Dieu risque la création – Deuxième partie

Par Gérard FRATIANNI
pasteur à la retraite, église d’Anduze

Dans la première partie de son article, l’auteur nous a montré que Dieu a pris un certain nombre de risques. Dieu s’est exposé dès l’origine, il s’est exposé à son incarnation, il s’expose de nombreuses fois dans le plan du salut… par amour pour l’homme, par amour pour ses créatures. Quelle confiance Dieu nous accorde !

4. Risquer la Parole

Dieu recrute pour sa mission, des hommes pas très cultivés, parfois présomptueux et arrogants, qui peuvent se retourner contre lui et l’abandonner : Élie, Judas, Pierre, vous et moi, l’avons fait plus d’une fois. Dieu fait un gros investissement sur ses serviteurs. Il crut en Abraham, le menteur, Moise le bègue, Jacob, le trompeur, à Isaac qui peina à surmonter le choc de son sacrifice non abouti, Élie, le dépressif, David, l’homme de sang, Pierre l’impulsif et lâche ; Saul, le persécuteur, etc.

La trinité risque sa réputation. C’est bouleversant ! Dieu croit en nous plus que nous ne croyons en lui. Le message qu’ils prêchent est parfait, mais, eux, les messagers sont loin de l’être. Il joue la carte de la confiance, avec le risque que ses envoyés déforment sa Parole et son caractère. ‘Seigneur, pourquoi n’as-tu pas envoyé, à leur place, des séraphins, des chérubins ? Ils auraient fait un travail impeccable ! Pierre, après son triple reniement, en larmes, se souvient amèrement de ses bravades. « Je suis prêt à aller avec toi, en prison et à la mort ! » Par son regard, Jésus lui fait comprendre, qu’il continue de croire en lui : « Pierre, j’ai prié pour toi », j’ai confiance en toi, relève-toi et « pais mes brebis1. » Alors que le fils prodigue, sur son chemin de retour, doutant de lui-même et n’espérant obtenir qu’une place de mercenaire dans la maison qu’il avait quittée, son père continue de croire en son fils, parce que l’amour « espère tout et croit tout2. »

Tant qu’il y quelqu’un qui croit en nous, nous nous relèverons. C’est une tragédie quand il n’y a plus personne qui nous fait confiance. Où puiserai-je ma force pour me relever après une chute ?

Dieu a foi en nous. Dieu a misé sur nous, à travers son Fils bien aimé. Mais le risque est quand même là. Car il m’appelle et je peux lui résister. « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos coeurs3. » Mais tous ceux qui quittent la foi, ne reviennent pas tous ! Salomon, Jonas, Pierre, l’enfant prodigue, sont revenus, mais Balaam, Saül, Démas, le jeune homme riche, etc., ont-ils fait le chemin de retour ? 5.

5. Risquer la miséricorde et le don de soi

Et ce n’est pas le moindre ! Qu’on abuse de sa grâce et de son pardon. N’est-il pas écrit « que notre Dieu ne se lasse pas de pardonner4. » ?

« Combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? Jésus lui répondit : je ne te dis pas jusqu’à sept fois sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois5 ». C’est de la folie ! Mais c’est Jésus qui le dit !

Le risque que le sacrifice de Jésus ne rapporte pas gros et que sa mort n’obtienne l’adhésion du plus grand nombre. Le résultat n’est pas garanti et Jésus le pressent : « Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. » Dans la voie large, beaucoup y transitent, tandis que par la porte étroite, peu y entrent. « Ne crains pas petit troupeau…. »

Jésus guérit dix lépreux, un seul revient le remercier. La réaction face à sa prédication est significative : « Dès ce moment, plusieurs disciples se retirèrent et ils n’allaient plus avec Jésus ». Après avoir envoyé bien des prophètes pour parler au cœur de son peuple, Dieu dit : « J’enverrai mon fils, peut-être auront-il du respect6. » Parlons-en du respect que les hommes lui ont réservé !

Dans la parabole du semeur, la semence tombe dans quatre endroits différents et ne rapporte qu’un quart de l’investissement ! La Parole est respectueuse, elle ne force pas la terre à produire. D’une part, la parabole illustre la générosité du semeur, de l’autre, elle décrit la fermeture du sol. Toute la Bible soutient que le rapport entre Dieu et l’homme est un rapport difficile et à risque : que l’enfant claque la porte de la maison, que la brebis s’égare, que la piécette soit ensevelie et que la vigne ne produise pas le fruit espéré. Dans Ésaïe, la complainte du propriétaire de la vigne le confirme : « Il espéra que la vigne produirait de bons raisins, mais elle en produit de mauvais.

