• Violence humaine et divine dans la Bible

    Comme vous, je suis contre. J’aurais souhaité une Bible bien lisse, sans les aspérités qui nous plongent parfois dans l’inconfort et heurtent notre sensibilité. « Dieu aurait pu refuser ces textes. Et la Bible aurait été expurgée…de toutes les scènes violentes ou inconvenantes ».1 Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Jésus, lecteur fidèle et diligent de l’Ancien Testament, ne pouvait les ignorer. En a-t-il été offusqué ? Certainement et même plus que nous, mais le Seigneur ne fait aucun commentaire sur la violence dans l’AT. Comme nous, il en prend acte.

    Aujourd’hui encore, ces textes, restent intraitables et choquants, car là où le lecteur s’attend à rencontrer des hommes parfaits, il découvre des hommes comme nous, habités par le bien, mais bien souvent traversés par d’obscures forces maléfiques. Le lecteur découvre aussi un Dieu en quête des hommes et passionnément épris de ses créatures en proie à la violence.

    Je ne suis pas le premier venu à me confronter à ce problème. Un grand nombre de collègues avant moi ont partagé le fruit de leurs recherches dans nos différentes revues et livres2. On peut bien sûr ignorer ces épisodes choquants, leur donner une portée allégorique, mythique, à l’instar de l’Iliade et l’Odyssée, leur refuser toute inspiration divine, ou respecter leurs mystères, en attendant le jour où « je connaîtrai comme j’ai été connu »3. Notre Créateur a dit et fait des choses impénétrables. Or, seul Dieu peut comprendre Dieu. Mais les hommes de la Bible aussi, ont dit et fait des choses qui ne reflétaient pas toujours la volonté de leur Seigneur. Il est vrai que : « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu »4. Mais ces « choses » sont-elles toujours voulues et accomplies par Dieu ? Une chose est certaine : Dieu remet ensemble nos vies en miettes et recycle nos ratages et nos scories.

    Toute explication humaine de ces « mystères divins », bien que « nous ayons la pensée du Christ »5 et que nous soyons « créés de peu inférieurs à Dieu »6, doit être empreinte d’humilité, toujours ouverte à une meilleure compréhension. D’où la fragilité de nos interprétations qu’il faut affiner sans cesse.

    La violence dans les Saintes Écritures est l’un de ces « rochers de scandale » (G. Steveny) qui trouble nos esprits. Les auteurs inspirés ne cachent pas l’âpreté du langage. « Pour éviter ce trouble, le piège serait de dissimuler la violence ou de la faire disparaître »7.

    « Une chose est certaine : Dieu remet ensemble nos vies en miettes et recycle nos ratages et nos scories »

    Rejetons d’emblée l’idée que le Dieu colérique de l’AT soit devenu le Dieu amour du NT. On trouve dans les 2 Testaments douceur et violence. Pour nous chrétiens, c’est une évidence « qu’en Dieu, il n’y a ni changement, ni ombre de variations »8. Le Dieu qui fit périr l’armée égyptienne et anéantit Sodome et Gomorrhe est le même Dieu du Sermon sur la Montagne. Le Yaweh de l’Ancienne Alliance est le Jésus de la Nouvelle Alliance. (J. Doukhan). Les traits constitutifs de sa personne sont : miséricorde, compassion, fidélité, bonté, grâce, pardon, justice, amour, etc. « La violence ne fait pas partie de l’essence divine »9. Elle ne se trouve pas parmi les qualités de Dieu. Mais comment peut-il venir à bout de la violence sans avoir recours à la violence ? Or il existe en Dieu une violence « autre », dont nous parlerons dans la 3e partie de ce thème.

    Pour l’instant retenons que les auteurs inspirés décrivent Dieu tantôt dans toute sa tendresse, « comme souffle doux et léger », Père désappointé, amant trahi et abandonné, tantôt dans ses impressionnantes théophanies (Sinaï, Carmel, Mer Rouge, chemin de Damas, etc.)10. Cette ambivalence divine dans les Écritures est à respecter.

    Mon intention n’est pas d’analyser tous les textes se rapportant à la violence et aux guerres dans la Bible. Je me permets de présenter une vue d’ensemble du problème qui m’a troublé et je pense l’avoir en grande partie surmonté. Quand nous sommes confrontés aux forces maléfiques et mortifères, de quelque nature que ce soit, souvenons-nous que Dieu est toujours du côté de la victime, même si celle-ci est dans ses torts11.

    Pour cette réflexion sur la violence et les guerres dans la Bible, je suis redevable à bien des auteurs, en particulier : Jacques Doukhan, Georges Steveny, Pierre Chaunu, Guy Labouérie, Joseph Barbaglio, Paul Beauchamp et Denise Vasse, etc.12 J’ai beaucoup apprécié une conférence que notre ami J. Doukhan a présentée à l’église de la Lignière à Gland en Suisse dans les années 90. Sauf erreur, cette étude n’a jamais été publiée dans la Revue Adventiste en langue française. Je me permets, avec son aimable autorisation, de vous la résumer brièvement.

    Gérard Fratianni
    Pasteur à la retraite, église d′Anduze
    1. Ph. Augendre, Le journal de l’I.E.B.C., vol. 5 n° 2 juin 1992 ;
    2. - Gérard Poublan, Les adventistes et la guerre, p. 93 ;
      
      - Alberto Treyer, Toute l’Assemblée le lapidera, Servir I/80 p. 22-2 ;
      
      - Jean Lavanchy, « Les guerres dans la Bible », Signes des Temps, mars-avril 1975, p. 16-18 ;
      
      - Raymond Monneins, « Les guerres d’Israël », Signes des Temps, mai-juin 1975 ;
      
      - Robert Braeger, « Quando i santi vanno in guerra », Segni dei Tempi, n° 472, Maggio-Giugno, 1977, p. 87-88 ;
      
      - Yvan Bourquin, « Guerres et violence dans l’Ancien Testament », Signes des Temps, mars-avril 1980, p. 12-14 ;
      
      - Ruth Gal, « Ce Dieu cruel de l’Ancien Testament », Signes des Temps, avril 1985, p. 15-16 ;
      
      - Bernard Dénéchaud, « Les guerres saintes bibliques : divines et humaines ? », Signes des Temps Juillet-août 1992, p. 6-8 ;
      
      - Georges Steveny, Convictions n° 22, la violence dans la Bible ;
      
      - Philippe Augendre, « Seigneur, anéantis-les », Le journal de l’IEBC, Volume 5, n°2 juin, 1992, p. 2-3 ;
      
      - Gérard Poublan, les adventistes et la guerre. Léon Liénard, Essai sur les Guerres de l’Eternel, 29 févr. 2016. (Manuscrit non publié aimablement prêté par l’auteur).
    3. 1 Co 13.9-12.
    4. Rm. 8.28.
    5. 1 Cor 2.6.
    6. Ps. 8.6.
    7. Paul Beauchamp et Denise Vasse, La Violence dans la Bible, Cahiers Evangile. N° 76, Cerf, 1991. https://www.google.ch/search
    8. Jc 1.17.
    9. Réforme, Le Dieu de la Bible est-il violent ? N°. 3181.
    10. 1 Rois 19.12 ; Es 5.1-4 ; Ex 19.16-18 ; 1 Rois 18.20-40.
    11. Jn 8.3-11.
    12. - Jacques Doukhan, Aux portes de l’espérance, Ed. Vie et Santé, Dammarie-les-Lys, 1983, 188-196 ;
      
      - Georges Steveny, La non-violence de Dieu et des hommes, Ed. Vie et Santé, 2001 ;
      
      - Pierre Chaunu, La violence de Dieu, Robert Lafont, Paris, 1978 ;
      
      - Guy Labouérie, Giuseppe Barbaglio, Dio violento ?, Lettura delle Scritture Ebraiche e cristiane, Cittadella Editrice, Assisi, 1991.
      
