L′Église des élus à Babylone

Par Jean-Paul Barquon

Rédacteur en chef de la Revue adventiste, secrétaire général de l′Union des Fédérations adventistes

La première lettre de Pierre, l’apôtre, se termine par des salutations. Quoi de plus naturel que de se saluer ?

Mais en regardant de plus près la fin de son manuscrit, les salutations transmises par l’apôtre viennent de Silvain, de Marc, mais aussi de « L’Église des élus qui est à Babylone » (1 Pierre 5.13). Surprenant. Il est légitime de s’interroger à la lecture de ces salutations. Comment estil possible que les élus ne soient pas sortis de cette ville ?

Le peuple d’Israël a pu sortir d’Égypte après de nombreuses années d’esclavage et dans ce passage, les élus n’ont-ils même pas pu se séparer de Babylone ? Le lecteur familiarisé avec les Écritures connaît bien l’injonction de Dieu :

« Sortez de Babylone, mon peuple » (Apocalypse 18.4).

Seulement, cet appel de l’Apocalypse concerne la période de la fin des temps et cette invitation ne nous incite pas à déserter une humanité non croyante ou du moins hostile à la croyance, pour vivre en autarcie, repliés sur nous-mêmes Voici quelques années, en 2004, Night Shyamalan a produit un film inscrit dans une optique fantastique. Il s’agit d’une communauté isolée et autosuffisante, éloignée des villes et de la civilisation dont elle ignore même l’existence. Pour la maintenir isolée, le leader entretient l’idée qu’il ne faut pas traverser le bois entourant le village et que des créatures dangereuses y vivent. Cette force maléfique est si menaçante que personne n’ose s’aventurer et pénétrer dans le bois pour accéder à une autre région. La communauté utopiste du village avec la mise en place de ses règles et de ses peurs peut nous faire penser à la fois à la société Amish et à l’allégorie de la caverne de Platon.

Il est vrai qu’Ellen White, lors de son séjour en France à Nîmes, marquée par l’histoire des camisards, a insisté également de son côté sur l’attrait de vivre à la campagne. Elle mentionne une variété de bienfaits de la ruralité et de l’écologie1. Quoi qu’il en soit, il est encore bienfaisant de résider loin des villes mais avec des motivations plus nobles que celle de la peur ou de la fuite, de la contamination morale ou du rejet de la société de consommation, de l’attente d’une guerre ou d’un fléau de l’Apocalypse2. S’écarter de Babylone, c’est avant tout ne pas entretenir une confusion sur le plan moral, spirituel ou autre.

Aujourd’hui, ce sujet est vaste et dans notre imaginaire, les amalgames ne cessent de se répandre. L’éducation et la culture peuvent aisément nous aider à accéder à une diversité de connaissances en évitant des malentendus à propos de l’histoire, de la religion, de la politique, de l’économie et de l’écologie…

Les anomalies du pouvoir politique où le populisme, la revanche sur le capital, le rejet du mondialisme, la hantise du terrorisme peuvent susciter des dictatures et des atteintes aux droits les plus élémentaires de l’homme. Nous n’insisterons jamais assez sur cet aspect parce que les extrêmes s’expriment à travers le négationnisme, l’antisémitisme et le racisme. Des plaies encore vivaces au sein de nos démocraties.

Dans le domaine religieux, il est si facile de dénigrer ceux qui nous sont différents, hostiles ou indifférents. L’analyse des religions comparées est nécessaire pour comprendre les croyances et les comportements multiples. Ce n’est pas faire oeuvre de syncrétisme que de découvrir les autres sans les juger. Il existe de belles âmes dans tous les milieux. Toutes n’ont pas vocation à nous rejoindre. Il faut l’accepter.

Dans le domaine de la sexualité, il est si facile, au nom de notre hétérosexualité, de mépriser les autres en oubliant l’approche chrétienne à l’exemple du Christ de l’Évangile.

Dans le domaine de la doctrine et des convictions religieuses, les croyants de nos sociétés n’ayant pas nos spécificités ont besoin d’une approche pédagogique (et non pas d’une approche insolente ou provocante) pour comprendre la tonalité de notre attachement à l’Écriture.

Dans le domaine de la prophétie, le plan de Dieu n’est pas de figer l’histoire mais d’amener les hommes à la découverte du plan du salut. Dieu s’adapte toujours aux hommes en restant fidèle à ses promesses alors que les croyants adaptent les promesses ou développent des fantaisies dans ce domaine. Elles sont nombreuses ces écoles de pensée où l’on dispense la vérité à profusion… sans se douter que la vérité est une personne, celle de Jésus-Christ.

Joseph fut en bénédiction au cœur de l’Égypte. Malgré les conditions difficiles et l’attraction maléfique qui l’entourait jusque dans la maison de Potiphar, le rédacteur de son histoire se plait à insister que « L’Éternel fut avec Joseph et la réussite l’accompagna » (Genèse 39. 2 ; 21, 23).

Daniel fut lui aussi en bénédiction au cœur de Babylone, fidèle et loyal à la cour du roi malgré les difficultés.

Fuir pour se protéger ou rester pour témoigner, telle est notre alternative. Notre plus grand défi en tant qu’adventiste du septième jour restera toujours la qualité de notre témoignage au sein de notre environnement. Sortir de la confusion mais rester dans la mission.

Notes

  1. Ellen G White, ch 7 « Vivre à la campagne » p. 75 à 85, in « Événements des derniers jours », Éditions Vie et Santé, 2004. Ce livre de compilations est à replacer dans son contexte pour éviter des positions radicales à l’encontre des citadins des villes de Cooranbong en Australie, de Huntsville en Alabama, de Berrien Springs, etc.
  2. Sur ce sujet, de nombreux reportages télévisés existent montrant l’accroissement des stages de survie aux États-Unis encadrés par différentes associations ou de la construction de bunkers pour se préserver d’une guerre atomique ou bactériologique. (NBC News report : vivos underground shelters for sale).

Source : Revue Adventiste – Mai 2017

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