• « L′Église, c′est comme une équipe de secours »

    Bernard Sauvagnat a été pasteur puis responsable du département évangélisation au sein de l’Église adventiste. Aujourd’hui à la retraite, il revisite à la lumière de son expérience les notions d’église, de communauté et d’institution.

    L’Église est généralement perçue, dans les sociétés occidentales sécularisées, comme un frein à la modernité et un carcan qui empêche de s’épanouir. N’est-ce pas là un injuste procès d’intention ?

    Cette perception, me semble-t-il, vient de l’opposition aux sciences que l’Église a manifestée aux cours des siècles passés. Elle a été renforcée par le caractère moralisateur du discours de l’Église face à la libéralisation des mœurs. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un procès d’intention.

    N’a-t-on pas tendance à confondre l’église avec un petit « e » et l’Église avec une majuscule ?

    J’ai l’impression qu’il y a confusion entre l’Église et l’Église catholique romaine dans un pays comme la France. Pour la plupart des gens, l’Église ce sont les prises de position du Pape. Même les catholiques engagés expriment parfois leur désaccord avec ses discours, en particulier sur la morale sexuelle. Si derrière le petit « e » vous pensez à l’église locale, la paroisse, on rencontre aussi bien des chrétiens engagés qui sont choqués par l’attitude de prêtres ou de pasteurs étrangers venus d’Afrique, d’Amérique latine et centrale ou des pays d’Europe de l’Est dont la vision du christianisme est plus traditionnelle et plus rigide que ce qu’ils vivent et apprécient.

    L’église est-elle un groupe humain comme un autre (une association, un syndicat, un parti…) ?

    Oui, on peut dire que l’église est un groupe humain comme les autres. On y trouve les mêmes faiblesses, les mêmes extrêmes. C’est donc forcément un groupe qui déçoit. Pourtant, elle ne devrait pas être un groupe comme les autres. Et, en réalité, elle n’est pas un groupe tout à fait comme les autres. C’est un groupe qui ne peut et ne doit pas prétendre être meilleur que les autres, car c’est un groupe de personnes conscientes de ne pas être à la hauteur de ce que le Christ attend d’elles. C’est à cause de la force donnée par l’Esprit Saint envoyé par Dieu que l’on y trouve des personnes aussi remarquables que l’Abbé Pierre, mère Teresa, sœur Emmanuelle ou Martin Luther King. L’église est un groupe dont l’engagement déclaré est de servir et donc de contribuer à la qualité de la vie de chacun.

    Si l’Église, en tant que communauté ou institution, est pesante, pourquoi ne pas tout simplement vivre sa foi de son côté ?

    C’est le choix qu’ont fait de nombreux croyants. Ils ne sont pas pratiquants, comme l’on dit. Ils ne vont à la messe ou au culte que de temps en temps ou dans certaines occasions spéciales, tout en ayant une recherche spirituelle. Ils ne s’engagent pas dans la vie de la paroisse, mais participent à des actions humanitaires concrètes. Pourtant, le christianisme ne peut se résumer en une spiritualité intime et individuelle. Il implique d’abord une mission. Et personne n’est capable de remplir cette mission tout seul. L’église pourrait être conçue comme une équipe de secours. Un pompier ne peut éteindre un incendie à lui tout seul. Or la situation de bien des humains est faite de souffrances, de misère, de maladies, de handicaps, de solitude, de violence. Il est donc urgent et important que les chrétiens mettent leurs forces en communs pour apporter aide et réconfort. Beaucoup d’humains se sentent victimes, d’autres sont minés par la culpabilité. L’Évangile apporte une réponse très efficace à ses deux fléaux – réels ou imaginaires. Le christianisme entraîne forcément une fraternité, qui ne peut se limiter aux personnes avec lesquelles on est lié par le sang, la foi ou l’amitié. Il ne peut engendrer l’indifférence à l’égard de l’autre quel qu’il soit.

    Vous avez parlé de mission. De quelle mission le Christ investit-il l’église et pourquoi ?

    Christ qui a inventé l’église, mais que ce sont certains de ses disciples, comme l’apôtre Paul. Pourtant les évangiles montrent très clairement que Jésus a réuni autour de lui un groupe de disciples, c’est-à-dire d’apprentis, à qui il a donné le titre d’apôtre, c’est-à-dire d’envoyés. Ils ont appris et été envoyés pour faire quoi ? Pour annoncer par la parole et par l’action que Dieu est amour, et que ce qui permet de vivre en paix et en fraternité c’est l’assurance de sa grâce inconditionnelle.

    Ne se fait-on pas une représentation restreinte de ce qu’est l’église, par exemple en la concevant principalement comme un bâtiment ?

    Certainement. Mais, même si l’on visite une cathédrale ou un monastère comme l’on visite un musée, bien des gens y entrent aussi pour se recueillir, méditer, prier pour y trouver un enrichissement spirituel et la force de faire face aux nécessités quotidiennes et aux défis relationnels. Plus qu’un bâtiment, l’église est un groupe de personnes, une famille qui vit souvent la solidarité et la fraternité. Avec les maladresses d’apprentis, certes, mais aussi avec l’efficacité et la joie de la sincérité.

