgique), en 1523 (Nouveau Testament) et 1530 (Ancien Testament). Suit aussitôt la traduction de Robert Olivétan, cousin du réformateur Jean Calvin, établie à partir du grec et de l’hébreu et imprimée à Neuchâtel (Suisse) en 1535. L’histoire des traductions françaises serait passionnante, toutefois elle déborde largement le cadre de cet article3. [Voir plus…]

  • Baptême au nom de Jésus ou formule trinitaire ?

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  • Les croyances bibliques fondamentales

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