      - Paul Beauchamp et Denise Vasse, La Violence dans la Bible, Cahiers Evangile. n° 6, Cerf, 199.
      
      

    LA NON-VIOLENCE DE DIEU ET DES HOMMES

    Apprenez à distinguer entre ce que Dieu veut et ce qu’Il permet. De George Stéveny.

    8.00 €      

    RÉSUMÉ DE L’OUVRAGE

    Dans la Bible, il y a 2 testaments, mais un seul Dieu : telle est la conviction de Georges Stéveny, en abordant le problème de la non-violence. Les questions délicates soulevées par les « guerres saintes » du peuple hébreu, par certaines lois mosaïques, ou plus simplement par la fameuse « colère » de Dieu, méritaient mieux, en effet, que les formulations traditionnelles dans lesquelles la foi chrétienne s’est longtemps coulée. De l’ancienne à la nouvelle alliance, du décalogue aux révélations apportées par Jésus-Christ, cet ouvrage pose le problème avec franchise et justesse. Il apprend surtout à distinguer entre ce que Dieu veut et ce qu’il permet, entre ce qu’il fait et ce que les hommes font au nom de Dieu. Il n’oublie pas d’examiner les rapports entre les chrétiens et les autorités, selon l’apôtre Paul. Il fournit, bien entendu, nombre de clés utiles pour mieux comprendre l’Ancien Testament.

  • L′AMOUR : UN PRINCIPE SAINT ET ÉLEVÉ

    Par Willie et Elaine OLIVER

    Responsables du département du ministère de la Famille, à la Conférence générale à Silver Spring, dans le Maryland (États-Unis).

    Walter Trobisch, missionnaire allemand au Cameroun et écrivain prolifique sur le mariage et les questions familiales, a dit : « La sexualité n’est pas un test pour l’amour, car c’est précisément la chose même que l’on veut tester qui est détruite en la testant 1. »

    Ellen White a écrit : « Le véritable amour est un principe saint et élevé, totalement différent des attachements qu’éveille une flamme soudaine s’éteignant à la première épreuve sérieuse 2. »

    Ces déclarations sont antithétiques aux conventions de notre époque, où l’individu est la valeur suprême dans la société. On entend souvent dire : « Peu importe ce que l’individu a envie de faire, il a le droit de le faire tant et aussi longtemps que personne n’est blessé dans le processus. » De telles notions narcissiques et hédonistes pourraient, à coup sûr, ne pas s’intéresser vraiment à ceux qui sont blessés. La personne qui adopte cette vision des choses s’intéresse à ce qu’elle peut obtenir plutôt qu’à ce qu’elle peut donner. Le véritable amour soulève toujours la question suivante : « Que puis-je donner ? »

    C’est ce qui est mis en relief dans Jean 3.16 : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné […]. »

    Nous nous empressons d’ajouter que la meilleure option possible, en opposition avec toute autre option disponible, consiste à tenter votre chance avec l’éthique de Dieu, lequel nous a créés pour sa gloire.

    Dans Jérémie 29.11, Dieu nous rappelle : « Car je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance. »

    C’est là, en matière d’éthique sexuelle, un bon point de départ afin de jouir de relations saines dans un monde obsédé par le sexe.

    Parlant d’un bon point de départ, Stephen R. Covey, dans son livre Les sept habitudes des familles épanouies 3 , intitule l’habitude n° 2 comme suit : Commencer en ayant la fin à l’esprit (Begin With the End in Mind ).En résumé, cette habitude est comparable au vol d’un avion. Chaque fois qu’un avion vole du point A au point B, le pilote doit disposer d’une destination claire et d’un plan de vol précis. Ceci est extrêmement important, parce que des tempêtes éclatent souvent pendant la traversée, forçant le pilote à manœuvrer l’avion au-dessus ou autour de la turbulence. Comme il a une destination claire à l’esprit et dispose d’un plan de vol précis, il pourra arriver à bon port à peu près dans les temps prévus, tant et aussi longtemps qu’il se conformera au plan préétabli.

    Il en est de même dans notre parcours de vie. Nous devons décider très tôt d’une destination claire pour notre mariage ou nos relations familiales et créer une déclaration de mission qui nous gardera focalisés sur cette destination. Ce « plan de vol » est lié à notre choix de valeurs. Nous devons décider quelles valeurs feront partie ou non de notre plan de vol, ce qui nous permettra d’arriver sains et saufs à la destination que nous avons choisie. Tandis que des orages éclatent, comme lors d’un véritable vol, nous éprouverons sans aucun doute des sentiments et des désirs puissants. Cependant, si le plan de vol de notre vie s’appuie sur les valeurs bibliques, il est plus que probable que nous arriverons sains et saufs à la destination choisie au début de notre parcours.

    Nos pensées sont influencées par ce que nous voyons et entendons. Elles font partie des pièges menant à l’impureté sexuelle. Dans l’histoire de l’humanité, on n’a jamais été autant exposé qu’aujourd’hui à un contenu sexuel impur. Le Web a facilité la vie de tant de façons pour les étudiants universitaires ! Mais en même temps, il a rendu plus difficile que jamais la pureté sexuelle. Avec un contenu sexuel aussi largement accessible sur les ordinateurs, les tablettes et les smartphones, le défi consistant à rester pur s’accroît pour tous. Mais il y a plus : les célibataires ne sont pas les seuls à affronter ce type de tentation. Tous les êtres humains – mariés ou célibataires – sont confrontés à cette même réalité.

    Le sage nous en a bien avertis : « Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui viennent les sources de la vie » (Proverbes 4.23).

    Ceci ramène probablement nombre d’entre vous à votre enfance au sein de l’Église, à l’École du sabbat des enfants, où l’un des chants disait de faire attention à ce que vous voyiez, à ce que vous entendiez, sous le regard d’un Père céleste rempli d’amour.

    Ainsi, contrairement à la convention dominante de notre époque alléguant qu’il nous est impossible de maîtriser nos instincts animaux, il est reconnu dans les milieux scientifiques que le cerveau est l’organe sexuel humain le plus important. La sexualité humaine est, à coup sûr, à des lieues de celle des oiseaux et des abeilles. Le désir sexuel fonctionne à partir du cortex préfrontal du cerveau – la partie cérébrale de l’apprentissage et le centre du jugement. Comme Dieu nous a créés avec un cerveau, nous sommes responsables de notre sexualité et des choix que nous faisons quotidiennement à cet égard. Nous pouvons faire des choix, même lorsque notre biochimie lutte contre notre cerveau. En tant qu’êtres humains, nous devons utiliser notre cerveau hautement développé pour décider comment, quand, où, et si nous donnerons libre cours à nos désirs sexuels. C’est là, en effet, ce qui nous différencie des animaux.

    Un autre mensonge circule dans notre société aujourd’hui : les relations sexuelles renforcent, prétend-on, notre image de nous-mêmes en nous rendant plus désirables ou plus confiants. Les femmes en particulier veulent être désirables, et souvent, elles font de la sexualité un baromètre de valeur et un moyen de connectivité relationnelle. Les hommes, eux, utilisent le sexe pour se sentir plus confiants, plus compétents ; tout tourne autour de la puissance et de la performance, de la compétition et de l’accomplissement. Pour beaucoup d’entre eux, la sexualité est avant tout une affaire de chiffres, histoire de déterminer combien de conquêtes ils peuvent collectionner.

