• Violence humaine et divine dans la Bible

    Comme vous, je suis contre. J’aurais souhaité une Bible bien lisse, sans les aspérités qui nous plongent parfois dans l’inconfort et heurtent notre sensibilité. « Dieu aurait pu refuser ces textes. Et la Bible aurait été expurgée…de toutes les scènes violentes ou inconvenantes ».1 Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Jésus, lecteur fidèle et diligent de l’Ancien Testament, ne pouvait les ignorer. En a-t-il été offusqué ? Certainement et même plus que nous, mais le Seigneur ne fait aucun commentaire sur la violence dans l’AT. Comme nous, il en prend acte.

    Aujourd’hui encore, ces textes, restent intraitables et choquants, car là où le lecteur s’attend à rencontrer des hommes parfaits, il découvre des hommes comme nous, habités par le bien, mais bien souvent traversés par d’obscures forces maléfiques. Le lecteur découvre aussi un Dieu en quête des hommes et passionnément épris de ses créatures en proie à la violence.

    Je ne suis pas le premier venu à me confronter à ce problème. Un grand nombre de collègues avant moi ont partagé le fruit de leurs recherches dans nos différentes revues et livres2. On peut bien sûr ignorer ces épisodes choquants, leur donner une portée allégorique, mythique, à l’instar de l’Iliade et l’Odyssée, leur refuser toute inspiration divine, ou respecter leurs mystères, en attendant le jour où « je connaîtrai comme j’ai été connu »3. Notre Créateur a dit et fait des choses impénétrables. Or, seul Dieu peut comprendre Dieu. Mais les hommes de la Bible aussi, ont dit et fait des choses qui ne reflétaient pas toujours la volonté de leur Seigneur. Il est vrai que : « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu »4. Mais ces « choses » sont-elles toujours voulues et accomplies par Dieu ? Une chose est certaine : Dieu remet ensemble nos vies en miettes et recycle nos ratages et nos scories.

    Toute explication humaine de ces « mystères divins », bien que « nous ayons la pensée du Christ »5 et que nous soyons « créés de peu inférieurs à Dieu »6, doit être empreinte d’humilité, toujours ouverte à une meilleure compréhension. D’où la fragilité de nos interprétations qu’il faut affiner sans cesse.

    La violence dans les Saintes Écritures est l’un de ces « rochers de scandale » (G. Steveny) qui trouble nos esprits. Les auteurs inspirés ne cachent pas l’âpreté du langage. « Pour éviter ce trouble, le piège serait de dissimuler la violence ou de la faire disparaître »7.

    « Une chose est certaine : Dieu remet ensemble nos vies en miettes et recycle nos ratages et nos scories »

    Rejetons d’emblée l’idée que le Dieu colérique de l’AT soit devenu le Dieu amour du NT. On trouve dans les 2 Testaments douceur et violence. Pour nous chrétiens, c’est une évidence « qu’en Dieu, il n’y a ni changement, ni ombre de variations »8. Le Dieu qui fit périr l’armée égyptienne et anéantit Sodome et Gomorrhe est le même Dieu du Sermon sur la Montagne. Le Yaweh de l’Ancienne Alliance est le Jésus de la Nouvelle Alliance. (J. Doukhan). Les traits constitutifs de sa personne sont : miséricorde, compassion, fidélité, bonté, grâce, pardon, justice, amour, etc. « La violence ne fait pas partie de l’essence divine »9. Elle ne se trouve pas parmi les qualités de Dieu. Mais comment peut-il venir à bout de la violence sans avoir recours à la violence ? Or il existe en Dieu une violence « autre », dont nous parlerons dans la 3e partie de ce thème.

    Pour l’instant retenons que les auteurs inspirés décrivent Dieu tantôt dans toute sa tendresse, « comme souffle doux et léger », Père désappointé, amant trahi et abandonné, tantôt dans ses impressionnantes théophanies (Sinaï, Carmel, Mer Rouge, chemin de Damas, etc.)10. Cette ambivalence divine dans les Écritures est à respecter.

