50 ans après : Martin Luther King

Yvon BILISKO

Pasteur honoraire dans les Alpes-de-Haute-Provence,
enseignant en Histoire des Religions à l’UTL (Université du temps libre)

Bayard Editions

Voilà cinquante ans que Martin Luther King était assassiné, le 4 avril 1968, à Memphis dans le Tennessee aux États-Unis. Combattant pour les droits civiques des Noirs américains, le pasteur baptiste y était venu soutenir l’action des éboueurs noirs en grève, qui demandaient la reconnaissance de leur syndicat et une augmentation de leurs salaires. La veille de son assassinat, il avait prononcé un discours aux accents prémonitoires : « Ce qui va m’arriver maintenant, n’importe guère, car je suis allé jusqu’au sommet de la montagne et j’ai vu la terre promise… » ! Ces paroles exprimaient l’intime conviction d’avoir conduit le peuple noir américain, aux portes de la Liberté. L’engagement de ce jeune pasteur noir était devenu inévitable, dans l’Amériques des années cinquante1…

Depuis sa prime enfance, dans le Sud des États-Unis, il était confronté au douloureux problème de l’inégalité raciale. Après l’abolition de l’esclavage, trois forces ont dominé la vie des noirs : la discrimination raciale, la domination politique et l’exploitation économique d’une partie de plus en plus grande de la population ! Très tôt, le problème racial a été abordé dans la famille King : les parents du jeune homme lui avaient inculqué des valeurs de respect et de tolérance ! Mais, paradoxalement, le système ségrégationniste l’abaissait et l’offensait, chaque jour un peu plus, et lui faisait comprendre qu’il n’était qu’un « sale nègre » !

Partout, les Noirs pouvaient lire, sur des affiches : « aux Blancs seulement », devant les écoles, les cinémas, les restaurants, etc.

Comment comprendre que, dans une grande démocratie, il puisse subsister une telle discrimination ? Martin Luther King avouera plus tard que la ségrégation lui paraissait inexplicable rationnellement et injustifiable moralement : de plus, il ne pouvait pas admettre d’avoir à s’asseoir, à l’arrière d’un bus ou dans une section séparée à bord d’un train ! C’est dans ce contexte sociopolitique difficile, que grandit Martin Luther King : son père était pasteur d’une église baptiste. C’est pourquoi l’univers du petit garçon s’était-il trouvé défini par l’Église.

Et lui régnaient l’ordre et l’équilibre ! Il désirait devenir avocat ou médecin, mais c’est vers des études de théologie qu’il s’orienta finalement. Sa formation théologique a beaucoup contribué à façonner sa personnalité : après ses études à la faculté de Boston, il est nommé pasteur dans une église noire baptiste, en Alabama… Il y a vu là une force respectable pour la défense des idées et même pour la contestation sociale : selon lui, il est nécessaire que l’Église se préoccupe des conditions sociales qui paralysent l’individu, et qu’elle ne se contente pas seulement de prêcher le Royaume de Dieu : si elle veut être crédible, elle ne doit pas accepter le « statu quo » racial ou social !

C’est pourquoi, il s’engage dans des organisations noires. Un évènement va propulser le jeune pasteur sur la scène nationale et internationale. En 1955, une couturière noire, Mme Rosa Parks, épuisée, refuse de céder sa place, dans un autobus à un jeune Blanc, elle est arrêtée et cet incident va se répandre comme une traînée de poudre, dans la communauté noire d’Alabama… C’est le début du Mouvement en faveur des Droits civiques des Noirs, dont le pasteur King deviendra le symbole ! Il fait une expérience spirituelle, au cours de laquelle il entend la voix de Dieu l’encourager à se dresser et à lutter pour défendre la justice.

