• Au-delà de nos apparences

    Par Gérard FRATIANNI
    Bibliste, pasteur à la retraite

    Pour beaucoup, l’apparence compte dans nos relations sociales. Elle constitue la première source d’informations dont nous disposons sur une personne. Pourtant l’apparence est bien souvent superficielle et trompeuse. Les qualités morales, les compétences et la valeur d’une personne se révèlent souvent dans les difficultés de la vie. Elles émanent du cœur. Dieu regarde toujours au cœur.

    Le renard dit : « Va, retourne vers les roses : tu comprendras que la tienne est unique au monde. Quand tu reviendras me faire les adieux, je te dirai un secret. » Le Petit Prince s’en alla revoir les roses…Puis il revint vers le renard. Adieu, dit-il. Adieu, répondit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux 1 ».

    Nous sommes condamnés à ne voir que le secondaire. Merci, messire le renard de nous avoir rappelé que « l’essentiel est caché aux yeux » et « qu’on ne voit bien qu’avec le coeur ». Cela devrait nous pousser à plus d’humilité. Nous ne voyons que l’extérieur des choses et des gens. L’essentiel, notre au-delà à tous, est invisible. Le vrai moi, notre personne intime et profonde, reste caché. Ce sanctuaire, seul Dieu le connait bien, parce que lui seul « regarde avec le coeur. » Même Samuel le voyant, ne voyait que l’extérieur d’Éliab, la photo du fils Jessé. « L’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au coeur 2» Dieu regarde la radiographie de l’homme : « âme, esprit, sentiments et pensées, tout est nu et découvert à ses yeux 3 ». Il arrive parfois, que ce jardin secret s’ouvre à une personne de confiance, qui regarde « avec le coeur ». Il lui est donné, alors, de voir l’invisible chez l’autre. Et c’est cadeau.

    Un jour, un serviteur de Dieu visite un homme malade et très âgé à l’hôpital. Sa femme caresse le vieil homme et lui murmure des mots tendres : que tu es beau mon amour, que tu es beau ! J’étais gêné, raconte le témoin discret. Je me disais : comment peut-on être aveugle à ce point-là ? Je le trouvais laid, cet homme au visage ravagé par les sillons des rides, visage huilé de sueur où je ne sais quel mystérieux bombardement avait creusé des cratères rouges et noirs entres les poils mal rasés. Alors il s’est passé quelque chose d’extraordinaire. L’homme sous les caresses, a entrouvert les yeux. Sur son visage un sourire est apparu…Il a regardé longuement sa femme et le sourire a éclaté irradiant le visage. Alors j’ai vu. Moi aussi j’ai vu ce qu’elle voyait. Il était beau ! Elle avait raison. C’est elle qui avait raison !

    L’amour permet ce que les autres ne voient pas. Il permet de rencontrer l’homme au-delà de son visage de chair, là où il est, « lui » unique, là où seul ceux qui s’aiment peuvent pénétrer, admirer, s’extasier 4 ». L’amour voit l’au-delà, l’invisible, l’être en profondeur. L’amour va loin : il voit Dieu lui-même. Jean écrit : « Celui qui n’aime pas, n’a pas connu Dieu ». Paul affirme: « Nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ». La foi rend visible l’invisible. « Et Moïse quitta l’Égypte, sans être effrayé de la colère du roi ; car il se montra ferme, comme voyant celui qui est invisible 5». Nous avons tous un au-delà caché aux regards indiscrets. C’est le trésor enfoui dans la terre, qui constitue notre être véritable.

    Avez-vous remarqué que tout ce qui est essentiel, est bien caché et bien protégé ? Le cerveau, le cœur, les poumons, etc., sont bien abrités. Il n’existe pas de fleuve sans qu’il y ait une source cachée quelque part, ni d’arbres qui ne dissimulent leurs racines. Il n’existe pas un seul homme sans sa part d’invisibilité.

    « L′homme est toujours plus grand que de ce qu′il paraît ».
    François Ceyrar.

    Un jour, un animateur de radio, pose une question à un photographe de renom : « Pour vous, Monsieur, qu’elle est la chose la plus importante dans votre vie ? « La présence de Dieu », répondit l’artiste, sans aucune hésitation. « Ah ! ce photographe n’avait pas seulement des yeux pour faire de belles photos, il avait des yeux pour voir l’invisible, l’au-delà des choses 6. »

    Cet au-delà est constitué, de sentiments, d’émotions, de désirs, d’aspirations, de craintes, d’angoisses, de blessures, de foi et d’espérance. Le tout bien enfoui en profondeur. C’est au travers des luttes et des doutes, des humiliations et des encouragements, des paroles qui tuent et paroles qui font vivre, que nous avons « tricoté » cet être intérieur. « Tricoter » notre au-delà ! J’aime ce verbe. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Je l’emprunte à Boris Cyrulnik 7. Il en parle dans ses ouvrages.