    Comment imaginer l’église idéale, d’après ce qu’en dit la Bible ?

    Comme je l’ai déjà dit, la Bible présente l’église comme une équipe de secours constituée de personnes secourues qui se mettent à secourir les autres. C’est un corps dont le Christ est la tête. Ce groupe est motivé par l’état d’esprit du service et attaché aux valeurs que Jésus a vécues.

    En tant que pasteur, avez-vous connu des moments de découragement face à l’église ?

    Cela m’est arrivé, mais n’a jamais duré. Car grâce à l’église et aux frères et soeur que j’y ai rencontrés, j’ai été visité à l’hôpital au point que mon compagnon de chambre m’a demandé qui j’étais pour avoir autant de visites et d’appels téléphoniques. J’ai été accueilli par des personnes dont je ne parlais pas la langue et que je n’avais jamais vues et qui pourtant me traitaient comme un membre de leur famille. J’ai été soutenu dans mes découragements par des collègues qui vivaient les mêmes défis et partageaient la même vocation et le même enthousiasme.

    Quelle parole souhaiteriez-vous partager avec une personne qui hésite encore à franchir le seuil d’une église ?

    Dans une église, comme dans tout groupe humain, on reçoit en donnant. Plus on est disposé à s’engager, plus on bénéficie de marques de fraternité. Bien sûr on y rencontre aussi des oppositions, des incompréhensions et donc des déceptions. Mais si l’on y vit parce que l’on fait confiance au Dieu amour, on y vit avec sérénité, avec une solidité intérieure qui permet de compenser toutes les déceptions. Conscient d’avoir déçu certains, je suis reconnaissant pour l’église. Elle est et reste pour moi signe de l’amour de Dieu.

    Propos recueillis par Claire Bernole

    Source : Revue Signes des Temps - Janvier-Février 2019

    REGARDS CROISÉS SUR L’EGLISE ADVENTISTE DU SEPTIÈME JOUR

    Découvrez 3 regards différents sur l’Eglise adventiste ? De Fabrice Desplan, préface de Sébastien Fath.

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  • EDS – Mardi 5 mars – Le message du premier ange, 2e partie

    L’Apocalypse montre que les enjeux centraux dans la crise finale de l’histoire de la terre seront l’adoration et l’obéissance à Dieu, qui se révèlent dans l’observation de ses commandements (Ap 14.12). Les habitants de la terre iront dans deux groupes : ceux qui craignent et adorent Dieu, et ceux qui craignent et adorent la bête.

    Relisez les quatre premiers commandements du Décalogue (Ex 20.2-11). Puis lisez Apocalypse 13. En quoi l’exigence d’adoration de la bête (Ap 13.7,8), la mise en place d’une image de la bête qui doit être adorée (Ap 13.14,15), le blasphème contre Dieu et son nom (Ap 13.5,6), et la réception de la marque de la bête (Ap 13.16,17) renvoient-ils aux attaques de Satan contre les quatre premiers commandements du Décalogue lors de la crise finale ?

    Les quatre premiers commandements du Décalogue sont liés à l’adoration. L’Apocalypse indique que ces commandements deviendront le standard de loyauté envers Dieu lors de la crise finale. Le conflit final entre Christ et Satan tournera clairement autour de l’adoration et des quatre premiers commandements.

    La question clé dans la crise finale est soulignée dans la deuxième exhortation du message du premier ange. L’appel à adore[r] celui qui a fait le ciel, la terre, la mer et les sources d’eau (Ap 14.7, Segond 21) est quasiment la citation exacte du quatrième commandement du Décalogue (Ex 20.11). Cela montre que l’appel à adorer Dieu le Créateur est un appel à observer le sabbat.

    Le repos et l’adoration le septième jour, le sabbat, est un signe spécial de notre relation avec Dieu (Ex 31.13, Ez 20.12). Le message du premier ange est un appel à adorer le Créateur. « Tandis que la pratique du faux sabbat pour se plier à la loi de l’État, en opposition au quatrième commandement, sera un aveu d’allégeance à un pouvoir opposé à Dieu, l’observation du véritable jour du repos, pour obéir à la loi divine, sera une preuve de loyauté envers le Créateur. Tandis que les uns, en acceptant le signe de la soumission à des pouvoirs terrestres, recevront la “marque de la bête”, les autres, en choisissant le signe d’allégeance à l’autorité céleste, recevront le sceau de Dieu. » Ellen G. White, Le grand espoir, p. 444.

    En quoi nos conceptions de la Création et du salut sont-elles liées ? Pourquoi se reposer le septième jour comme Dieu l’a fait est-il si important ?


    GUIDE D′ÉTUDE DE LA BIBLE (1er Trimestre 2019)