    Malheureusement, les rapports sexuels pré-conjugaux et/ou extraconjugaux ne renforceront jamais votre valeur ou celle de votre relation. Si vous êtes une femme, ils ne vous rendront pas plus désirable. Si vous êtes un homme, ils ne vous débarrasseront pas de votre insécurité ; en fait, les relations sexuelles clandestines sont plus susceptibles de produire exactement l’effet contraire. Elles finiront par vous faire sentir davantage dénigré, désespéré, seul, et anxieux.

    Source : Extrait de l'article "Des relations saines dans un monde difficile " de la Revue Adventiste du mois de juin 2018

    DIFFÉRENTS CERTES, MAIS…INSÉPARABLES

    Si vous envisagez de vous marier, cet ouvrage est tout ce qu’il vous faut. Si vous êtes déjà marié, vous trouverez dans ces pages, l’orientation pour améliorer vos relations avec votre conjoint. De Fernando Zabala.

  • Dieu risque la création – Deuxième partie

    Par Gérard FRATIANNI
    pasteur à la retraite, église d’Anduze

    Dans la première partie de son article, l’auteur nous a montré que Dieu a pris un certain nombre de risques. Dieu s’est exposé dès l’origine, il s’est exposé à son incarnation, il s’expose de nombreuses fois dans le plan du salut… par amour pour l’homme, par amour pour ses créatures. Quelle confiance Dieu nous accorde !

    4. Risquer la Parole

    Dieu recrute pour sa mission, des hommes pas très cultivés, parfois présomptueux et arrogants, qui peuvent se retourner contre lui et l’abandonner : Élie, Judas, Pierre, vous et moi, l’avons fait plus d’une fois. Dieu fait un gros investissement sur ses serviteurs. Il crut en Abraham, le menteur, Moise le bègue, Jacob, le trompeur, à Isaac qui peina à surmonter le choc de son sacrifice non abouti, Élie, le dépressif, David, l’homme de sang, Pierre l’impulsif et lâche ; Saul, le persécuteur, etc.

    La trinité risque sa réputation. C’est bouleversant ! Dieu croit en nous plus que nous ne croyons en lui. Le message qu’ils prêchent est parfait, mais, eux, les messagers sont loin de l’être. Il joue la carte de la confiance, avec le risque que ses envoyés déforment sa Parole et son caractère. ‘Seigneur, pourquoi n’as-tu pas envoyé, à leur place, des séraphins, des chérubins ? Ils auraient fait un travail impeccable ! Pierre, après son triple reniement, en larmes, se souvient amèrement de ses bravades. « Je suis prêt à aller avec toi, en prison et à la mort ! » Par son regard, Jésus lui fait comprendre, qu’il continue de croire en lui : « Pierre, j’ai prié pour toi », j’ai confiance en toi, relève-toi et « pais mes brebis1. » Alors que le fils prodigue, sur son chemin de retour, doutant de lui-même et n’espérant obtenir qu’une place de mercenaire dans la maison qu’il avait quittée, son père continue de croire en son fils, parce que l’amour « espère tout et croit tout2. »

    Tant qu’il y quelqu’un qui croit en nous, nous nous relèverons. C’est une tragédie quand il n’y a plus personne qui nous fait confiance. Où puiserai-je ma force pour me relever après une chute ?

    Dieu a foi en nous. Dieu a misé sur nous, à travers son Fils bien aimé. Mais le risque est quand même là. Car il m’appelle et je peux lui résister. « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos coeurs3. » Mais tous ceux qui quittent la foi, ne reviennent pas tous ! Salomon, Jonas, Pierre, l’enfant prodigue, sont revenus, mais Balaam, Saül, Démas, le jeune homme riche, etc., ont-ils fait le chemin de retour ? 5.

    5. Risquer la miséricorde et le don de soi

    Et ce n’est pas le moindre ! Qu’on abuse de sa grâce et de son pardon. N’est-il pas écrit « que notre Dieu ne se lasse pas de pardonner4. » ?

    « Combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? Jésus lui répondit : je ne te dis pas jusqu’à sept fois sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois5 ». C’est de la folie ! Mais c’est Jésus qui le dit !

    Le risque que le sacrifice de Jésus ne rapporte pas gros et que sa mort n’obtienne l’adhésion du plus grand nombre. Le résultat n’est pas garanti et Jésus le pressent : « Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. » Dans la voie large, beaucoup y transitent, tandis que par la porte étroite, peu y entrent. « Ne crains pas petit troupeau…. »

    Jésus guérit dix lépreux, un seul revient le remercier. La réaction face à sa prédication est significative : « Dès ce moment, plusieurs disciples se retirèrent et ils n’allaient plus avec Jésus ». Après avoir envoyé bien des prophètes pour parler au cœur de son peuple, Dieu dit : « J’enverrai mon fils, peut-être auront-il du respect6. » Parlons-en du respect que les hommes lui ont réservé !

    Dans la parabole du semeur, la semence tombe dans quatre endroits différents et ne rapporte qu’un quart de l’investissement ! La Parole est respectueuse, elle ne force pas la terre à produire. D’une part, la parabole illustre la générosité du semeur, de l’autre, elle décrit la fermeture du sol. Toute la Bible soutient que le rapport entre Dieu et l’homme est un rapport difficile et à risque : que l’enfant claque la porte de la maison, que la brebis s’égare, que la piécette soit ensevelie et que la vigne ne produise pas le fruit espéré. Dans Ésaïe, la complainte du propriétaire de la vigne le confirme : « Il espéra que la vigne produirait de bons raisins, mais elle en produit de mauvais.

    Maintenant donc, habitants de Jérusalem et homme de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne, qu’y avait-il encore à faire à ma vigne ! Que n’ai-je pas fait pour elle ? Pourquoi, quand j’ai espéré qu’elle produirait de bons raisins, en a-t-elle produit de mauvais7 ? » Il est vrai que la comptabilité de l’amour n’est pas la même. L’amour ne s’assure pas d’abord le succès, avant d’agir. En affaires, on fait d’abord une étude de marketing, avant de faire un gros investissement pour ne pas risquer la faillite. On s’attend à ce que les résultats correspondent ou dépassent l’investissement. Une belle pensée d’Ellen White nous réchauffe le cœur : « S’il n’y avait eu sur la terre qu’une seule âme à sauver, Jésus serait mort pour elle8.» Après tout cela, dirais-je comme les ennemis de Paul : « Péchons, pour que la grâce abonde ? ». Loin de là, Père, je ne veux plus abuser de ta miséricorde. Je désire honorer ta confiance et me montrer reconnaissant envers ta grâce qui a coûté cher. [Voir plus…]

  • 50 ans après : Martin Luther King

    Yvon BILISKO

    Pasteur honoraire dans les Alpes-de-Haute-Provence,
    enseignant en Histoire des Religions à l’UTL (Université du temps libre)

    Bayard Editions

    Voilà cinquante ans que Martin Luther King était assassiné, le 4 avril 1968, à Memphis dans le Tennessee aux États-Unis. Combattant pour les droits civiques des Noirs américains, le pasteur baptiste y était venu soutenir l’action des éboueurs noirs en grève, qui demandaient la reconnaissance de leur syndicat et une augmentation de leurs salaires. La veille de son assassinat, il avait prononcé un discours aux accents prémonitoires : « Ce qui va m’arriver maintenant, n’importe guère, car je suis allé jusqu’au sommet de la montagne et j’ai vu la terre promise… » ! Ces paroles exprimaient l’intime conviction d’avoir conduit le peuple noir américain, aux portes de la Liberté. L’engagement de ce jeune pasteur noir était devenu inévitable, dans l’Amériques des années cinquante1…

    Depuis sa prime enfance, dans le Sud des États-Unis, il était confronté au douloureux problème de l’inégalité raciale. Après l’abolition de l’esclavage, trois forces ont dominé la vie des noirs : la discrimination raciale, la domination politique et l’exploitation économique d’une partie de plus en plus grande de la population ! Très tôt, le problème racial a été abordé dans la famille King : les parents du jeune homme lui avaient inculqué des valeurs de respect et de tolérance ! Mais, paradoxalement, le système ségrégationniste l’abaissait et l’offensait, chaque jour un peu plus, et lui faisait comprendre qu’il n’était qu’un « sale nègre » !

