Le savoir à l′école, Les convictions à l′Église

Par Jean-Paul BARQUON

Rédacteur en chef de la Revue adventiste, secrétaire général de l’Union des Fédérations adventistes

Jean, l’évangéliste apporte par deux fois une précision de taille qui a laissé de nombreux lecteurs sur leur faim. Il affirme tout d’abord que « Jésus a encore accompli beaucoup d’autres signes qui ne sont pas décrits dans ce livre » (Jean 20.30). Ensuite, il termine son récit de l’Évangile avec ces lignes bien mystérieuses « « Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses. Si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde entier pourrait contenir les livres qu’on écrirait » (Jean 21.25).′

Désormais, les portes sont ouvertes pour permettre à ceux qui veulent rendre crédibles des récits que le corpus traditionnel n’a pas reconnus. Bien sûr, des sources fragmentaires existent comme ceux de Flavius Josèphe, historien juif du Ier siècle, comme quelques extraits de la Mishna.

Il existe pourtant aujourd’hui bien des esprits qui mettent en doute l’existence du Christ alors qu’ils n’ont aucun doute pour des personnalités aussi différentes que Socrate ou Pythagore, Alexandre le Grand ou d’autres empereurs antiques. En réalité, nous avons plus de preuves et d’éclairage sur le Christ que sur des personnalités de l’antiquité que le programme d’histoire de l’Éducation nationale met à l’honneur dans ses manuels.

Le fondateur du christianisme n’a pas la côte en milieu scolaire puisque les dénominations religieuses chrétiennes se sont chacune emparées du Christ de l’Évangile pour le placer dans les repères de leurs traditions.

Dans le cadre d’un cours sur l’histoire des religions, un enseignant redoublera de prudence sans afficher sa croyance personnelle qui elle, relève bien du privé.

Enseigner le « fait religieux » à l’école, c’est faire la différence entre savoir et croyance. L’enseignement s’occupe du savoir mais pas des croyances et surtout pas des siennes. L’expression « fait religieux » qui s’est imposée depuis quelques années dissipe plusieurs confusions : le fait se constate et s’impose à tous. Il est englobant, pluraliste et ne privilégie aucune religion particulière. Le but de l’étude n’est donc pas de valoriser ou de dévaloriser le religieux mais d’éclairer ses incidences sur l’évolution de l’humanité. Il ne s’agit pas de démêler le « vrai du faux », le « bon du mauvais ». Le fait religieux ne fait donc pas l’objet d’une discipline particulière, il est une dimension qui affecte nombre de phénomènes. Par conséquent, il doit être abordé par des maîtres compétents et capables de créer les conditions requises pour expliquer la laïcité et l’application de la liberté religieuse.

Dans l’Église, nous avons aussi besoin de personnes compétentes dans l’enseignement du savoir et la transmission des convictions. La bonne volonté n’est pas suffisante puisque la vie éternelle est en jeu.

Cette compétence est souvent mise en avant sous la plume d’Ellen White. Elle précise clairement « Ne devenez pas étroits d’esprit ou prétentieux ; que votre esprit soit ouvert1. » En parlant des prédicateurs, elle insiste sur la notion « d’hommes compétents qui honoreront la cause2. »

L’enseignement du fait religieux à l’école se limite à l’information. L’Église dépasse le souci de l’information. Elle se veut pertinente avec la transmission des valeurs de la vie éternelle et doit se montrer fidèle dans les implications de Jésus-Christ.

  1. Ellen G. White, Manuscrits inédits, vol. 3 p. 35, Manuscrit 82, 1894, édité par IADPA, novembre 2016. Cliquez ici pour l'obtenir
  2. Ellen G. White, Le ministère évangélique, p. 428, chapitre sur « le choix des prédicateurs », Éditions SDT. Cliquez ici pour l'obtenir

REVUE ADVENTISTE AVRIL 2018

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