Le retour du Dr Frankenstein

Par Jacques Sauvagnat

En novembre 2017, des chirurgiens déclaraient avoir réussi l′impensable sur des humains, morts il est vrai : la greffe d′une tête sur un corps, avec l′accord des familles.

C’est dans la revue en ligne Surgical Neurology International que Xiaoping Ren et Sergio Canavero ont décrit cette opération comme la première anastomose céphalosomatique (CSA) sur un modèle humain1, effectuée à l’université médicale de Herbin en Chine. Derrière le terme d’anastomose céphalosomatique se cache une intervention qui consiste à raccorder une tête à un corps préalablement décapité. Cette opération se veut une répétition grandeur nature en vue d’une application sur des corps vivants dans un prochain avenir. D’une durée de 18 heures, elle a permis de perfectionner la coordination de deux équipes de cinq chirurgiens. Certains nerfs, notamment ceux qui commandent la respiration, venant de la tête du receveur sont connectés au corps du donneur et d’autres nerfs appartenant au corps sont reliés à la tête.

Une attention particulière est portée sur la fusion de la moelle épinière du donneur avec celle du receveur (protocole GEMINI), considérée comme l’étape la plus critique du processus dans le cas d’une intervention sur le vivant. La fusion des fibres nerveuses doit être faite dans les 20 minutes avant qu’elles ne se dégradent. L’utilisation de certaines substances, déjà essayée chez l’animal, favoriserait cette fusion.

L’article prévoit déjà la procédure qui sera employée chez le vivant. La tête doit être mise en hypothermie et le corps doit être sain et de même sexe. Le donneur et le receveur seront en position assise pour faciliter la connexion de la tête avec le corps. La CSA sur le vivant devrait durer moins de 36 heures.

Déjà en 2013, Canavero avait lancé son projet HEAVEN (Head anastomosis venture) suite à des expériences de transplantation de tête chez des souris, qui avaient suscité beaucoup de critiques. Ren et Canavero ont alors rappelé que la médecine a progressé par bonds. Selon eux des idées d’abord « rejetées ou ridiculisées ont été finalement largement adoptées grâce au courage de chercheurs et de cliniciens qui ont soutenu leurs idées souvent face aux critiques cinglantes de leurs collègues »2. Ils prennent pour exemple Semmelweiss, le père de l’antisepsie, Pasteur le découvreur des microbes et Mendel, le père de la génétique. « Le dernier de la liste est HEAVEN. »3

Les critiques portent sur le fait que les expériences sur les animaux ont donné des résultats mitigés. Les souris n’ont pas survécu longtemps4. Les singes sont restés paralysés (White R.J., 1971 ; Ren X., 2016)5. La transplantation sur des cadavres n’est pas probante, car les conditions de l’opération sont plus simples : pas d’hémorragie, pas de risques.

Pourtant, selon Canavero, son projet serait la solution pour les personnes atteintes de paralysie, de certaines maladies dégénératives mortelles, de cancers avec métastases pour lesquels la médecine est jusqu’ici impuissante.

Mais des problèmes éthiques surgissent. Peut-on risquer un rejet, irrémédiable dans ce cas, des douleurs intenses, des problèmes psychologiques graves de personnalité ? Peut-on se permettre de dissocier l’esprit du corps ? La nouvelle personne est une chimère dont les éventuels descendants seraient génétiquement différents. De plus il ne serait pas surprenant que de richissimes patients cherchent par ce biais à se procurer un corps plus beau.

En 2016, un Russe, Valéry Spiridinov, souffrant d’une maladie dégénérative incurable, s’est porté volontaire pour une telle expérimentation. Canavero estime que l’opération aurait 90 % de chances de réussir, nécessiterait 80 chirurgiens et coûterait 10 millions de dollars. Il faut bien du courage pour se lancer dans une aventure aussi effrayante !

Notes

1. Ren X., Li M., Zhao X., Liu Z., Ren S., Zhang Y., et al, 2017, First cephalosomatic anastomosis in human model, Surgical Neurology International, 8:276. Disponible sur : www.surgicalneurologyint.com, doi : 10.4103/sni_415_17
2. Ren X., Canavero S. Human head transplantation. Where do we stand and a call to arms. Surgical Neurology International 28 Janv. 2016, 7:11. 
Disponible sur : http:// surgicalneurologyint.com/surgicalint-articles/human-head-transplantation-where-dowe-stand-and-a-call-to-arms/
3. Idem.
4. Voir https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-greffe-tete-humaineils-ont-fait-cadavres-47459/
5. Idem.

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