    Nous nous construisons tant bien que mal, plus ou moins droit ou de travers. Nous tricotons cet être intime pendant des années ! Et un beau jour, nous rencontrons Dieu, il voit tout ce tricotage, pas toujours bien réussi, où bien des mailles s’échappent ! Quel gâchis parfois ! Ce chantier, Dieu l’assume et commence une oeuvre de raccommodage, de réparation, de restauration. Une remise en état de cette vie en miettes et pleine de bleus. C’est le début d’un nouveau tricotage, une oeuvre d’art du Seigneur. C’est le miracle.

    Si vous voulez-vous accompagner une personne en souffrance, il faut vous préparer à lire entre les lignes, son au-delà. Il vous faudra une balance spéciale pour peser ses soupirs, ses larmes, ses silences. Feu, le pasteur Ph. Zeissig, parlait de plusieurs sortes de balances. Les balances publiques qui pèsent des charges de camions, des milliers de tonnes. Des balances de pharmaciens, qui pèsent les grammes et des milligrammes. Ce n’est pas encore la bonne balance. Nous avons besoin de balances qui pèsent…[Lire la suite dans la Revue Adventiste de mai 2017]

    Notes

    1. Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince, ch. 8.
    2. 1 Samuel 16. 6, 7.
    3. Hébreux 4.12.
    4. Michel Quoist, À cœur ouvert, Les éditions ouvrières, Paris, 1981, p. 85.
    5. 1 Jean 4. 8 ; 2 Corinthiens 4. 18 ; Hébreux 11. 27.
    6. Prédication de Philippe Zeissig, Radio de Suisse Romande, 1970.
    7. Boris Cyrulnik, né le 26 juillet 1937 à Bordeaux, est un psychiatre et psychanalyste français.

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  • EDS – Vendredi 19 mai – Pour aller plus loin

    « Il semble logique de commencer par Messie puisque l’Église chrétienne tire son nom même de l’équivalent grec Christos, (l’Oint). En hébreu, le terme est lié à la figure de libérateur que les Juifs attendaient et qui serait l’agent de Dieu dans l’inauguration d’une nouvelle ère pour le peuple de Dieu. Les deux termes, grec et hébreu, viennent de racines qui signifient oindre. Manifestement, en l’appelant Christ, les écrivains du Nouveau Testament considéraient Jésus comme mis à part de manière spéciale pour une tâche particulière. Le titre Christos apparaît plus de cinq cents fois dans le Nouveau Testament. Chez les contemporains de Jésus, il n’y avait pas qu’une seule notion de la messianité, mais on sait qu’au premier siècle, les Juifs en étaient arrivés à voir le Messie comme quelqu’un ayant une relation spéciale avec Dieu. Il devait inaugurer la fin d’une ère, et établir le royaume de Dieu. C’est à travers lui que Dieu allait faire irruption dans l’histoire pour délivrer son peuple. Jésus acceptait le titre de Messie, mais il n’a pas encouragé son emploi.
    Car le terme avait aussi des connotations politiques qui rendaient son emploi délicat. Jésus n’en a pas tiré profit en public pour décrire sa mission, mais il n’a repris ni Pierre (Mt 16.16,17) ni la femme samaritaine (Jn 4.25,26) pour l’avoir appelé ainsi. Il savait qu’il était le Messie. On le voit chez Marc, quand Jésus parle de celui qui donnera une coupe d’eau à son disciple pour le simple fait de porter le nom de Christ (Marc 9.41). » Ellen G. White, The SDA Bible commentary, vol 12 p. 165.

    À méditer

    • Lisez Ésaïe 53.1-12. D’après ces textes, qu’est-ce que Jésus a fait pour nous ? Mettez par écrit les spécificités de ce qu’il a accompli pour nous.
      Comment peut-on voir clairement dans ces textes l’idée de Jésus comme notre substitut ? Pourquoi avons-nous besoin de lui comme Substitut ?
    • Tout au long de l’histoire, certaines personnes ont brandi la promesse biblique d’une vie après la mort pour continuer à opprimer des peuples : « Hé bien, c’est vrai, ta vie est difficile pour le moment, mais focalise-toi sur ce que Dieu a promis pour nous quand Jésus reviendra ». On a abusé de cette vérité enseignée par la Parole de Dieu, et beaucoup rejettent l’idée chrétienne d’une vie après la mort. Ils le voient simplement comme un stratagème de certains peuples pour en opprimer d’autres.
    • Comment répondre à cette accusation ? En classe, passez en revue votre réponse à la question de jeudi sur la divinité de Christ et ce que cela nous indique sur le caractère de Dieu. Pourquoi sa divinité, et ce qu’elle révèle sur Dieu, est-elle une si bonne nouvelle ?

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