Une bombe explose dans sa maison, le 30 janvier 1956, il accueille cette nouvelle avec un calme surprenant… Il a proposé la méthode de lutte non-violente, qu’il a découverte chez Gandhi et qui a été tirée du Sermon sur la montagne. Après une victoire inattendue : des juges de Montgomery déclarèrent anticonstitutionnelles les lois de l’Alabama sur la ségrégation. Le pasteur King déclara alors : « C’est une victoire retentissante, non contre les Blancs, mais une victoire de la justice et de la démocratie ! »

C’est bien Jésus de Nazareth, qui a incité les Noirs à utiliser l’arme novatrice de l’amour pour mener à bien leur mouvement de contestation : la violence appelle la violence. Il s’agit, pour Martin Luther King, de montrer que l’amour est plus fort que la haine et peut seul briser la spirale de la violence… Le succès de cette première mobilisation de masse permet au jeune pasteur et à son équipe d’élargir le mouvement, dans le Sud des États-Unis. En 1957, il fonde une organisation, avec pour but de coordonner les différents groupes de contestation, au Sud des États-Unis. Mais l’opposition des ségrégationnistes est extrêmement virulente à l’égard de la population noire… Le monde entier découvre alors le visage d’une Amérique violente, raciste, ségrégationniste !

Pourtant l’heure de gloire de King sonne en 1963, après la célèbre marche sur Washington, au cours de laquelle il prononce son plus célèbre discours. Le discours donne encore des frissons. Le 28 août 1963, devant le Lincoln Memorial, à Washington, Martin Luther King s’adresse à une impressionnante foule. Son discours de seize minutes – point culminant de la marche vers Washington pour le travail et la liberté – électrise des centaines de milliers d’anonymes venus de tous les États-Unis.

« Je fais un rêve ! (I have a dream). Bien que devant affronter les difficultés d′aujourd′hui et de demain, je fais tout de même un rêve : c′est un rêve, qui est profondément enraciné dans le rêve américain. Je fais le rêve qu′un jour cette nation se dressera, pour faire honneur à la vraie signification de son credo.
Nous tenons ces vérités pour évidentes, que tous les hommes sont créés égaux. Je fais le rêve qu′un jour, sur les collines rouges de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d′esclaves pourront s′asseoir ensemble, à la table de la fraternité. Je fais un rêve qu′un jour, même l′État du Mississipi, État qui étouffe dans la fournaise de l′injustice, qui étouffe dans la fournaise de l′oppression, sera transformé en une oasis de liberté et de justice. Je fais le rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour, dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais à la mesure de leur caractère… Je fais un rêve !
Je rêve qu′un jour, au fond de l′Alabama, avec ses racistes pleins de haine, avec son gouverneur, dont les lèvres distillent les mots « opposition » et « nullification » – un jour, même-là, en Alabama, les petits garçons noirs et les petites filles noires pourront mettre leur main, dans celle des petits garçons blancs et des petites filles blanches, comme des frères et sœurs. […] Alors, « la glorieuse présence du Seigneur sera dévoilée, et tout le monde la verra » […]Avec cette foi, nous pourrons travailler ensemble, prier ensemble, lutter ensemble, aller en prison ensemble, défendre ensemble la cause de la liberté, sachant, qu’un jour, nous serons libres ! […]
Et quand cela arrivera, quand nous laisserons retentir la liberté, quand nous la ferons retentir dans chaque village et chaque hameau, dans chaque État et chaque ville, nous pourrons hâter le jour où tous les enfants de Dieu, noirs et blancs, juifs et non juifs, protestants et catholiques, pourront chanter, en se tenant la main, les paroles de ce vieux negro spiritual : Enfin libres ! Enfin libres ! Grâce au Dieu tout-puissant, nous sommes libres enfin ! »2

Ce discours ne met pas fin au racisme ni à la pauvreté. […]Mais il transforme une manifestation en évènement historique, par le rappel des idéaux de justice et d’égalité, par la demande que la couleur de peau ne soit pas un handicap ou un malheur aux États-Unis3 ». Ici, donc, on ne se résigne pas à la « vallée des larmes » : on regarde en avant, à l’appel de Dieu !

Aujourd’hui, Martin Luther King reste, pour un grand nombre, un homme, dont l’inspiration et la foi l’inscrivent dans le patrimoine de l’Humanité : pour les chrétiens, il fait partie de cette « nuée de témoins », dont nous parle le second Testament4. Sa voix s’adresse encore, aujourd’hui, à chacun d’entre nous et nous interpelle au plus profond de nous-mêmes…


REVUE ADVENTISTE AVRIL 2018

La Revue adventiste s’adresse avant tout au lectorat adventiste francophone européen. Elle peut également être lue par un public non adventiste. Elle existe depuis 1896.

 

LA NON-VIOLENCE DE DIEU ET DES HOMMES

Apprenez à distinguer entre ce que Dieu veut et ce qu’Il permet. De George Stéveny.

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