Le jugement, une perspective chrétienne

Par Bernard Sauvagnat

La figure du Dieu juge et l′annonce du jugement dernier sont souvent associées à des représentations effrayantes. Et si la Bible véhiculait une vision plus positive qu′on le croit ?

La justice de Dieu La plupart des chrétiens que j’ai rencontrés sont peu enthousiastes à l’idée que Dieu soit en fin de compte le grand juge lors du jugement dernier.

Cette réaction négative me semble résulter de la dimension morale de la foi chrétienne. Les deux grands principes que sont « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et tu aimeras ton prochain comme toi-même » provoquent facilement la culpabilisation, car très peu ont l’audace de prétendre aimer vraiment tous leurs prochains. Beaucoup de chrétiens ont donc conscience de ne pas être à la hauteur des exigences éthiques de leur foi. C’est d’ailleurs ce qui décrédibilise le christianisme. L’écart entre le discours et la pratique remet en cause la pertinence de cette foi chez beaucoup de ses observateurs.

La grâce

Mais ces constats ne rendent pas compte de ce qu’est vraiment la foi chrétienne. Le Christ se présente comme sauveur. Le salut est justement destiné à des personnes qui ne sont pas à la hauteur, qui ont des reproches à se faire, qui sont conscientes de leur culpabilité. Or, dans la foi chrétienne, ce salut est offert par grâce. Il ne se mérite pas. Il n’y a rien à payer pour l’obtenir. C’est Dieu, lui-même, qui l’offre. C’est lui qui en paie le prix. Et le prix c’est Jésus, le Christ, son fils. Personne ne devrait donc s’étonner de voir des chrétiens imparfaits, car ils sont tous, comme le disait Martin Luther, des justes ou des justifiés, tout en étant encore des pécheurs donc des coupables.

La responsabilité

Revenons à la notion du Dieu juge. Plusieurs textes de la Bible affirment que tous les humains comparaitront devant le tribunal divin, que personne n’y échappera. C’est à mon avis une manière de dire que Dieu est juste. Mais cela veut surtout dire que l’être humain a été créé responsable de ses choix et de ses comportements. Cette justice de Dieu est présentée comme plus juste que celle des hommes, car Dieu ne juge pas seulement les actes et les paroles, mais aussi les pensées et les motivations profondes qui échappent souvent aux juges humains. Cette responsabilité constitue notre dignité : elle fait de nous des êtres libres, pas des pantins manipulés par des forces spirituelles supérieures.

Victimes

Pourtant, c’est vrai, la Bible parle aussi de telles puissances maléfiques, de démons, du tentateur, du diable, de Satan.

Aujourd’hui, ces notions sont considérées par beaucoup comme de la mythologie, relevant d’une conception du monde qui ne correspond pas à notre perception dite scientifique. Je ne pense pas utile d’entrer dans un débat à ce propos maintenant. Pour moi, ce que ces notions veulent aussi nous dire, c’est que nous sommes victimes. Nous n’avons pas demandé à vivre dans un monde où le mal existe, où nous souffrons pour finalement mourir. Certes nous portons notre responsabilité, mais nous sommes aussi les victimes d’injustices, de décisions que nous n’avons pas prises et de misères qui nous tombent dessus.

Partie civile

Or, les victimes réclament toujours que justice soit faite. Il faut trouver les coupables, découvrir ce qu’ils ont fait et ce qui les a motivés. Puis les juger et les condamner. Tant que cette justice ne s’est pas prononcée et que son verdict n’est pas estimé équitable, les victimes restent insatisfaites, elles ne peuvent faire le deuil de ce qu’elles ont perdu. Dans la Bible, on trouve aussi des textes où des victimes réclament le jugement divin, des textes où le jugement final fournit l’apaisement nécessaire aux victimes.

 » Dans la Bible, des victimes réclament
le jugement divin, qui fournit
l’apaisement nécessaire « 

Juge et avocat

La foi chrétienne présente le Christ comme l’avocat de ceux qui croient en lui. Il y a encore trop de sociétés humaines où les jugements sont sommaires, se déroulent uniquement à charge et où la défense ne peut s’exprimer. Ou bien, lorsqu’elle s’exprime, elle est manipulée. Avoir un avocat, un bon avocat, pas seulement quelqu’un d’habile dans ses plaidoyers, mais quelqu’un qui aime son client au point de donner sa vie pour lui, c’est affronter le tribunal avec confiance quand on y est accusé. Plus encore, l’apôtre Jean va jusqu’à dire que Dieu, le Père, a remis tout jugement à son fils (voir encadré), à Jésus parce qu’il est fils de l’homme, c’est-à-dire quelqu’un qui a expérimenté la condition humaine. En quelque sorte, c’est Jésus qui est juge. Or, la vie de ce Jésus, telle qu’elle est évoquée par les évangiles, ne laisse aucun doute sur sa compassion, sur son amour. Que peut-il y avoir de plus rassurant pour quelqu’un qui se sent appelé à comparaître ?

Échapper au jugement

Nous sommes donc, dans la perspective chrétienne, à la fois responsables et victimes. Seul Dieu, tel qu’il a été révélé dans la personne de Jésus de Nazareth, est apte à prononcer un jugement équitable sur nous, humains. Les forces et les agents du mal, y compris humains, qui se rangent de leur côté, seront jugés et condamnés. Les coupables et victimes qui se rangent du côté du Christ, défendus par leur avocat, seront justifiés et finalement ne passeront pas par le verdict d’un jugement, et bénéficieront d’un non-lieu. Telle est ma vision de Dieu et de son jugement.


QUI A PEUR DU DIEU DE L′ANCIEN TESTAMENT ?

Alden Thompson désire nous conduire à saisir plus clairement ce que Dieu attend de nous et quel regard nous pouvons poser sur Lui.

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