Tu ne tueras point (film) – Un #film, une #histoire, des questions.

Jean-Paul Barquon

L’événement était attendu depuis longtemps. Près d’une décennie après Apocalypto, Mel Gibson est de retour derrière la caméra. Le film a été présenté en première mondiale à la Mostra de Venise. Il est depuis le 9 novembre sur les écrans de nos villes. Inspiré d’une histoire vraie, comme le précise le générique hollywoodien, le film s’attarde sur le destin de Desmond T. Doss, membre de l’Église adventiste et premier objecteur de conscience à avoir été décoré de la médaille d’honneur par l’armée américaine. Il était soldat de première classe affecté au détachement médical 307 à la 77e division d’infanterie. Sa foi chrétienne lui a permis de ne pas combattre mais de sauver des vies humaines sur les champs de bataille, au coeur des combats et au péril de sa vie.

Mel Gibson précise son choix : « Prendre un homme ordinaire, qui fait des choses extraordinaires dans des circonstances difficiles… Il va au combat avec rien d’autre que sa foi et ses convictions. Cela a quelque chose de surnaturel… La foi est indéniablement ce qui était à l’essence de Desmond. Pour aller dans un champ de bataille comme celui-là, où le combat fait rage en étant armé seulement de votre foi, vos convictions doivent être particulièrement fortes ».

Si Dieu prône l’amour du prochain, Mel Gibson, lui, n’a pas peur de montrer la violence à l’écran. C’est en réalité ce que l’on peut reprocher au réalisateur. « Dans Hacksax Bridge, la scène d’ouverture donne le ton au film : dans un champ de bataille des corps en feu jaillisent et tombent les uns après les autres, déchiquetés au son des balles et au milieu des assauts. »

En réalité, il m’a fallu attendre 20 minutes pour avoir sur l’écran les premières images du champ de bataille d’Okinawa. Une vraie boucherie qui justifie que le film soit interdit aux moins de 12 ans. On peut s’interroger sur la notion de sacrifice qui semble fasciner Mel Gibson dans sa carrière. Le lien avec La Passion du Christ (2004) et Apocalypto (2006) pourrait paraître évident. La crucifixion de Jésus pour le premier et les sacrifices humains dans la civilisation maya dans le second film. Il semble que Mel Gibson soit friand de ce paradoxe voulant que le salut puisse passer par le spectacle. Finalement, entre les mains de Gibson, Desmond Doss devient en quelque sorte un rédempteur. Le sang, la poussière et les gravas ressemblent au poid porté par un rédempteur. À ces corps rampants et sanguinolents sur le champ de bataille s’oppose presque à la fin du film une image du corps suspendu de Desmond Doss sur fond de nuages.

Le héros s’identifierait-il au Christ ressuscité ? Ce trait d’union entre la terre et le ciel a-t-il un message à transmettre ?

Si l’on quitte le terrain de l’esthétique pour s’attacher au fond de cette histoire, on ne peut que s’étonner sur l’objection de conscience.

1. Les membres adventistes du septième jour ne sont pas tous des objecteurs de conscience et cette position n’est pas celle de la Conférence générale des adventistes. La position générale est celle de non-combattant, pourtant des combattants adventistes étaient présents dans certains conflits armés… Voici quelques années, un leader de la Conférence générale des adventistes me disait, indigné par ma question, « mais nous avons le droit de défendre notre nation tout de même ! » et il ajoutait : « Pour nous, aux États-Unis, les objecteurs de conscience sont perçus comme des communistes. » Je n’avais plus qu’à me taire… Le refus de porter des armes reste bien entendu une position officielle, même si lors de certains guerres, bien des jeunes adventistes sont partis défendre leur pays… et s’il existe jusqu’à aujourd’hui un service important de l’aumônerie militaire.

2. La position de Desmond Doss présentée dans le film est belle et remarquable mais elle m’interroge. Ne peut-on pas dire qu’en se battant sans arme et en soignant les soldats blessés sur le champ de bataille, Desmond contribue tout de même à tuer ?
Mais au-delà de mes interrogations, le soldat Desmond Doss restera un puissant exemple et le restera longtemps.
Un film à voir incontestablement, mais certaines images pouvent heurter la sensibilité…

Source : Revue adventiste Novembre - Décembre 2016 - page 13

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