    Partout, les Noirs pouvaient lire, sur des affiches : « aux Blancs seulement », devant les écoles, les cinémas, les restaurants, etc.

    Comment comprendre que, dans une grande démocratie, il puisse subsister une telle discrimination ? Martin Luther King avouera plus tard que la ségrégation lui paraissait inexplicable rationnellement et injustifiable moralement : de plus, il ne pouvait pas admettre d’avoir à s’asseoir, à l’arrière d’un bus ou dans une section séparée à bord d’un train ! C’est dans ce contexte sociopolitique difficile, que grandit Martin Luther King : son père était pasteur d’une église baptiste. C’est pourquoi l’univers du petit garçon s’était-il trouvé défini par l’Église.

    Et lui régnaient l’ordre et l’équilibre ! Il désirait devenir avocat ou médecin, mais c’est vers des études de théologie qu’il s’orienta finalement. Sa formation théologique a beaucoup contribué à façonner sa personnalité : après ses études à la faculté de Boston, il est nommé pasteur dans une église noire baptiste, en Alabama… Il y a vu là une force respectable pour la défense des idées et même pour la contestation sociale : selon lui, il est nécessaire que l’Église se préoccupe des conditions sociales qui paralysent l’individu, et qu’elle ne se contente pas seulement de prêcher le Royaume de Dieu : si elle veut être crédible, elle ne doit pas accepter le « statu quo » racial ou social !

    C’est pourquoi, il s’engage dans des organisations noires. Un évènement va propulser le jeune pasteur sur la scène nationale et internationale. En 1955, une couturière noire, Mme Rosa Parks, épuisée, refuse de céder sa place, dans un autobus à un jeune Blanc, elle est arrêtée et cet incident va se répandre comme une traînée de poudre, dans la communauté noire d’Alabama… C’est le début du Mouvement en faveur des Droits civiques des Noirs, dont le pasteur King deviendra le symbole ! Il fait une expérience spirituelle, au cours de laquelle il entend la voix de Dieu l’encourager à se dresser et à lutter pour défendre la justice.

    Une bombe explose dans sa maison, le 30 janvier 1956, il accueille cette nouvelle avec un calme surprenant… Il a proposé la méthode de lutte non-violente, qu’il a découverte chez Gandhi et qui a été tirée du Sermon sur la montagne. Après une victoire inattendue : des juges de Montgomery déclarèrent anticonstitutionnelles les lois de l’Alabama sur la ségrégation. Le pasteur King déclara alors : « C’est une victoire retentissante, non contre les Blancs, mais une victoire de la justice et de la démocratie ! »

    C’est bien Jésus de Nazareth, qui a incité les Noirs à utiliser l’arme novatrice de l’amour pour mener à bien leur mouvement de contestation : la violence appelle la violence. Il s’agit, pour Martin Luther King, de montrer que l’amour est plus fort que la haine et peut seul briser la spirale de la violence… Le succès de cette première mobilisation de masse permet au jeune pasteur et à son équipe d’élargir le mouvement, dans le Sud des États-Unis. En 1957, il fonde une organisation, avec pour but de coordonner les différents groupes de contestation, au Sud des États-Unis. Mais l’opposition des ségrégationnistes est extrêmement virulente à l’égard de la population noire… Le monde entier découvre alors le visage d’une Amérique violente, raciste, ségrégationniste !

    Pourtant l’heure de gloire de King sonne en 1963, après la célèbre marche sur Washington, au cours de laquelle il prononce son plus célèbre discours. Le discours donne encore des frissons. Le 28 août 1963, devant le Lincoln Memorial, à Washington, Martin Luther King s’adresse à une impressionnante foule. Son discours de seize minutes – point culminant de la marche vers Washington pour le travail et la liberté – électrise des centaines de milliers d’anonymes venus de tous les États-Unis.

    « Je fais un rêve ! (I have a dream). Bien que devant affronter les difficultés d′aujourd′hui et de demain, je fais tout de même un rêve : c′est un rêve, qui est profondément enraciné dans le rêve américain. Je fais le rêve qu′un jour cette nation se dressera, pour faire honneur à la vraie signification de son credo.
    Nous tenons ces vérités pour évidentes, que tous les hommes sont créés égaux. Je fais le rêve qu′un jour, sur les collines rouges de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d′esclaves pourront s′asseoir ensemble, à la table de la fraternité. Je fais un rêve qu′un jour, même l′État du Mississipi, État qui étouffe dans la fournaise de l′injustice, qui étouffe dans la fournaise de l′oppression, sera transformé en une oasis de liberté et de justice. Je fais le rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour, dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais à la mesure de leur caractère… Je fais un rêve !
    Je rêve qu′un jour, au fond de l′Alabama, avec ses racistes pleins de haine, avec son gouverneur, dont les lèvres distillent les mots « opposition » et « nullification » – un jour, même-là, en Alabama, les petits garçons noirs et les petites filles noires pourront mettre leur main, dans celle des petits garçons blancs et des petites filles blanches, comme des frères et sœurs. […] Alors, « la glorieuse présence du Seigneur sera dévoilée, et tout le monde la verra » […]Avec cette foi, nous pourrons travailler ensemble, prier ensemble, lutter ensemble, aller en prison ensemble, défendre ensemble la cause de la liberté, sachant, qu’un jour, nous serons libres ! […]
    Et quand cela arrivera, quand nous laisserons retentir la liberté, quand nous la ferons retentir dans chaque village et chaque hameau, dans chaque État et chaque ville, nous pourrons hâter le jour où tous les enfants de Dieu, noirs et blancs, juifs et non juifs, protestants et catholiques, pourront chanter, en se tenant la main, les paroles de ce vieux negro spiritual : Enfin libres ! Enfin libres ! Grâce au Dieu tout-puissant, nous sommes libres enfin ! »2

    Ce discours ne met pas fin au racisme ni à la pauvreté. […]Mais il transforme une manifestation en évènement historique, par le rappel des idéaux de justice et d’égalité, par la demande que la couleur de peau ne soit pas un handicap ou un malheur aux États-Unis3 ». Ici, donc, on ne se résigne pas à la « vallée des larmes » : on regarde en avant, à l’appel de Dieu !

    Aujourd’hui, Martin Luther King reste, pour un grand nombre, un homme, dont l’inspiration et la foi l’inscrivent dans le patrimoine de l’Humanité : pour les chrétiens, il fait partie de cette « nuée de témoins », dont nous parle le second Testament4. Sa voix s’adresse encore, aujourd’hui, à chacun d’entre nous et nous interpelle au plus profond de nous-mêmes…


    REVUE ADVENTISTE AVRIL 2018

    La Revue adventiste s’adresse avant tout au lectorat adventiste francophone européen. Elle peut également être lue par un public non adventiste. Elle existe depuis 1896.

     

    LA NON-VIOLENCE DE DIEU ET DES HOMMES

    Apprenez à distinguer entre ce que Dieu veut et ce qu’Il permet. De George Stéveny.

