Les débuts de l′adventisme en France 1877 – 1923

Par Philippe AUROUZE
Pasteur, trésorier de la Fédération du Sud de la France

 

La soirée du jeudi 25 mai, au Palais des Congrès de Vittel, fut consacrée aux 100 ans d′adventisme en France. Différents intervenants ont développé leurs regards sur ce sujet. Une exposition dans le hall permettait aux délégués de découvrir, à travers des photos, l’histoire de ce centenaire. Pourtant, l’Église adventiste de France remonte bien avant la date de ce centenaire. Philippe Aurouze, de la Fédération du Sud, administrateur invité à cette assemblée, nous propose une analyse historique.

L’année 2017 invite à faire mémoire1. En cette période du 500e anniversaire de la Réforme protestante, l’Église adventiste se rappelle son ancrage historique.

Le 31 octobre 1517, le moine Martin Luther placarde ses 95 thèses sur la porte de l’Église de Wittenberg (Allemagne). Le protestantisme est né avec toutes les communautés qui le composent dont, bien des années plus tard, l’Église adventiste du septième jour. Le film Tell the world2 retrace d’ailleurs formidablement bien l’émergence de ce mouvement qui s’officialise en 1863.

Des États-Unis, l’adventisme s’exporte en Europe. D’abord en Suisse puis en France. D’où le deuxième temps de mémoire pour le 140e anniversaire de la naissance de l’Église adventiste en France par les premiers baptêmes sur le sol français et la constitution de la première Église adventiste en 1877 à Valence (Drôme). C’est le prédicateur canadien Daniel Bourdeau, qui, après avoir rejoint John Andrews à Bâle, décide d’évangéliser le Sud de la France. Il se rend à Valence en 1876 pour annoncer la bonne nouvelle du prochain retour de Jésus et celle du sabbat. Dix sept personnes s’engagent par le baptême en septembre 1877. Depuis lors, des croyants adventistes se réunissent toujours à Valence d’où plusieurs pasteurs sortiront. Après un passage par Paris puis à la session de la Conférence générale de 1878 à Battle Creek (MichiganÉtats- Unis), Daniel Bourdeau revient dans le Sud de la France, poursuivant son action d’évangélisation à Branges (Saône et Loire) où il baptise 15 personnes en 1884 puis à Bastia (Corse) où ce sont 11 personnes qui deviennent adventistes.

À Nîmes, il installe la première tente évangélique en 1886 et sera rejoint par Ellen White. Elle y prêche du 13 au 30 octobre. D’ailleurs, c’est pour elle un véritable choc culturel de découvrir une absence de religiosité, comme elle l’écrit à sa soeur Mary3, nécessitant une adaptation contextuelle. La France, avec son histoire, diffère du monde anglo-saxon. Ses conseils aux ouvriers travaillant dans ce contexte restent encore aujourd’hui pertinents4. Après le baptême de 14 personnes en 1887, une église est constituée en cette ville qui jouera, avec le Gard, un rôle important dans la genèse de l’adventisme en France. En 1909, ce département compte d’ailleurs 20 % des adventistes de France avec 53 membres !

 

De Bâle, Jean Vuilleumier expédie en France des numéros de la nouvelle revue Signes des Temps. L’un d’eux arrive entre les mains de Louis Carayon qui, après lecture, demande la collection entière. Conquis par ce qu’il découvre, il part de Lacaze (Tarn) pour se rendre, en partie à pieds, à Bâle où en 18855 il se fait baptiser. Rentrant dans le Tarn, il témoigne et constitue une église.

Le troisième temps de mémoire concerne la création, il y a 110 ans, de la Conférence française des adventistes du septième jour en 1907 à Beauvoisin (Gard), issue de la transformation du champ français jusqu’alors mission. Les 26 délégués nomment le pasteur H. Dexter comme premier président. L’Église de France existe de manière autonome, tout en étant rattachée à l’Union latine (créée en 1902).

Un peu d’humour administratif de nos pionniers se doit d’être partagé. Lors de la deuxième session de la Conférence française, du 23 au 29 août 1909 à Vergèze (Gard), le président de l’Union Latine, Léon-Paul Tièche, propose d’organiser l’assemblée administrative pour la session présente. Mais il constate avec surprise que les membres d’église venus au camp-meeting n’ont pas reçu de lettre de délégués ; il fait remarquer que l’on devra éviter cet état de choses à l’avenir. Pour cette fois-ci seulement, il est décidé de désigner d’office les délégués parmi les présents ! Ving trois délégués sont nommés, dont 13 femmes, représentants 10 églises. Il est ensuite décidé d’omettre la lecture du rapport de l’assemblée de l’année précédente car les rapports étant publiés, ils préfèrent se focaliser sur l’avenir6.

