La laïcité : la liberté de croire ou de ne pas croire

Par Jean-Paul Willaime – Directeur d′études à l′École Pratique des Hautes Etudes – Sorbonne, Paris – Groupe Sociétés, Religions, Laïcités

Un État laïque ne professe ni une religion, ni l′athéisme. En tant qu′État, il reste neutre et garantit la liberté de religion et de conviction. C′est dans ce cadre que les différentes Églises peuvent déployer leur témoignage et leur action.

La laïcité est souvent mal comprise et mal interprétée, elle peut aussi être politiquement instrumentalisée, notamment en réaction à la présence d’une forte minorité musulmane dans la population. Particulièrement en France où l’on oppose trop souvent les « laïques » aux « croyants » (alors que la majorité des croyants sont tout aussi laïques que les réputés « laïques »), il est nécessaire de bien distinguer deux conceptions de la laïcité : la première en fait un principe général des démocraties pluralistes où l’État respecte la liberté de conscience, de pensée et de religion de ses concitoyens et reste neutre en matière de religions et de conceptions de la vie ; la seconde, qui n’est pas la laïcité comme principe constitutionnel de la République française, en fait une conception philosophique promouvant, en alternative aux conceptions religieuses, une vision séculariste de l’homme et du monde et une critique systématique des religions (identifiées à l’obscurantisme et au fanatisme). C’est la première conception qui est la véritable laïcité. Si, en effet, la laïcité, c’est bien la neutralité de l’État, des institutions et agents publics en matière de religions et de convictions, ce n’est aucunement un athéisme d’État, c’est-à-dire une option philosophique de l’État promouvant l’irreligion plutôt que la religion. L’État laïque respecte les choix religieux et philosophiques de chacun sans privilégier une religion ou une philosophie athée particulière. Selon l’article 1er de notre Constitution, « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion.

Différentes sources religieuses et non
religieuses ont nourri ce qui est devenu le socle
moral commun des sociétés démocratiques

Elle respecte toutes les croyances ». L’État de nos démocraties libérales ne s’appuie donc, en tant que tel, ni sur une religion ni sur une philosophie athée, c’est un État séculier (Secular State) et non un État séculariste (Secularist State) hostile à la religion. Il est par ailleurs important de souligner que c’est l’État qui est laïque, pas la société. Les personnes qui composent cette dernière peuvent y avoir des options religieuses ou non très diverses et les États peuvent prendre en compte de diverses manières cette composante des sociétés civiles en intégrant leurs contributions à la vie publique.

Les trois principes suivants définissent la laïcité :

1. La liberté de conscience, de pensée et de religion qui inclut la liberté d’avoir une religion ou de ne pas en avoir, la liberté de changer de religion et de pratiquer ou non la religion de son choix (dans les seules limites du respect des lois, de la démocratie et des droits de l’homme) ;

2. L’égalité de droits et de devoirs de tous les citoyens quelles que soient leurs identifications religieuses ou philosophiques, c’est-à-dire la non-discrimination par l’État et les pouvoirs publics des personnes en fonction de leurs appartenances religieuses ou philosophiques ;

3. L’autonomie respective de l’État et des religions, ce qui signifie aussi bien la liberté de l’État par rapport aux religions que la liberté des religions par rapport à l’État (dans le respect des lois et des droits de l’homme en démocratie).

Dans le domaine scolaire, si à travers les contrats d’association avec l’État prévus par la loi Michel Debré de 1959, des écoles peuvent participer au service public de l’Éducation nationale tout en conservant leur caractère propre et leur identité religieuse particulière – comme c’est le cas de l’ensemble scolaire privé Maurice Tièche à Collonges-sous-Salève – c’est bien parce que l’État reconnaît que ces établissements remplissent correctement  la mission d’éducation scolaire associant transmission des savoirs et éducation aux valeurs de la République. Et ce, tout en gardant leur identité, par exemple, pour Maurice Tièche, le projet éducatif adventiste visant « le développement physique, intellectuel et spirituel » des élèves.

S’agissant de l’enseignement de la morale à l’école, il est heureux que les pouvoirs publics soient passés d’un projet d’« enseignement de la morale laïque » à « un enseignement moral et civique ».

En effet, en parlant de « morale laïque », le projet initial sous-entendait qu’il y aurait une morale laïque autonome qu’on pourrait opposer à d’autres morales, par exemple religieuses. Or, différentes sources religieuses et non religieuses ont  nourri ce qui est devenu le socle moral commun des sociétés démocratiques et, sur le fond de cette morale commune, il est possible d’avoir différentes conceptions de la vie bonne et donc différentes morales.

Quant à « l’enseignement des faits religieux » prôné dans les écoles publiques, les écoles privées sous contrat avec l’État s’en sont également préoccupées en développant des programmes de culture religieuse offerts à tous qui sont bien distingués des éveils à la foi proposés par ailleurs aux élèves et aux familles qui le souhaitent. C’est le passage d’une laïcité d’ignorance à une laïcité d’intelligence comme l’a dit le philosophe agnostique Régis Debray. En matière de laïcité comme en d’autres matières, il est nécessaire de lutter contre les stéréotypes et les visions erronées.

« Libre de le dire »

Puis-je partager mes convictions dans la rue ou avec mes voisins ? Que va-t-il se passer si je distribue des flyers sur le campus de mon université ? Puis-je refuser à mon employeur d’exécuter une tâche qui serait contraire à mes convictions ? Une église peut-elle librement diffuser sa doctrine ? Pour répondre à ces questions et aux inquiétudes qu’elles engendrent, « Libre de le dire » apporte toutes les informations, notamment juridiques, nécessaires. Cette campagne, à l’initiative du Cnef, s’adresse à tous : croyants ou non, chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes, agnostiques, athées… De tous bords politiques, adultes, ados ou enfants, parents et grands parents, responsables associatifs ou religieux, élus… « Libre de le dire » invite à exercer ses libertés dans la connaissance des lois qui les encadrent et propose des ressources juridiques, bibliographiques ou pratiques sur les questions de liberté d’expression et de conscience dans une approche pédagogique. L’objectif est un partage serein de ses convictions, dans le respect mutuel de nos différences. En partenariat avec le site libredeledire.fr, BLF Éditions propose un ouvrage de fond et des livrets pratiques.


Source : Revue Signes des Temps - Mai-juin 2015 - page 5

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Gabriel Monet propose, à travers ce livre, un parcours à partir des textes-clés de la mission dans la Bible et de ses figures missionnaires un encouragement à considérer à frais nouveaux notre situation de témoins.

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