La Bible est-elle verte ?

Par Gabriel Monet

La Bible n’a pas été écrite dans un contexte de crise écologique et n’offre pas de traité écologique formel. Pour autant, elle n’est
pas silencieuse sur la valeur de la création et sur le soin que les humains sont invités à lui prodiguer.

Parmi les peuples qui entouraient les Hébreux, dont la Bible rapporte l’histoire, il était courant de diviniser la nature. La révélation biblique lui accorde une grande valeur en tant que création de Dieu mais ne lui donne pas la même place. Ce n’est pas la nature elle-même qui est glorifiée, mais la nature en tant qu’oeuvre de Dieu. Après chacun des six jours de la création, il est écrit : « Dieu vit que cela était bon ». De la lumière aux étoiles en passant par le soleil et la lune, du ciel et de la mer aux oiseaux et aux poissons, de la terre aux animaux et aux humains en passant par les herbes, les plantes et les arbres, pour Dieu tout cela est précieux.

Dans le projet divin tel qu’il apparaît au début de la Bible, quatre verbes sont utilisés pour évoquer les rapports que
l’homme est encouragé à développer avec le reste du vivant : « dominer et soumettre », « cultiver et garder »

Dans le projet divin tel qu’il apparaît au début de la Bible, quatre verbes sont utilisés pour évoquer les rapports que l’homme est encouragé à développer avec le reste du vivant : « dominer et soumettre », « cultiver et garder ». C’est dans Genèse 1.28 qu’on trouve la notion de domination qui, historiquement, a tellement nourri une approche instrumentale de la nature. Or le verbe « dominer » est un terme royal qui va bien plus dans le sens de ce que devrait faire un roi envers ses sujets, c’est-à-dire « prendre soin » et non « tyranniser ». Le contexte qui entoure ce verset va exactement dans ce sens. Située entre le moment où Dieu crée l’être humain à son image et le moment où il appelle au végétalisme, on voit mal comment l’invitation à la soumission et à la domination pourrait être assimilée à une exploitation illimitée, « insoutenable ».

S’il est clair que nous sommes invités à nous nourrir de toutes les richesses que produit la nature, ce n’est pas d’une manière qui dilapide ce patrimoine. Au contraire !

La domination et la soumission que l’homme exerce envers la nature ne devraient pas être différentes des liens de bonté que Dieu entretient envers l’homme. D’autre part, dans Genèse 2.15, Dieu invite l’homme et la femme à « cultiver et à garder le jardin ». L’être humain a aussi trop souvent interprété cet appel à « cultiver » comme l’autorisation d’utiliser à son propre bénéfice tout ce que la terre peut donner. S’il est clair que nous sommes invités à nous nourrir de toutes les richesses que produit la nature, ce n’est pas d’une manière qui dilapide ce patrimoine. Au contraire ! Comme l’expriment Hélène et Jean Bastaire, « Dieu confie à l’homme le soin d’aménager la nature, de la domestiquer, au sens littéral des mots.

Aménager la nature, c’est faire ménage avec elle. La domestiquer, c’est fonder avec elle une maison commune (domus). Pour les premiers chapitres de la Genèse, dominer la nature est la même chose que la domestiquer, ce n’est pas la transformer en usine à poulets, mais en maison pour tous »1.

Source : Revue Signes des Temps - Nov-dec 2015 - page 38

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