La Parole de Dieu pour seule autorité

Un exemplaire de la Bible de Gutenberg.
Sur une cinquantaine d’exemplaires ou de fragments, il en existe cinq en France, deux morceaux retrouvés en 2009 à la Bibliothèque municipale des Dominicains de Colmar et trois pages conservées à la Médiathèque André Malraux à Strasbourg.

 

Par Okko HERLYN – professeur de théologie à l′université de Bochum (Allemagne)

Quiconque cherche à comprendre Luther devrait visiter l’un des monuments érigés en sa mémoire. Non, il ne s’agit pas de sa pose héroïque. Non plus de son affirmation entêtée « Ici je me tiens, je ne puis faire autrement » – du moins pas au premier abord. Et encore moins d’une sorte de transfiguration du grand Réformateur. Il s’agit tout simplement d’un objet que l’on y trouve aussi la plupart du temps : la Bible. Parfois, le Réformateur pose son poing sur elle avec détermination. Parfois, il pointe un passage en particulier.

Ou encore, il présente la Bible ouverte à un public plus large. Pour comprendre Luther, il ne faut pas commencer par sa biographie, son caractère (présumé) ou l’impact qu’il a eu sur l’histoire. Pour accéder à Luther, il nous est indispensable de nous concentrer sur ce détail que l’on perçoit sur les monuments de Luther : Les Saintes Écritures.

Le passe-partout

C’est en effet son principe « l’Écriture seule » (sola scriptura) qui nous fournit le passe pour accéder à toute la théologie de Luther. L’ensemble des autres principes de la Réforme – « le Christ seul » (solus christus), « la grâce seule » (sola gratia), « la foi seule » (sola fide), le « sacerdoce de tous les croyants », pour n’en nommer que quelques-uns – ne peut être compris qu’en tenant compte de sa compréhension de la Bible. Et même lorsqu’il se démarque avec véhémence de l’Église catholique romaine, il ne s’agit pas d’une « réaction d’entêtement postpubertaire ». Il est tenu par ce qu’il a compris en lisant la Bible. En effet, la célèbre phrase qu’il a prononcée à la Diète de Worms, « Ici je me tiens, je ne puis faire autrement », est précédée par une autre phrase : « Ma conscience est prisonnière de la Parole de Dieu : je ne peux ni ne veux me rétracter… » Prisonnier de la Parole de Dieu. Sola scriptura, l’Écriture seule. C’est le point de départ.

Néanmoins, si la théologie de Luther est entièrement fondée sur la Bible, et uniquement sur elle, il ne parle pas d’une crédulité à la lettre. L’apôtre Paul écrit : « Car la lettre tue, mais l’esprit fait vivre » (2 Corinthiens 3.6).

Pour Luther, l’autorité de la Bible ne signifie rien d’autre que d’écouter son message, même si ce dernier n’est pas toujours accessible facilement, même s’il faut lire entre les lignes ou chercher derrière les mots. C’est pour cela que sa théologie n’a jamais été une simple récitation de passages bibliques qu’il aurait lancés à la figure de son vis-à-vis pour avoir le dernier mot, mais toujours et uniquement une interprétation – c’est-àdire, essayer, avec nos moyens limités, de comprendre ce qui est écrit. Les écrits de Luther sont pour la plupart des prédications, des commentaires ou encore des conférences sur des livres bibliques ou d’autres explications de la Bible.

Le centre de la théologie de Luther

De la même manière, la doctrine de la justification, le centre de sa théologie, n’est pas née sous l’impulsion du moment, mais elle est le résultat d’une étude poussée de la Bible pendant plusieurs années. « Car nous comptons que l’homme est justifié par la foi, sans les oeuvres de la loi. » (Romains 3.28.) La parole de l’apôtre Paul était devenue le pivot de sa réflexion théologique. De nos jours, la doctrine de la justification « par la grâce seule », « par la foi seule », est de plus en plus souvent prise pour de l’histoire ancienne. Pour certains, il s’agirait d’une vérité que l’on associe, rien que pour le choix des mots du XVIe siècle, et qui serait impossible à communiquer à l’homme d’aujourd’hui. Qui, aujourd’hui, aurait encore le sentiment de devoir se justifier devant Dieu ?

Mais attention ! Ce n’est pas parce que la terminologie ne nous est plus familière que le…

Retrouvez la suite de l’article dans la Revue Adventiste du mois de février 2017.

Source : Revue Adventiste du mois de février 2017 – pages 4 et 5

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