Ce que pourrait être la toute-puissance de Dieu

Par Gérard FRATIANNI – Bibliste, pasteur à la retraite

Nous croyons que la tout- puissance divine peut faire surgir des choses du néant : « Dieu parle et la chose existe ». « Levez les yeux en haut, et regardez ! Qui a créé ces choses ! Moi l’Éternel, j’ai créé ces choses ». Elle s’est manifestée en de multiples occasions : lors du passage de la mer Rouge, dans la manne pendant les 40 ans au désert, au mont Sinaï, à travers les prophètes, etc… Le Christ l’a déployée en multipliant les pains et les poissons, en ressuscitant Lazare, en calmant la tempête, et dans toutes les guérisons qu’il a opérées. Aujourd’hui encore celle-ci « soutient toute chose, par sa Parole puissante.1 » Mais, ce Dieu tout-puissant, manifesté en Jésus, devant qui les démons plient les genoux, devant qui le vent et la tempête font silence, la maladie disparaît, et la mort même recule ses frontières, face à la résistance de l’homme, devient « impuissant ». Bien sûr que le Seigneur pourrait le forcer à obéir, mais par respect de la liberté accordée, il ne fait pas recours à la contrainte.L’homme est la seule créature au monde capable de tenir tête à son Créateur. « C’est ce qui fait sa noblesse et sa misère », se plaisait à dire Georges Stéveny à ses étudiants. Nous avons négligé de mettre en évidence cet autre aspect de la toute-puissance de Dieu, tant elle est humble.

« Il faut peu de puissance pour s’exhiber, il en faut beaucoup pour
s’effacer. » François Varillon,L’humilité de Dieu, Éditions Le Centurion, Paris, 1974, p. 60.

La toute-puissance divine n’est pas un rouleau compresseur, une force irrésistible. Elle n’est pas puissance de destruction, comme on l’imagine souvent, mais de salut, de restauration, de sollicitude et de tendresse ; Dieu redresse ce que l’adversaire courbe. Cela se fait sans éclat et dans la discrétion, pour ne pas être irrésistible. Comme le levain dans la pâte, parfois d’une manière invisible. C’est cela le Dieu que Jésus est venu nous révéler, le Dieu d’Élie, le Dieu du « murmure doux et léger ». « Je suis à la porte et je frappe …» Il faut plus de force pour rester devant la porte que pour forcer le domicile. La toute-puissance du Dieu de la Bible est une toute-puissance eschatologique qui fait « coopérer toutes choses au bien de ceux qui aiment Dieu2 » ; elle ne capitule jamais, ne renonce jamais. Elle est comme un fleuve obstiné qui contourne les obstacles et coule inexorablement vers la mer, vers la victoire finale. Mais cela ne veut pas dire que « toutes choses » sont voulues et provoquées par Dieu ! « Le terme Pantocrator (Tout-Puissant) est systématiquement utilisé dans la perspective de l’accomplissement de la seigneurie de Dieu sur l’Histoire3 ».

« Nous voulons que Dieu supprime le mal de la terre. Inconscients que
nous sommes ! Alors Dieu devrait nous supprimer nous aussi. Car le
mal est en nous, colle à notre peau. » aumônier G. Thierry – Cliquez ici

Elle est une puissance qui maîtrise les événements. Lorsque nous déclenchons une action, nous sommes incapables d’en contrôler toutes leurs conséquences. La toute-puissance de Dieu contrôle le bien comme le mal que nous mettons en circulation. Il maîtrise la suite des événements. Dieu finalise l’Histoire à travers nos libertés. Il n’est pas seul à faire l’Histoire. La foi en la toute-puissance divine, signifie que cette Histoire que nous avons écrite de travers, faite de guerres, de drames, d’accidents, de maladies, de reniements, de trahisons, de ruptures sentimentales, de rejet et abandon, et tout ce que nous avons abîmé, est contrôlée et transfigurée par sa sagesse divine. Nous croyons qu’un jour le mal sera absorbé par l’amour de Dieu. Cela fait partie de sa toute-puissance.

C’est encore une toute-puissance de pardon et de miséricorde. Il pardonne l’impardonnable. « Remettre les péchés est la marque du suprême pouvoir4. » C’est également une puissance d’accompagnement dans nos existences, pleine d’amour et de compassion : « La toute-puissance de Dieu n’est rien d’autre que la toute-puissance de l’amour: l’amour on peut le faire avorter, comme un embryon, l’étrangler comme un nouveau-né, mais si on l’accepte il vous emporte. » L’apôtre Paul appelle l’évangile « ce trésor porté dans des vases », la « grande puissance5 ».