  • Le savoir à l′école, Les convictions à l′Église

    Par Jean-Paul BARQUON

    Rédacteur en chef de la Revue adventiste, secrétaire général de l’Union des Fédérations adventistes

    Jean, l’évangéliste apporte par deux fois une précision de taille qui a laissé de nombreux lecteurs sur leur faim. Il affirme tout d’abord que « Jésus a encore accompli beaucoup d’autres signes qui ne sont pas décrits dans ce livre » (Jean 20.30). Ensuite, il termine son récit de l’Évangile avec ces lignes bien mystérieuses « « Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses. Si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde entier pourrait contenir les livres qu’on écrirait » (Jean 21.25).′

    Désormais, les portes sont ouvertes pour permettre à ceux qui veulent rendre crédibles des récits que le corpus traditionnel n’a pas reconnus. Bien sûr, des sources fragmentaires existent comme ceux de Flavius Josèphe, historien juif du Ier siècle, comme quelques extraits de la Mishna.

    Il existe pourtant aujourd’hui bien des esprits qui mettent en doute l’existence du Christ alors qu’ils n’ont aucun doute pour des personnalités aussi différentes que Socrate ou Pythagore, Alexandre le Grand ou d’autres empereurs antiques. En réalité, nous avons plus de preuves et d’éclairage sur le Christ que sur des personnalités de l’antiquité que le programme d’histoire de l’Éducation nationale met à l’honneur dans ses manuels.

    Le fondateur du christianisme n’a pas la côte en milieu scolaire puisque les dénominations religieuses chrétiennes se sont chacune emparées du Christ de l’Évangile pour le placer dans les repères de leurs traditions.

    Dans le cadre d’un cours sur l’histoire des religions, un enseignant redoublera de prudence sans afficher sa croyance personnelle qui elle, relève bien du privé.

    Enseigner le « fait religieux » à l’école, c’est faire la différence entre savoir et croyance. L’enseignement s’occupe du savoir mais pas des croyances et surtout pas des siennes. L’expression « fait religieux » qui s’est imposée depuis quelques années dissipe plusieurs confusions : le fait se constate et s’impose à tous. Il est englobant, pluraliste et ne privilégie aucune religion particulière. Le but de l’étude n’est donc pas de valoriser ou de dévaloriser le religieux mais d’éclairer ses incidences sur l’évolution de l’humanité. Il ne s’agit pas de démêler le « vrai du faux », le « bon du mauvais ». Le fait religieux ne fait donc pas l’objet d’une discipline particulière, il est une dimension qui affecte nombre de phénomènes. Par conséquent, il doit être abordé par des maîtres compétents et capables de créer les conditions requises pour expliquer la laïcité et l’application de la liberté religieuse.

    Dans l’Église, nous avons aussi besoin de personnes compétentes dans l’enseignement du savoir et la transmission des convictions. La bonne volonté n’est pas suffisante puisque la vie éternelle est en jeu.

    Cette compétence est souvent mise en avant sous la plume d’Ellen White. Elle précise clairement « Ne devenez pas étroits d’esprit ou prétentieux ; que votre esprit soit ouvert1. » En parlant des prédicateurs, elle insiste sur la notion « d’hommes compétents qui honoreront la cause2. »

    L’enseignement du fait religieux à l’école se limite à l’information. L’Église dépasse le souci de l’information. Elle se veut pertinente avec la transmission des valeurs de la vie éternelle et doit se montrer fidèle dans les implications de Jésus-Christ.

    1. Ellen G. White, Manuscrits inédits, vol. 3 p. 35, Manuscrit 82, 1894, édité par IADPA, novembre 2016. Cliquez ici pour l'obtenir
    2. Ellen G. White, Le ministère évangélique, p. 428, chapitre sur « le choix des prédicateurs », Éditions SDT. Cliquez ici pour l'obtenir

    REVUE ADVENTISTE AVRIL 2018

    La Revue adventiste s’adresse avant tout au lectorat adventiste francophone européen. Elle peut également être lue par un public non adventiste. Elle existe depuis 1896.

     

  • Six mythes sur le mariage

    Par Calvin THOMSEN

    Professeur à l′Université d′Andrews aux États-Unis

    Le bonheur dans le mariage peut être durable, ou insaisissable. Certains couples sont mariés depuis 40 ans ou plus, et leur amour, leur romance, sont aussi frais et vivaces que si leurs noces dataient d’un mois. D’autres ont à peine ouvert leurs cadeaux de mariage qu’ils sentent une sorte d’amertume envahir leur relation et se mettent à rêver d’avocats plutôt qu’à l’achat d’une maison. À quoi tient donc, dans le mariage, la différence entre un bonheur durable et une trop brève romance ?

    La recherche moderne nous fournit quelques indices. John Gottman, professeur de psychologie à l’université de Washington, a réalisé des enquêtes novatrices dans le contexte nord-américain actuel : il a étudié des milliers de couples, prenant en considération de nombreuses variables qui jouent sur la stabilité conjugale. Il a alors pu définir les facteurs du bonheur conjugal ainsi que ceux qui poussent à une lutte sans merci pouvant aboutir au divorce.

    Ces recherches font aussi apparaître certains des grands mythes tournant autour de l’amour et du mariage, mythes qui ne proviennent pas d’anciens rituels ou de légendes tribales mais de lieux communs qui, pour la plupart des gens, « vont de soi ». Il est utile de se pencher sur ces mythes et d’envisager leurs implications pour la construction d’une bonne relation conjugale.

    Mythe n° 1 : un excès d’attentes peut ruiner un mariage. On conçoit souvent le mariage sous l’angle d’une bonne proposition, comme en affaires : élever des enfants, gérer des biens, bâtir des alliances entre familles. Nous en attendons aussi qu’il demeure éternellement romantique, passionnément érotique et tissé d’une profonde amitié, sans rien renier de toutes ses fonctions traditionnelles : parentalité, liens familiaux et gestion patrimoniale.

    De telles espérances sont parfois tenues pour irréalistes et nuisibles au bonheur conjugal. Mais des recherches récentes indiquent que, s’il est nécessaire de faire preuve de réalisme dans nos attentes, en nourrir d’un haut niveau peut stimuler un surcroît d’investissement dans le mariage et donner de meilleurs résultats. Des attentes médiocres semblent empêcher que l’on s’investisse autant pour avoir un bon mariage, et faire qu’on se contente d’un mariage quelconque plutôt que d’une excellente union. Et Gottman de dire : « Les mariages des gens qui ont des critères et des attentes plus élevés en matière conjugale sont les meilleurs mariages et non les pires. »1

    Mythe n° 2 : les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus. Ce dicton, tiré du titre d’un livre bien connu, suggère qu’il y a entre hommes et femmes de profondes différences et qu’ils attendent du mariage des choses fondamentalement différentes. De nombreux livres à succès visent à aider les couples à faire face à leurs différences, en tenant pour acquis qu’un grand fossé sépare ce que veulent les femmes et les hommes.

    Hommes et femmes sont-ils à ce point différents que cela affecte le mariage ? Si la réponse, comme nous le verrons, est bien « oui », les livres à succès ignorent fréquemment l’abondance de points communs caractérisant ce qu’hommes et femmes veulent trouver dans le mariage et leurs désirs et besoins communs. Chose plus importante encore, ils négligent le fait que seules les différences les plus extrêmes entre deux partenaires sont liées, d’après les chercheurs, à des unions malheureuses, alors que « les mariages heureux se caractérisent par peu de divergences entre les partenaires »2. Quant au « traditionalisme masculin » (à savoir une approche du mariage par la domination et la volonté de contrôle), il est statistiquement corrélé avec une moindre qualité des relations conjugales3.

