L′insolence de la non-violence

Par Jean-Paul BARQUON

Rédacteur en chef de la Revue adventiste

L’Assemblée générale des Nations-Unies a adopté le 15 juin 2007 une résolution déclarant la journée du 2 octobre « journée internationale de la non-violence ».Toutefois, la non-violence est antérieure à la date de cette résolution. Le plus ancien mouvement non-violent est celui de la réconciliation née en 1923. Un ami du célèbre Gandhi, Lanza del Vasto, créa en France la Communauté de l’Arche en 1948. À partir des années 70, Jean-Marie Muller, Jean Toulat, Jacques Semelin et d’autres personnes ont cherché à développer, dans une théorie de la non-violence, une adaptation politique à travers des groupes non-violents. Depuis, le mouvement des objecteurs de conscience et la lutte des paysans du Larzac ont popularisé ce mouvement. Il existe même des mouvements comme « les cercles de silence », « les veilleurs », « les désobéissants » qui mènent différentes actions.

Le terme de « non-violence » serait attribué à Gandhi et son expression anglaise date de 1920, mais son concept de « non-résistance » reste en référence à l’enseignement de Jésus dans le Sermon sur la montagne.
Ce concept s’inscrit très vite dans l’enseignement et le comportement du Christ. Il montra sa résistance à la tentation d’établir le Royaume de Dieu par l’usage des armes1 alors qu’autour de lui, on concevait l’image du Messie comme un leader violent. Il ne chercha jamais à faire le bien en recourant au mal ou à la politique.

90334640_o

La non-violence ne s′inscrit
pas seulement face aux armes.
On peut tuer par la langue,
par l′écrit et par un regard.

Depuis sa déclaration de principe du 3 août 1864, l’Église adventiste a été opposée au port des armes. Je conçois aisément que dans le grand continent américain avec le deuxième amendement de sa Constitution garantissant le droit de porter des armes avec ses dix amendements du 15 décembre 1791 (Bill of Rights), il soit difficile d’être compris sur ce sujet. Cette position de non-combattant ne vas pas aussi loin que celle de l’objection de conscience2, d’autant que la Conférence générale adventiste laisse ses membres libres de leur choix dans ce domaine3.

La vie de l’adventiste Desmond Doss, portée à l’écran avec le film de Mel Gibson, illustre bien l’attitude d’une véritable personne non-violente, pas seulement d’un objecteur de conscience. Il est facile d’affirmer son objection de conscience en tant de paix. Mais en tant de guerre, soigner et sauver sur les champs de bataille au péril de sa vie, reste plus difficile à vivre, surtout si l’on pense que l’on contribue indirectement au conflit armé…

Cette difficulté, le Christ lui-même l’a surmontée dès son incarnation au sein d’une humanité rebelle et secouée par les conséquences du mal.
La non-violence ne s’inscrit pas seulement face aux armes. On peut tuer par la langue, par l’écrit et par un regard. N’importe où, n’importe quand et n’importe qui. La preuve ? N’avez-vous jamais été blessé lors d’une prédication ou lors d’un débat d’une commission ? Je n’entends pas seulement la contrariété où la gestion de nos émotions devient nécessaire, mais dans nos relations humaines. N’avons-nous jamais été meurtris en découvrant un jugement de valeur, voire une calomnie à notre encontre ? À l’égard de notre famille, de notre travail ou de notre Église ?

C’est à ce moment-là, dans nos réactions que se révélera notre véritable compréhension de la non-violence. Elle se révèle dans un comportement avant de se traduire par un concept. Les adeptes de la loi du talion comme les véritables disciples du Christ montreront toujours le style de vie qui les anime. Comme l’affirmait l’excellent professeur Georges Stéveny, « Nous avons tant besoin de sentir l’infinie
tendresse de Dieu.4 »

Notes :
1. Jean 18.36, Matthieu 24.55,56.
2. cf. « Violence et non-violence », étude de la Commission d’éthique de l’UFB, septembre 2016.
3. Opus cit., p. 13.
4. Georges Stéveny, « La non-violence de Dieu et des hommes », Éditions Vie et Santé, octobre 2001.


581-nonviolencededieuLA NON-VIOLENCE DE DIEU ET DES HOMMES

Dans la Bible, il y a 2 testaments, mais un seul Dieu : telle est la conviction de Georges Stéveny, en abordant le problème de la non-violence. Les questions délicates soulevées par les « guerres saintes » du peuple hébreu, par certaines lois mosaïques, ou plus simplement par la fameuse « colère » de Dieu, méritaient mieux, en effet, que les formulations traditionnelles dans lesquelles la foi chrétienne s’est longtemps coulée. De l’ancienne à la nouvelle alliance, du décalogue aux révélations apportées par Jésus-Christ, cet ouvrage pose le problème avec franchise et justesse. Il apprend surtout à distinguer entre ce que Dieu veut et ce qu’il permet, entre ce qu’il fait et ce que les hommes font au nom de Dieu. Il n’oublie pas d’examiner les rapports entre les chrétiens et les autorités, selon l’apôtre Paul. Il fournit, bien entendu, nombre de clés utiles pour mieux comprendre l’Ancien Testament.

Les commentaires sont fermés