Maintenant donc, habitants de Jérusalem et homme de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne, qu’y avait-il encore à faire à ma vigne ! Que n’ai-je pas fait pour elle ? Pourquoi, quand j’ai espéré qu’elle produirait de bons raisins, en a-t-elle produit de mauvais7 ? » Il est vrai que la comptabilité de l’amour n’est pas la même. L’amour ne s’assure pas d’abord le succès, avant d’agir. En affaires, on fait d’abord une étude de marketing, avant de faire un gros investissement pour ne pas risquer la faillite. On s’attend à ce que les résultats correspondent ou dépassent l’investissement. Une belle pensée d’Ellen White nous réchauffe le cœur : « S’il n’y avait eu sur la terre qu’une seule âme à sauver, Jésus serait mort pour elle8.» Après tout cela, dirais-je comme les ennemis de Paul : « Péchons, pour que la grâce abonde ? ». Loin de là, Père, je ne veux plus abuser de ta miséricorde. Je désire honorer ta confiance et me montrer reconnaissant envers ta grâce qui a coûté cher.

6. Risquer le langage anthropomorphique

« Le Seigneur s’est mis à notre portée comme des parents qui imitent le balbutiement de leurs enfants pour communiquer avec eux9. » Si Dieu avait utilisé le langage du ciel pour nous parler, personne n’aurait compris. Paul, transporté dans une autre dimension, n’a pas trouvé les paroles pour nous la décrire. Dieu a utilisé le langage anthropomorphique. Le mot vient du grec anthropos = homme, et morphé = forme. Voici quelques exemples de ce langage « humain » : Dieu se met en colère, la fureur monte dans ses narines, il est pris de jalousie, se repent, oublie, regrette, se repose, se venge, etc.. Il se met à notre niveau.

« De nombreux textes lui prêtent un corps : il étend sa main pour nous sauver, ouvre sa bouche pour nous parler, tend son oreille pour nous écouter. Il chevauche dans les deux, descend sur la terre, et même rit et siffle10 ».

7. Risquer le langage imagé

Symboles, paraboles, hyperboles, métaphores foisonnent dans la Bible : L’arbre de la vie et du bien et du mal, les sacrifices, l’arche de l’alliance, le temple, le sabbat, la circoncision, le serpent d’airain, les prophéties, les miracles, les signes des temps, la Sainte-Cène, le baptême et la croix elle-même, etc.., langage riche, certes, mais, pas toujours très évident ! Nous sommes condamnés à interpréter ces différents langages, signes et prodiges, en quête de sens. Notre interprétation doit être toujours en accord avec l’ensemble des Écritures. « Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes11. » Jésus a couru le risque d’être incompris, rejeté et…finalement crucifié ! Par amour.

8. Risquer le partage des attributs divins

Dieu n’est pas jaloux de ses qualités, il les partage. Il commence par nous créer « à son image et sa ressemblance12 » et nous transmet un peu de son caractère. Dieu est créateur, il nous confie la capacité de procréer13 et l’extraordinaire talent de la créativité ; il est amour, et nous invite à nous aimer les uns les autres14 ; il est miséricorde, il nous exhorte à faire miséricorde15 ; Dieu est saint, il partage sa sainteté : « soyez saints comme votre Père est saint16. » il est lumière et fait de nous « la lumière du monde17 » ; Dieu est Esprit et il déverse sur nous son Esprit-Saint18 il est grâce et pardon, il nous encourage à faire grâce19 ; Dieu est joie et à travers son Fils, il nous dit : « Que votre joie soit parfaite20 » ; Dieu est humble, accueillant, compatissant, consolateur, généreux et possède bien d’autres qualités. Il partage tout cela avec ses créatures. Le serpent avait donc tort d’insinuer à Adam et Éve que Dieu était jaloux de ses prérogatives, qu’il fallait « regarder comme un proie à arracher d’être égal à Dieu. » Ils y crurent à leurs dépens et aux nôtres. Jésus y refusa catégoriquement21.

Conclusion

Le risque a commencé à la création. Il a augmenté de volume à Bethléem et à Golgotha. Depuis, Dieu a perdu bien des batailles, mais la guerre contre le mal est acquise : « Prenez courage, j’ai vaincu le monde22 ». Et ce combat, il n’a pas voulu le mener en se servant de son omnipotence, mais au travers de son amour tout-puissant, sa miséricorde insondable et sa justice.

Est-ce que Dieu savait que l’homme utiliserait mal sa liberté qui permet le risque ? Très certainement. Jésus aurait-il pu rompre l’alliance ? En d’autres termes, aurait-il pu pécher ? Question grave, indiscrète, dont la réponse est lourde de conséquences !