    Certes, des différences très répandues sont révélées par ces recherches. Les hommes, par exemple, ont plus tendance à rentrer dans leur carapace en cas de conflit conjugal, alors que les femmes préféreront faire un usage plus intensif de la parole.

    Les femmes sont souvent plus aptes à se connecter à l’état émotionnel d’autrui, et les hommes tendent à aborder les conversations sous l’angle de la compétition.

    C’est sans doute dû au fait que les hommes tendent à « se noyer » plus facilement dans un flot d’émotions négatives et qu’il leur faut plus longtemps pour récupérer psychologiquement après une dispute.

    Ils ont aussi plus tendance à essayer d’« arranger » les problèmes, alors que les femmes souhaitent plus fréquemment que l’homme les écoute. S’agissant de l’attraction sexuelle, sa mécanique masculine passe plutôt par la stimulation visuelle et par une moindre influence du contexte relationnel. Les femmes sont souvent plus aptes à se connecter à l’état émotionnel d’autrui, et les hommes tendent à aborder les conversations sous l’angle de la compétition.

    Mais on doit aussi constater que les recherches montrent qu’hommes et femmes attendent du mariage des choses remarquablement similaire, et que les deux sexes indiquent qu’une profonde amitié est ce qu’il y a de plus satisfaisant dans un bon mariage. Et la liste des autres facteurs réellement annonciateurs des bons mariages montre qu’il n’y a que de légères différences dans le classement, par chacun des deux sexes, de ce qui le satisfait réellement dans une relation intime4. Un des secrets les mieux gardés du monde relationnel est que l’homme, en moyenne, souffre de plus de troubles de santé émotionnelle ou physiologique quand il est privé de relation intime que la femme vivant la même situation.

    Les couples liés par de solides relations sont en harmonie avec la personnalité propre des deux partenaires et considèrent que ces forts liens d’amitié sont la pierre angulaire d’une bonne relation. Ils respectent leurs éventuelles différences liées au sexe de chacun et cherchent les moyens de satisfaire mutuellement leurs besoins respectifs. Si la Bible utilise des termes un peu différents pour décrire le rôle de l’homme et celui de la femme dans le mariage, il reste un élément commun, à savoir l’altruisme réciproque grâce auquel chacun des deux se montre ouvert aux besoins de l’autre et y répond (voir Éphésiens 5.21-33). Ce texte ne décrit pas une vaste divergence de rôle entre les sexes, il ne justifie pas la domination de la femme par l’homme, mais préconise un partenariat d’amour mutuel, au sein duquel chacun des deux participants est prêt à faire « un mille de plus » pour le bien de l’autre.

    Découvrez la suite de l’article dans la revue adventiste de Mars 2018

    • Mythe n° 3 : l’écoute active et le refus de la colère sont les instruments clés de la gestion des conflits dans une bonne relation.
    • Mythe n° 4 : au fil du temps, tout mariage suit inévitablement une pente descendante.
    • Mythe n° 5 : quelqu’un qui n’est que rarement la proie de la passion sexuelle est probablement sexuellement inerte, et donc médiocre partenaire conjugal.
    • Mythe n° 6 : les extrêmes s’attirent.
    Notes
    1. John Gottman, The Marriage Clinic : A Scientifically Based Marital Therapy (New York : Norton, 1999), p. 18.
    2. Ibid., p. 83.
    3. Robert Sternberg, Cupid’s Arrow : The Course of Love Through Time (Cambridge : Cambridge University Press,n 1998), p. 123.

    REVUE ADVENTISTE MARS 2018

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  • Les idées reçues

    Jean-Michel MARTIN

    • Conseiller et formateur accrédité en relation d′aide,
    • Membre titulaire du Syndicat national des Praticiens en psychothérapie,
    • Aumônier au Centre hospitalier d′Annecy et Genevois
    • Membre de l′église adventiste de Collonges-sous-Salève.

    Notre siècle est celui de la communication, de la libre circulation des biens et des personnes, et aussi celle des idées, qui parfois sont tenaces et se répandent facilement, souvent bien loin de la vérité ou de la réalité. Les épinards contiennent énormément de fer, le rouge excite les taureaux, l’homme descend du singe. Le Titanic s’est montré submersible et la ligne Maginot contournable, pourtant l’irrationnel et la rumeur ont encore de beaux jours devant eux, parfois alimentés par la théorie du complot et le manque de repères1.

    Il n’est pas évident d’épingler quelques-unes de ces fausses vérités tellement elles sont ancrées dans nos consciences et dans l’inconscient collectif, et tellement la science est remplie d’idées reçues qui ne doivent pas être acceptées sans les interroger.

    Les épinards sont riches en fer ou comment Popeye s′avère être un imposteur

    Nous pouvons affirmer sans peur que Popeye est un fierà- bras sans vergogne, un charlatan de l’élixir, quitte à susciter l’opprobre de quelques-uns. Le plus célèbre des marines américains a une santé de fer, un moral d’acier, mais, contrairement à ce qu’il a voulu nous faire croire pendant des dizaines d’années, il ne tire pas sa force exceptionnelle de la vertu alimentaire des épinards.

    Venue de Perse, cette plante aux graines épineuses (espanach en arabe), contient du fer. Avec ses 3 milligrammes de métal pour 100 grammes de légumes frais (une fois cuit, c’est la débandade), elle ne s’en sort pas trop mal. Elle est pourtant moins riche en fer que d’autres fruits ou légumes, comme les lentilles ou des aliments comme le sucre, les oeufs … Le rappel de quelques faits historiques va nous aider à éclairer notre lanterne : en 1890, un chercheur américain analysa une feuille d’épinard, mais sa secrétaire eut le malheur de commettre une erreur de frappe à la ligne iron (fer). Cette simple erreur de virgule (30 milligrammes au lieu de 3), a fait l’objet d’une correction2 et des chercheurs allemands ont rétabli la vérité, mais en vain. Dès 1933, les dessinateurs Dave et Max Fleischer s’étaient emparés de ce légume et l’avaient transformé en potion magique pour leur nouvel héros, Popeye, le mangeur d’épinards nouvelle icône de l’optimisme et du vitalisme américain. La propagande nationaliste durant les jours maigres de la Seconde guerre mondiale fit le reste. La puissante Amérique était « assez forte pour finir la guerre parce qu’elle mangeait des épinards » pouvait-on entendre dans la propagande de l’époque, or, les Américains se sont trompés, et avec eux le monde entier. Nous sommes néanmoins contents qu’ils se soient engagés en faveur de la libération de notre pays, qu’ils nous aient offert une belle histoire d’amour, qui, bien qu’agitée, ne connaît guère les affres de la rouille.

    Il y a bien d’autres idées reçues dont nous avons du mal à nous défaire et nous aimerions en présenter quelques-unes.

    Le rouge excite les taureaux …

    La tauromachie, c’est l’habit de lumière des toreros, la cape rose et jaune en soie, la muleta en flanelle rouge du matador, la foule qui applaudit. La tauromachie, c’est la couleur, comme Goya, le flamenco ou les jardins d’Andalousie. Pour le taureau, la corrida, c’est en noir et blanc. On devrait dire au matador que s’il utilisait en guise de muleta un pacifique drapeau blanc, cela ne changerait rien. Parmi les animaux qui ont droit à la couleur, on peut citer le goujon, la tortue, le lézard et les oiseaux diurnes. Les écureuils et les primates, vivant dans les arbres et mangeant des fruits. L’être le plus sensible au rouge est peut-être l’homme. Cette couleur est capitale et flamboyante, séduisante ou effrayante : drapeau communiste ou drapeau nazi, armée rouge, bérets rouges, rouge à lèvre, rouge cardinal, rouge de la braise et de la lave, rouge des pompiers, et des Ferrari, rouge de la muleta. Avec le rouge du sang, l’homme entretient un rapport ambigu, effrayé et fasciné, codifié jusqu’à la perfection pour la tauromachie. La Bible dit dans Lévitique 17.11 «… la vie de la chair est dans le sang » : quand coule le sang, la vie s’écoule ou s’enfuit.