    Mon intention n’est pas d’analyser tous les textes se rapportant à la violence et aux guerres dans la Bible. Je me permets de présenter une vue d’ensemble du problème qui m’a troublé et je pense l’avoir en grande partie surmonté. Quand nous sommes confrontés aux forces maléfiques et mortifères, de quelque nature que ce soit, souvenons-nous que Dieu est toujours du côté de la victime, même si celle-ci est dans ses torts11.

    Pour cette réflexion sur la violence et les guerres dans la Bible, je suis redevable à bien des auteurs, en particulier : Jacques Doukhan, Georges Steveny, Pierre Chaunu, Guy Labouérie, Joseph Barbaglio, Paul Beauchamp et Denise Vasse, etc.12 J’ai beaucoup apprécié une conférence que notre ami J. Doukhan a présentée à l’église de la Lignière à Gland en Suisse dans les années 90. Sauf erreur, cette étude n’a jamais été publiée dans la Revue Adventiste en langue française. Je me permets, avec son aimable autorisation, de vous la résumer brièvement.

    Gérard Fratianni
    Pasteur à la retraite, église d′Anduze
    1. Ph. Augendre, Le journal de l’I.E.B.C., vol. 5 n° 2 juin 1992 ;
    2. - Gérard Poublan, Les adventistes et la guerre, p. 93 ;
      
      - Alberto Treyer, Toute l’Assemblée le lapidera, Servir I/80 p. 22-2 ;
      
      - Jean Lavanchy, « Les guerres dans la Bible », Signes des Temps, mars-avril 1975, p. 16-18 ;
      
      - Raymond Monneins, « Les guerres d’Israël », Signes des Temps, mai-juin 1975 ;
      
      - Robert Braeger, « Quando i santi vanno in guerra », Segni dei Tempi, n° 472, Maggio-Giugno, 1977, p. 87-88 ;
      
      - Yvan Bourquin, « Guerres et violence dans l’Ancien Testament », Signes des Temps, mars-avril 1980, p. 12-14 ;
      
      - Ruth Gal, « Ce Dieu cruel de l’Ancien Testament », Signes des Temps, avril 1985, p. 15-16 ;
      
      - Bernard Dénéchaud, « Les guerres saintes bibliques : divines et humaines ? », Signes des Temps Juillet-août 1992, p. 6-8 ;
      
      - Georges Steveny, Convictions n° 22, la violence dans la Bible ;
      
      - Philippe Augendre, « Seigneur, anéantis-les », Le journal de l’IEBC, Volume 5, n°2 juin, 1992, p. 2-3 ;
      
      - Gérard Poublan, les adventistes et la guerre. Léon Liénard, Essai sur les Guerres de l’Eternel, 29 févr. 2016. (Manuscrit non publié aimablement prêté par l’auteur).
    3. 1 Co 13.9-12.
    4. Rm. 8.28.
    5. 1 Cor 2.6.
    6. Ps. 8.6.
    7. Paul Beauchamp et Denise Vasse, La Violence dans la Bible, Cahiers Evangile. N° 76, Cerf, 1991. https://www.google.ch/search
    8. Jc 1.17.
    9. Réforme, Le Dieu de la Bible est-il violent ? N°. 3181.
    10. 1 Rois 19.12 ; Es 5.1-4 ; Ex 19.16-18 ; 1 Rois 18.20-40.
    11. Jn 8.3-11.
    12. - Jacques Doukhan, Aux portes de l’espérance, Ed. Vie et Santé, Dammarie-les-Lys, 1983, 188-196 ;
      
      - Georges Steveny, La non-violence de Dieu et des hommes, Ed. Vie et Santé, 2001 ;
      
      - Pierre Chaunu, La violence de Dieu, Robert Lafont, Paris, 1978 ;
      
      - Guy Labouérie, Giuseppe Barbaglio, Dio violento ?, Lettura delle Scritture Ebraiche e cristiane, Cittadella Editrice, Assisi, 1991.
      
