• « Remets ton épée à sa place » L′objection de Jésus face à la violence

    Ni pacifiste passif, ni militant violent, Jésus modélise au travers de ses paroles
    et de ses actes une troisième voie qui interpelle les consciences avec la force
    prioritaire de l’amour.

    L’attitude de Jésus face à la violence peut paraître ambivalente à première lecture des Évangiles. Dans un sens, on trouve des positions qui paraissent non seulement pacifistes mais même presque fatalistes. Jésus semble ajouter la non-puissance à la non-violence. C’est l’attitude qui l’anime à la Passion quand il accepte de subir les injustices qui lui sont faites sans se défendre. Il prie même sur la croix pour demander à Dieu le pardon pour ses bourreaux1. Cela résonne de manière cohérente avec son invitation à tendre l’autre joue2, à aimer ses ennemis, à prier pour ses persécuteurs3, ou quand il déclare « heureux » les doux et les artisans
    de paix4.

    Mais si Jésus donne parfois l’impression d’une passivité presque naïve, à d’autres moments il manifeste un engagement nettement plus radical. L’épisode le plus célèbre qui va dans ce sens est celui où, avec un fouet de cordes qu’il s’est fabriqué, il chasse les vendeurs du temple. D’après lui, ils ont fait de la maison de son Père une maison de voleurs5. Serait-ce l’application d’une phrase de Jésus qui affirme : « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre mais l’épée »6 ?

    En fait, si ces deux attitudes semblent ambivalentes, c’est parce qu’elles ne révèlent que certains aspects spécifiques de convictions et de pratiques de la part de Jésus qui sont d’une richesse et d’une profondeur inouïes. Face à des situations tout sauf simples, Jésus cherche toujours la réponse juste et adaptée à la circonstance. Sa ligne directrice reste limpide : Jésus ne demeure pas un spectateur indifférent de l’injustice ou de la violence mais il souhaite les contrecarrer en touchant d’abord les consciences de leurs auteurs.

    C’est pourquoi il oppose à la loi du talion, « oeil pour oeil, dent pour dent », une attitude paradoxale. Pour lui-même comme pour ses disciples, il ne souhaite pas répondre à la violence par la violence, mais au mal par le bien. Si quelqu’un est giflé sur la joue, Jésus ne propose pas de tendre la main pour frapper à son tour mais de tendre la joue pour interpeller l’agresseur et éveiller sa conscience morale, tout en osant montrer sa vulnérabilité mais aussi son courage.

    Pour Jésus, la violence physique vis-à-vis des personnes est impensable. Jamais il ne fait ni ne veut du mal à qui que ce soit. Quand Jésus touche quelqu’un, c’est pour guérir, non pour détruire. L’intégrité physique de l’autre est un absolu, même quand cet autre est un ennemi ou un pécheur.

    Au moment de l’arrestation de Jésus, Pierre dégaine son épée et tranche l’oreille d’un serviteur du grand-prêtre, mais la réaction du Christ est sans équivoque : « Remets ton épée à sa place ! »7 Et Jésus d’accomplir un ultime miracle en guérissant l’oreille de ce Malchus. Pierre n’avait pas compris que les rares fois où Jésus a évoqué une épée, c’était dans un sens symbolique et spirituel. En effet, quand il affirme qu’il n’est pas venu apporter la paix mais l’épée, alors qu’il envoie ses disciples en mission, il signale que l’accueil de l’Évangile ne se fait pas sans déchirement puisqu’il change les êtres en profondeur.

    Finalement, la formule « remets ton épée à sa place » est l’occasion pour Jésus de réaffirmer son rejet de la violence. Jésus ne demande pas à ce que cette épée disparaisse, mais qu’elle reste « à sa place », comme s’il fallait renoncer à son usage en cherchant à renverser les situations avec la puissance prioritaire de l’amour. Un amour souvent désarmant, parfois tellement fort qu’il en devient presque violent. Là est bien la seule violence que Jésus s’autorise ! « Remets ton épée à sa place »

    L’objection de Jésus face à la violence Ni pacifiste passif, ni militant violent, Jésus modélise au travers de ses paroles et de ses actes une troisième voie qui interpelle les consciences avec la force prioritaire de l’amour.

    Gabriel Monet
    Professeur de théologie pratique à la Faculté adventiste de théologie

    Notes :

    1. Luc 23.34.
    2. Matthieu 5.39.
    3. Matthieu 5.44.
    4. Matthieu 5.3-11.
    5. Jean 2.13-16.
    6. Matthieu 10.34.
    7. Matthieu 26.52 ; Jean 18.10-11.

    Source : Revue Signes des temps - Mars-avril 2017 - page 7

    Disponible sur demande par mail à : commandes@viesante.com

     

  • EDS – Vendredi 7 avril – Pour aller plus loin

    Lisez Ellen G. White,« Le Christ, chemin de la vie », p. 428-432, et « Obéissance parfaite grâce au Christ », p. 438-441 dans Messages choisis, vol. 1.

    Ce premier chapitre de Pierre est étonnamment riche et profond, et couvre beaucoup de sujets. Pierre commence son épître par une méditation sur le caractère de la Divinité, en introduisant le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Père a donné un Sauveur en la personne de son Fils, Jésus-Christ, et nous sommes élus en lui pour la sanctification et l’obéissance. Nous parvenons à aimer Jésus, et en lui nous nous réjouissons d’une joie débordante car, par sa mort et sa résurrection, nous avons la promesse d’un « héritage impérissable » au ciel. Même dans les épreuves, nous pouvons ainsi nous réjouir grandement dans le salut qui nous est offert en Christ. « Ses lettres étaient destinées à ranimer le courage, à raffermir la foi de ceux qui passaient par l’épreuve et l’affliction et à renouveler les bonnes œuvres des fidèles qui, assaillis par de nombreuses tentations, risquaient de perdre leur confiance en Dieu. » Ellen G. White, Conquérants pacifiques, p. 463.

    En attendant, le Saint-Esprit agissait à travers les prophètes pour donner un aperçu de l’époque dans laquelle vivraient Pierre et ses lecteurs. Par conséquent, les chrétiens doivent mener des vies saintes, remplies d’obéissance à la vérité, dans des communautés caractérisées par ce genre d’amour qui provient d’un « cœur pur ».

    À méditer

    • En classe, passez en revue les réponses à la question de l’étude de mercredi : Quelle est votre motivation à être chrétien ? Quels sont leurs points communs ? Quelles sont leurs différences ?
    • Par deux fois dans ce premier chapitre (1 P 1.3,21), Pierre aborde la résurrection de Jésus. Qu’y a-t-il de si crucial pour notre foi dans la résurrection ?
    • Pierre a parlé d’un « héritage impérissable » (voir également Dn 7.18). Qu’est-ce que cela signifie ? Pensez à toutes les choses de ce monde et à cette vie qui disparaît peu à peu ou bien qui peut être détruite instantanément. Qu’est-ce que cela nous indique sur combien notre héritage promis est merveilleux ?
    • De quelle manière notre foi grandit-elle dans les épreuves ? Autrement dit, quels choix
      peut-on faire pour tirer des leçons de ce que nous traversons ?

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