    C′est scientifique, c′est prouvé …

    Le savant, on le sait, est rationnel, mais en même temps c’est un fou, un original, un excentrique. Il rêve d’eau de jouvence et de plomb devenu or. Il est un apprenti sorcier. Il joue au Docteur Folamour et bricole des virus. Il est un professeur Tournesol. Il perd la tête à force de la diriger vers le soleil. Le scientifique, lui, est un être logique, rigoureux, rationnel, impartial. Un saint Thomas du microscope. Hélas, l’homo scientificus est souvent homme avant d’être scientifique. Comme tous les humains, il lui arrive de dissimuler, mentir, tricher, frauder… Contrairement à sa réputation, il peut être fragile, irréfléchi et parfois il se laisse guider par les sirènes de son époque. Grande est alors la tentation de trafiquer les chiffres pour les rendre plus convaincants, de modifier la démonstration pour arriver au résultat tant désiré ou attendu …

    Erreurs individuelles, erreurs collectives. Ainsi aujourd’hui on veut du tout génétique. L’idée rousseauiste de l’homme bon de nature, conditionné par son environnement, a cédé la place à une vision calviniste d’une prédestination par les gènes. Ainsi le gène de l’alcoolisme et celui de la violence, sans oublier celui de l’homosexualité que plusieurs laboratoires américains s’échinent actuellement à débusquer.  Qu’importe que l’échantillon statistique soit insuffisant, les conditions de l’expérience douteuses et les interprétations plus ou moins fantaisistes, les revues scientifiques les plus prestigieuses, d’ordinaire très critiques, s’arrachent ce genre de révélation. Le public est ravi, les dirigeants y puisent une légitimation de leur pouvoir, tandis que les marginaux concernés peuvent faire appel de cette singularité pour réclamer un statut à part.

    Certaines de ces erreurs sont aussi des bourdes qui ont échappé à la sagacité des scientifiques chargés de vérifier la qualité du travail accompli, sa fiabilité, sa validité et sa relevance. D’autres, au contraire, sont intentionnelles et difficiles à déceler, car elles impliquent de lourdes retombées économiques. Parfois, l’homme scientifique est aussi victime de ses propres désirs, dont celui d’avoir raison, d’être le premier, d’être enfin reconnu est honoré3.

    Dans un de ses ouvrages, le physicien français bien connu Louis Leprince-Ringuet en parle non sans humour, montrant les limites d’une pensée causale unique : « … donnez une puce à un polytechnicien ; il lui coupe une patte et lui ordonne : « Saute ! », et la puce saute. Il lui coupe deux autres pattes et lui dit : « Saute! », et la brave puce, dans un ultime effort, saute. Puis il lui coupe à nouveau une patte et lui dit encore : « Saute ! », mais la puce ne bouge pas. Conclusion logique qu’il tirera de l’observation de ce phénomène : « Coupez quatre patte à une puce, et elle deviendra sourde »4.


    REVUE ADVENTISTE MARS 2018

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  • Dieu risque la création – Première partie

    Par Gérard FRATIANNI
    pasteur à la retraite, église d’Anduze

    « Un prince possédait une pierre précieuse magnifique, dont il était fier à l’extrême. Un jour, par accident, ce joyau fut profondément rayé. Le prince convoqua alors les spécialistes les plus habiles pour remettre en état la pierre précieuse. Mais, malgré tous leurs efforts, ils ne purent effacer la rayure. Alors arriva dans le pays un lapidaire, un tailleur de pierre d’un génie inégalé. Avec art et patience, il tailla dans le diamant une rose magnifique et fut assez adroit pour faire de l’égratignure la tige même de la rose… de telle sorte que la pierre précieuse apparut, après, infiniment plus belle qu’elle n’était auparavant. » Bernard Bro1.

    1. Risquer la liberté

    Dieu s’expose. Après avoir fait surgir le monde du néant, au cinquième jour, Dieu s’extasie et s’éprend de l’ouvrage de ses mains : « Dieu vit que cela était bon, très bon2 ». Il aime ce qu’il vient de créer : nébuleuses, galaxies, systèmes solaires, astres dans l’espace, plaines et collines, végétation, animaux, etc., sur la terre. Dieu constate que tout ce qu’il a fait, ne lui rend pas cet amour et décide alors, de « risquer l’homme » seul capable de réciprocité, capable de l’aimer en retour. Le risque redoutable de la relation ! La liberté rend possible le risque. « En créant l’homme libre, Dieu a accepté de prendre un risque, le risque réel de voir une liberté se dresser face à sa toute-puissance, de lui résister et même de s’égarer. Cette liberté, c’est celle de l’homme3.» Se met-il en danger en créant un vis-à-vis ? A-t-on le droit de poser de telles questions ? Peut-être que le terme « risquer » ne convient-il pas exactement à Dieu, car Dieu, ne maîtrise-t-il pas tout risque ?

    Alors que je préparais cette réflexion, j’entends encore mon fils me dire : mais papa, si Dieu est omniscient, il devait savoir à l’avance les risques au-devant des quels il s’exposait ! Le risque, n’est-il pas inhérent à l’inconnu ? Si on sait d’avance, peut-on le qualifier de risque ? Même si la terminologie ne sied pas au Créateur, je l’adopte pour les besoins d’une meilleure compréhension de cette hardiesse divine, même si Dieu reste au-delà de tout ce qu’on peut dire et imaginer4.

    Autre indiscrétion de ma part : ne devrions-nous pas faire silence là où Dieu se tait ? La parabole du fils prodigue vient nous aider à comprendre ce côté audacieux de la mise au monde des enfants. « En créant l’homme libre, Dieu a introduit dans l’univers un facteur radical d’incertitude5 ».

    L’ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, fait écho à l’affirmation d’André Néher :

    « L′homme est un risque à courir6 »

    Et pourquoi courir ce risque? Dieu avait-il vraiment besoin de nous pour être heureux ? Ne se suffisait- il pas ? Gardons-nous, en même temps, de sous-estimer les risques que les créatures courent elles-mêmes. Si vous êtes parents, vous pouvez comprendre que ma question n’est pas aussi débile qu’elle en a l’air. Pourquoi mettons-nous au monde des enfants ? Nous rendons-nous compte des risques que nous courons ? Risques de fausses couches, de malformations, d’handicaps, risque de la drogue, risque qu’ils entrent dans le circuit de la violence, de la criminalité, qu’ils ratent leur mariage ou qu’ils meurent prématurément, etc…

    Et pourtant, nous continuons à mettre au monde des enfants. Pourquoi ? Parce que la joie que nous éprouvons, en leur donnant la vie, dépasse les souffrances qu’on peut imaginer. Nous ne voulons pas être seuls au monde. Il manque quelque chose de fondamental à notre existence. Nous avons un excédent d’amour à partager. Ainsi, nous vivons, en petit, ce que Dieu expérimente à vaste échelle. Et ceux qui n’ont pas d’enfant ? Ils partagent leur « surplus » d’affection, d’amour et d’amitié, avec d’autres êtres humains. Nous avons tous de l’amour à donner.