Être un Dieu tout-puissant c’est aussi être capable de limiter sa volonté de droit, se mettre en retrait. Le livre d’Esther illustre bien comment le « tout-puissant » Assuérus signe le décret irrévocable d’extermination des Juifs. Le jour où il voulut délivrer les Juifs de la main d’Amman, il ne put annuler son décret. Impossible de faire marche arrière. Tout souverain qu’il était, sa toute-puissance était limitée. C’est le tzimtzum dont parlent les penseurs juifs. « L’Omnipotence implique la capacité de renoncer à l ’Omnipotence.» Paradoxe ! Yvan Bourquin en fait une formulation différente : « L’Omnipotent s’est fait Omni faible. À la crèche, la puissance de Dieu s’est considérablement raccourcie. Et à la croix, elle a atteint le degré zéro7 ».

Le renoncement à sa toute-puissance devient le couronnement, le comble de sa toute-puissance. Pour le dire avec Th. Lenoir, « Au Golgotha, le Très Haut se fait très bas ». C’est peut-être cela la toute-puissance de Dieu : un amour tout-puissant.

Dieu a-t-il la domination sur tout ?
Pas dans l’absolu. Notre 
liberté limite sa toute-puissance.
Sa domination n’est possible 
que lorsque sa créature entre dans son projet de vie
et qu’on le 
laisse être tout-puissant dans nos cœurs.

« Qu’est-ce qu’un amour tout-puissant ? C’est un amour qui va jusqu’au bout de l ’amour. La toute-puissance de l’amour est la mort : aller jusqu’au bout de l’amour, c’est mourir pour ceux qu’on aime. Et c’est aussi leur pardonne 8.» La Croix manifeste vraiment ce qu’est la toute-puissance de Dieu. Sur cette colline du Golgotha, « Les magistrats se moquaient de Jésus en disant : il a sauvé les autres, qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ, l’élu de Dieu ! (Le Messie Puissant !) Les soldats aussi se moquaient de lui, en disant : Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !… L’un des malfaiteurs crucifiés l’injuriait : N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et sauve-nous 9 ! » Tous les représentants de ce monde demandent un déploiement de puissance. Jésus choisit de rester sur la croix pour sauver le monde. Il lui a fallu plus de « puissance » pour rester sur la croix que pour en descendre. Au Golgotha, « Dieu en retenant son amour d’intervenir, atteint la cime de sa puissance : C’est à la lettre, la toute-puissance 10. » C’est le triomphe de la vraie puissance de Dieu, à savoir, le refus du recours au surnaturel. Le Golgotha met fin également à notre fausse image de la toute-puissance de Dieu. « La croix contredit la thèse philosophique de la toute-puissance absolue de Dieu 11. » … [la suite dans la revue de janvier 2017]

Notes
1. Ésaïe 40.26 ; 45.8 ; Psaume 33. 9 ; Romains 4.17 ; Exode 14.26-29 ; 16.35 ; Jean 6.5-15 ; Jean 11.43, 44 ; Matthieu 8.23-27 ; Hébreux 1.1-3.
2. Romains 8.28.
3. Jean-Pierre Babut, www.revue-resurrection.org Archives › n° 125 (maijuin 2008) La toute-puissance de Dieu le Père.
4. Thomas d’Aquin, Ia. IIae, q. 113, 9), cité par B. Bro, Le pouvoir du Mal, Éditions le Cerf, 1976, p. 269.
5. J.-C. Barreau, « Qui est Dieu », Éditions du Seuil, 1971, p. 60,61, 98 ; 2 Corinthiens 4, 7.
6. Sergio Quinzio, La Sconfitta di Dio, p. 44.
7. Le Journal de l’IEBC /2, vol. 8, n°1, 1995.
8. François Varillon, Joie de croire, joie de vivre, Éditions Le Centurion, Paris, 1981, p. 26.
9. Luc 23. 35-37.
10. François Varillon, La souffrance de Dieu, Centurion, Paris 1975, p. 74.
11. Georges Stéveny, Jésus l’envoyé de Dieu. Pourquoi est-il venu ? Éditions Vie et Santé, Dammarie-les-Lys, 2001, p. 191.

Lire l’intégralité de l’article dans la revue adventiste de janvier 2017 

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