Si Jésus était inattaquable dans ce domaine, s’il avait récité un simple scénario pour épater la galerie, pourquoi Satan ne le lui a jamais reproché ? S’il existe quelqu’un qui pouvait le savoir, c’était bien le diable. Quel coup de théâtre, quel argument de poids en sa faveur de surprendre Jésus en train de réciter une comédie ? S’en serait-il privé par respect de Jésus ? Allons donc ! « Jésus de Nazareth, mais voyons, à quoi tu joues ? Tu triches ! N’es-tu pas invulnérable comme Achille l’Achéen ! À quoi bon m’acharner à vouloir te séparer de ton Dieu ? » (Le péché est séparation, rupture d’alliance). Le diable garde le silence et l’argument du silence joue plutôt en faveur de la thèse que Jésus ne jouait pas un scénario, que son agonie et ses grumeaux de sang au Gethsémani, n’étaient pas du cinéma. Je pense aussi que Dieu, dans cette « tragédie des siècles » n’est pas resté au-dessus de la mêlée, intouchable, inoxydable. Dieu aussi a vécu son Golgotha. L’histoire humaine a produit un bouleversement au sein même de la trinité. La résurrection n’a pas effacé le drame de la croix, comme si rien ne s’était passé. Pâques a laissé des traces indélébiles dans ses mains, ses pieds et son côté, traces qu’il portera, semble-t- il, pendant toute l’éternité. « Dans le royaume de gloire, Jésus présentera les stigmates de ses mains qui lui furent faits à la crucifixion. Ces marques de cruauté, il les aura toujours. Chaque trace des clous dira l’histoire de la merveilleuse rédemption de l’homme, et du prix élevé qu’elle a coûté23. »

Ce plan de récupération de la brebis perdue a coûté cher à Dieu. Oui, je pense que « Dieu savait ce qui arriverait si les hommes usaient à tort de leur volonté ; il estimait cependant que ça valait le risque24. » J’aime cette pensée de Bernard Bro, en tête d’article : « Le prince fut assez adroit pour faire de l’égratignure (causée par le risque/péché), la tige même de la rose… de telle sorte que la pierre précieuse apparut, après, infiniment plus belle qu’elle ne l’était auparavant25. » Et tout cela, rapporte Jérémie, « parce que tu as du prix à mes yeux, parce que tu es honoré que je t’aime26. »

Notes
1. Luc 22. 31, 32 ; Jean 21. 15-18.
2. 1 Corinthiens 13. 7, 8.
3. Hébreux 3. 7, 8.
4. Ésaïe 55. 7.
5. Matthieu 18. 21,22.
6. Matthieu 22. 14 ; Matthieu 7. 13, 14 ; Luc 12. 32 ; Luc 17. 11 ; Jean 6.66 ; Luc 20. 13.
7. Ésaïe 5. 2-4.
8. Ellen White, Les Paraboles de Jésus, Éditions Signes des temps, Dammarie-Les-Lys, 1953, p. 184 ; voir aussi : Christ’s Object Lessons, p.187.
9. Jules-Marcel Nicole. Servir en l’attendant, n°4. Juillet-Août 2004, Site www.caef.net des C.A.E.F., Communautés et Assemblées Évangéliques
de France.
10. Geoff Cawston, Servir en l’attendant, n°4. Juillet-Août 2004, Site www.caef.net des C.A.E.F., Communautés et Assemblées Evangéliques de France. Paul Tourner : « Prenons soin de ne pas dépouiller Dieu de son humanité sous prétexte de nous affranchir d’un anthropomorphisme naïf. Nous n’aurions plus qu’un Dieu glacial, planant, immuable, dans l’éternité, étranger à la vie, étranger à l’histoire, étranger à notre propre vie, un Dieu de philosophes et non le Dieu vivant de la Bible. Un Dieu sans passions, ce serait, si j’ose dire, un Dieu sans âme, un Dieu mort, plus mort encore que celui de Nietzsche ». Vraie ou fausse culpabilité, Delachaux & Niestlé, Neuchâtel, 1958, p.156.
11. 1 Corinthiens 14. 32.
12. Genèse 1. 27.
13. Genèse 1. 28.
14. Jean 15. 12, 17.
15. Luc 6. 36.
16. Matthieu 6. 48.
17. Matthieu 5. 14.
18. Jean 20. 22, 23.
19. Matthieu 6. 14,15.
20. Jean 15. 11.
21. Genèse 3. 1-7 ; Matthieu 4. 1-11 ; Philippiens 2. 5-8.
22. Jean 16. 33.
23. Ellen White, http://www.troisanges.com/Audio/Premiers_Ecrits/HTM/PremiersEcrits39.html ; voir aussi : The desire of ages, p. 674
24. http://www.scienceetfoi.com/pourquoi-dieu-a-t-il-cree-lhomme-tout-en-sachant-quil-allait-commettre-le-peche/
25. Bernard Bro, Peut-on éviter Jésus-Christ ?, collection Essai, Paris, Fallois, Éditions Saint-Augustin, 1995, Paris, p. 190-192. Voir aussi :
https://books.google.fr/books?isbn=2877062473.
26. Ésaïe 43. 4.


REVUE ADVENTISTE MARS 2018

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