    2. Risquer l’amour […] (A découvrir dans la revue adventiste de mars 2018)

    3. Risquer l’incarnation […] (A découvrir dans la revue adventiste de mars 2018)

    Notes
    1. Bernard Bro, Peut-on éviter Jésus-Christ ? Éditions De Fallois/Saint-Augustin, 1995, Paris, p. 190-192.
    Voir aussi : https://books.google.fr/books?isbn=2877062473
    2. Genèse 1. 5, 8,13,19, 23.
    3. Jean Compazieu, http://preparonsdimanche.puiseralasource.org/
    4. Esaïe 55. 8,9.
    5. André Néher, Faust et le Maharal de Prague : le mythe et le réel, PUF, Paris, 1987. Voir aussi: http://prof-symboles.blogspot.fr/2009/12/herout-liberte.
    html.
    6. Philippe Claudel, « Inhumaines », Éditions Stock, 2017, Paris, p. 7

    REVUE ADVENTISTE MARS 2018

    La Revue adventiste s’adresse avant tout au lectorat adventiste francophone européen. Elle peut également être lue par un public non adventiste. Elle existe depuis 1896.

     

  • Paroles de prophètes

    Par Jean-Paul BARQUON
    Rédacteur en chef de la Revue adventiste,
    secrétaire général de l′Union des Fédérations adventistes

    L’apôtre Pierre est très précis dans sa seconde lettre lorsqu’il s’exprime sur la prophétie (2 Pierre 1.19-21, version TOB).

    « La parole des prophètes est la solidité même ».

    Cette parole des prophètes ne se limite pas à une collection de mots, mais transmet surtout l’intention de Dieu de se révéler à une diversité d’écrivains dont la culture, l’éducation, l’origine, l’époque et le contexte étaient bien différents.

    Au-delà des documents historiques, leurs écrits religieux convergent vers Dieu. Le Messie est inscrit au centre de cette collection biblique et le libérateur motive l’espérance des prophètes.

    On ne s’improvise pas rédacteur de la Bible, de même que l’on ne s’improvise pas lecteur sans un indispensable préalable : la présence du Saint- Esprit.

    Pour mesurer la solidité des paroles des prophètes, donc de la prophétie, l’apôtre Pierre invite les destinataires de sa lettre à fixer leurs regards comme sur une lampe brillant dans l’obscurité jusqu’à l’apparition de l’étoile du matin dans nos coeurs. L’image est parlante pour les destinaires appelés à la connaissance de Dieu et de Jésus- Christ1.

    Les adventistes du septième jour sont souvent exhortés à fixer leurs regards, non pas sur les accessoires des textes mais sur l’essentiel, sur Jésus au coeur de la prophétie.

    « Laissez parler Daniel et l′Apocalypse et enseignez ce qu′est la vérité. Quelle que soit la partie du sujet qui est traitée, présentez Jésus comme le centre de toute espérance, le rejeton et la postérité de David, l′étoile du matin. »2

    L’interprétation du symbolisme biblique exige d’adopter ce principe christologique qui peut nous faire défaut lorsque nous donnons une certaine priorité à des évènements empruntés à l’actualité en leur accordant une crédibilité prophétique.

    On ne bouscule pas la prophétie au point de déformer les intentions de Dieu. Pour être complet, l’interprétation prophétique (herméneutique) doit aussi faire appel à des principes christologiques et ecclésiologiques que nous ne pouvons pas développer dans un éditorial.

    Nulle part ailleurs dans les textes du Nouveau Testament, le caractère inspiré des Écritures n’est affirmé aussi explicitement.

    « Aucune prophétie n′est affaire d′interprétation privée : en effet, ce n′est pas la volonté humaine qui a jamais produit une prophétie, mais c′est portés par l′Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu »3.

    Voilà de quoi rassurer les destinataires de cette lettre confrontés à l‘écoute de la parole de de faux enseignants. Les chrétiens dispersés dans les Églises d’Alexandrie, de Syrie et d’ailleurs pouvaient facilement se laisser séduire par les faux docteurs4 par leur enseignement sur le retard de l’avènement glorieux du Christ5, par l’appel à une fausse liberté6, par la confusion sur le salut7 et tant d’autres aspects qui poussent l’apôtre Pierre à consacrer tout un chapitre à les dénoncer.

    Que dirait-il aujourd’hui par rapport aux interprétations fantaisistes éparpillées sur internet ? Nous avons besoin d’une saine méthodologie dans la recherche et la compréhension des paroles des prophètes et de leurs applications.

    Les articles de cette Revue adventiste ouvrent quelques pistes de réflexion, d’autant que le message de l’apôtre n’a rien perdu de son actualité.

    1. 2 Pierre 1.2 et 3.18.
    2. Ellen G. White, Testimonies to Ministers, p.118.
    3. 2 Pierre 1.20, 21, version TOB.
    4. 2 Pierre 2.1-22.
    5. 2 Pierre 3.3-13.
    6. 2 Pierre 2.19.
    7. 2 Pierre 2.10-11.

    Source : Revue Adventiste de février 2018

    REVUE ADVENTISTE ABONNEMENT 2018

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  • Luther, les juifs et nous aujourd’hui

    Déclaration de l′Union des Églises Protestantes d′Alsace et de Lorraine (UEPAL) du 7 juin 2017

    1. Nous commémorons en 2017 le 500e anniversaire de la Réformation déclenchée par les 95 thèses de Luther sur les indulgences. Luther nous a légué une spiritualité toujours actuelle, enracinée dans la Bible, et qui s’est exprimée de manière durable dans ses cantiques et ses catéchismes. Il a recentré la foi sur le Christ et sur la grâce, en mettant en valeur la liberté chrétienne. Il a suscité une vie d’́Église nourrie par la Parole de Dieu, qui fait place à tous les croyants, égaux devant Dieu. Il a valorisé le service du prochain et l’engagement dans la société.

    2. Malheureusement, la redécouverte de l’Évangile n’a pas conduit Luther à un nouveau regard sur les Juifs. Il est resté tributaire d’attitudes et de conceptions antijuives dont certaines remontent aux débuts de l’Église chrétienne, même s’il a, dans un premier temps, récusé certains stéréotypes anti-judaïques qui accusaient les Juifs d’avoir profané les hosties ou procédé à des meurtres rituels.

    3. Luther reprochait aux Juifs de se prévaloir de leur descendance d’Abraham, et de mettre leur confiance dans l’observation de la loi, au lieu de vivre de la justification par la foi. Il s’élevait aussi contre leur refus de voir dans le Christ l’accomplissement des prophéties messianiques de l’Ancien Testament. Ce jugement théologique n’a pas varié tout au long de sa vie. Mais Luther stigmatisait aussi la présomption de bien des chrétiens qui, d’après lui, se reposaient sur leurs oeuvres plutôt que sur la grâce de Dieu.

    4. Pendant une vingtaine d’années, il appelle à la solidarité avec les Juifs. Il faut s’accepter mutuellement comme le Christ nous a acceptés, et louer Dieu plutô̂t que de se disputer. Pour lui, une attitude amicale envers les Juifs, susceptible de conduire un certain nombre d’entre eux à se convertir, doit remplacer les invectives et l’oppression à leur égard.

    5. Vers 1530, l’attitude de Luther à l’égard des Juifs a changé. Il est inquiet d’une judaïsation du christianisme, craignant que la tolérance des Juifs ne suscite la colère de Dieu. Il croit la fin des temps proche et annoncée par l’émergence de forces anti-christiques telles que les Juifs et la papauté. Luther prône alors dans ses écrits anti-juifs des mesures inhumaines. En 1543 il propose de brûler les synagogues, les écoles et les livres des Juifs, d’interdire l’enseignement des rabbins ainsi que l’usure. Nous rejetons catégoriquement ces propositions abominables qui, hélas, seront reprises sous d’autres auspices en d’autres temps.

    6. Par la suite,… [Fin de l’extrait de la Revue Adventiste de Janvier 2018]


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