      - Paul Beauchamp et Denise Vasse, La Violence dans la Bible, Cahiers Evangile. n° 6, Cerf, 199.
      
      

    LA NON-VIOLENCE DE DIEU ET DES HOMMES

    Apprenez à distinguer entre ce que Dieu veut et ce qu’Il permet. De George Stéveny.

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    RÉSUMÉ DE L’OUVRAGE

    Dans la Bible, il y a 2 testaments, mais un seul Dieu : telle est la conviction de Georges Stéveny, en abordant le problème de la non-violence. Les questions délicates soulevées par les « guerres saintes » du peuple hébreu, par certaines lois mosaïques, ou plus simplement par la fameuse « colère » de Dieu, méritaient mieux, en effet, que les formulations traditionnelles dans lesquelles la foi chrétienne s’est longtemps coulée. De l’ancienne à la nouvelle alliance, du décalogue aux révélations apportées par Jésus-Christ, cet ouvrage pose le problème avec franchise et justesse. Il apprend surtout à distinguer entre ce que Dieu veut et ce qu’il permet, entre ce qu’il fait et ce que les hommes font au nom de Dieu. Il n’oublie pas d’examiner les rapports entre les chrétiens et les autorités, selon l’apôtre Paul. Il fournit, bien entendu, nombre de clés utiles pour mieux comprendre l’Ancien Testament.

  • EDS – Mercredi 28 août – Le guide de Paul pour bien vivre et bien aimer

    La lettre de Paul aux Romains est surtout connue pour ses explications détaillées de la grande doctrine du salut par la foi à travers la mort du Christ. Mais après onze chapitres d’un tel enseignement, il y a un changement d’orientation. Paul propose un guide pratique pour bien vivre et bien aimer, guide fondé sur la grâce et l’amour de Dieu tels qu’ils sont révélés en Jésus et dans le récit évangélique : Je vous encourage donc, mes frères, au nom de toute la magnanimité de Dieu, à offrir votre corps comme un sacrifice vivant, saint et agréé de Dieu ; voilà quel sera pour vous le culte conforme à la Parole (Rm 12.1). Dans les faits, Paul dit qu’à cause de ce que Dieu a fait pour nous en Jésus, c’est ainsi que nous devrions vivre.

    Lisez et résumez Romains 12, en notant en particulier les instructions concernant le fait d’aimer et de se soucier des autres, surtout des nécessiteux.

    En un sens, Romains 12 résume bien des thèmes auxquels Paul accorde une attention plus détaillée dans certaines de ses autres lettres. Il parle des différents rôles et dons au sein du corps de l’église, y compris le service et l’encouragement d’autrui, et la libéralité (voir versets 3-8). Mais non seulement ces choses doivent être faites, encore doivent- elles être bien faites, avec enthousiasme et, surtout, avec amour (voir versets 9-11).

    Paul décrit en termes concrets en quoi consiste ce genre de vie. Il exhorte les croyants à être patients dans les difficultés et la persécution, à s’occuper des nécessiteux, à être des pacificateurs partout et chaque fois que c’est possible, et, comme nous l’avons vu précédemment, à répondre au mal et à l’injustice avec bonté, et à surmonter le mal en faisant ce qui est bien (voir Rm 12.20,21).

    Ce chapitre souligne ce que signifie vivre comme une nouvelle personne, en servant Dieu individuellement et en tant que membre de la communauté de foi. Paul dit à ces nouveaux disciples de Jésus que leur vie, leurs priorités, et leurs actes devaient changer en raison de ce que Jésus avait fait pour eux par sa mort sur la croix et de l’espérance en la vie éternelle. Comme ils vivaient dans une société tyrannique, et souvent cruelle au cœur de l’Empire romain, Paul leur ordonna de vivre différemment : Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence (Rm 12.2).

    Quelles sont certaines des attitudes et des pratiques auxquelles il vous faut résister pour pouvoir bien vivre et bien aimer en tant que disciple de Jésus aujourd’hui ?


    GUIDE D′ÉTUDE DE LA BIBLE (3ÈME TRIMESTRE 2019)