Après une séparation, en 1908, en deux entités (le champ missionnaire du Nord de la France avec environ 50 membres et la Conférence française du Midi avec 250 membres), c’est en 1917 qu’une seule structure administrative gère l’ensemble du territoire métropolitain : la Conférence des Églises adventistes du septième jour de France7. Déclarée en Préfecture à Paris, c’est le quatrième temps de mémoire : un centenaire !

En 1919, suite au rattachement de l’Alsace- Moselle au territoire national, l’Église de France intègre 8 communautés supplémentaires regroupant 200 membres. Il est décidé de revenir à deux Conférences (Fédérations), l’une au Nord et l’autre au Sud.

Afin de poursuivre au mieux la mission d’annonce de la bonne nouvelle, deux institutions sont implantées en France. Le Séminaire adventiste du Salève ouvre ses portes aux étudiants en théologie en 1921 sur la commune de Collonges-sous-Salève (Haute Savoie). Ainsi les futurs pasteurs peuvent recevoir une formation de qualité pour mieux servir l’Église et la société. Les publications, tout comme le témoignage personnel, étant au coeur de l’évangélisation, en 1922 l’imprimerie située à Gland (Suisse) est transférée à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne).

Ainsi, avec ses institutions, toujours actives, et ses Fédérations (Conférences), l’Église adventiste de France métropolitaine peut se développer en accomplissant sa mission. Fin 2016, elle compte 14 672 membres et presque autant de jeunes et de sympathisants.

Comme le disait Anatole France, « ce n’est qu’avec le passé qu’on fait l’avenir ». Faire mémoire, s’enraciner dans l’histoire permet de puiser les ressources nécessaires à un développement harmonieux. Pour les prochaines décennies, l’Église continuera d’annoncer l’espérance du prochain retour de Jésus, en toute sérénité car « nous n’avons rien à craindre de l’avenir, si ce n’est d’oublier la manière dont le Seigneur nous a conduits, et l’enseignement qu’il nous a donné dans le passé.8 »

Notes 

1. « Se souvenir du passé est une caractéristique bien adventiste puisqu’un des éléments de notre identité c’est de nous souvenir du jour du repos de Dieu, du sabbat. Plus de 260 fois la Bible fait mention de l’action de faire mémoire. » Richard Lehmann, Éloge de la mémoire, présentation à l’Assemblée générale de la Fédération France-Nord le 24 mai 2017, à Vittel. 

2. https://telltheworld.adventist.org/fr 

3. « Le lieu du marché est ici un grand bâtiment où tous les produits sont apportés en charrette, ou sur la tête, ou dans des paniers, et où les modes de vente sont très divers. Rien ne correspond à l’atmosphère du dimanche. La marchandise est exposée sur des centaines d’étalages. C’est une vraie Babel de confusion, hommes et femmes criant pour vendre leurs articles, et de nombreux clients faisant leurs achats comme ils le feraient n’importe quel autre jour de la semaine. Ces pays où le catholicisme prévaut sont au plus bas niveau de la moralité et pleins d’ignorance. Le dimanche est pour eux un jour de fête et de divertissement. Les gens vont à l’église pendant une heure et puis leur observance religieuse de la journée est terminée. Les magasins sont ouverts partout à Nîmes comme les autres jours auxquels aucun caractère sacré n’est attaché. » Ellen G. White, Letter 108, 17MR75-82. 

4. Ellen G. White, Lettre aux frères engagés dans l’évangélisation, Revue adventiste, mars 2016. 

5. Les sources historiques divergent sur la date du baptême : septembre 1885 ou mars 1887. 

6. D’après les rapports publiés dans Le Messager, octobre 1909. 

7. À noter l’organisation des Sociétés d’Activités de la Jeunesse en 1913 qui deviendront les Missionnaires Volontaires puis la Jeunesse adventiste ( JA). 

8. Ellen White, Témoignages, vol. 6, p. 10.

Source : Revue adventiste | Juillet - Août 2017

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