Divin Dialogue

meditation

Par Jean-Luc Roland

Il n’existe pas une mais des méditations, y compris au sein même du christianisme. Pour autant, quelle que soit sa forme, elle ouvre le dialogue avec le divin, dans un vis-à-vis intime, constructif et apaisant avec Dieu. La méditation chrétienne offre au croyant la possibilité de s’asseoir. De prendre du temps pour une rencontre avec Dieu qui reconstruit, féconde, donne la vie. Ce geste peut se vivre quotidiennement, et sous des formes différentes. Alors que nous courrons sans cesse et pensons trouver de la qualité dans la possession de choses, les écrivains bibliques aiment à rappeler que Dieu invite la femme et l’homme à mettre de côté chaque semaine une journée entièrement consacrée à la méditation. La vie chrétienne est une réponse à cette invitation au dialogue, à cette proposition divine. Cet échange, qu’il se vive dans le silence, la nature, l’art, la lecture d’un récit biblique, la piété personnelle, la liturgie, favorise l’écoute de Dieu.

Cependant, méditer ne signifie nullement que ce que l’on dit recevoir de Dieu provient exclusivement de lui. On ne peut le garantir de manière objective, mathématique. C’est un être humain vulnérable qui vit cette méditation. Elle reste donc marquée par sa finitude. Ne pas reconnaître et ne pas assumer cette finitude, croire détenir Dieu et un message impeccable provenant de lui, place le méditant sur un terrain risqué, celui de confondre son expérience, son ressenti, son émotion, ses convictions, avec la voix de Dieu. Ces excès ne sont pas le fruit d’une méditation, pas plus qu’ils ne le sont de la foi.

La méditation, comme le croire ont leurs pathologies. C’est le cas lorsque le croyant les réduit à des rites, à des formules, à des techniques. Ces dérives, plus ou moins grandes, s’observent aussi lorsque la foi devient croyance, lorsque la méditation demeure essentiellement cognitive et limite ainsi la nature humaine à sa dimension rationnelle.

Le chemin du dialogue avec Dieu n’est pas que mental et spirituel. Il est aussi physique, car on adore avec tout ce qu’on est. Ce dialogue, je n’en possède aucune recette. Je sais un peu mieux, après une trentaine d’années de plaisir à m’approcher de Dieu, comment j’aime méditer. C’est un chemin infiniment personnel, en aucun cas universel. Parler de méditation, c’est aussi parler de celui que les écrivains bibliques décrivent à travers l’image du souffle, de l’haleine, de la respiration, ruah dans la langue hébraïque, pneuma dans la langue grecque du Nouveau Testament.

Ces mots ont souvent été traduits en français par « esprit » et désignent Jean-Luc Rolland avant tout ce qui procure la vie, ce qui féconde, guérit, fait naître, ressuscite. Méditer, je le crois, est répondre à l’invitation de Dieu de nous placer du côté de la vie. C’est rechercher une présence – la sienne – qui nourrit, remet debout, réconforte, donne du sens, offre de l’espérance.

Ce n’est pas une technique, un spectacle, un péage pour mériter la faveur de Dieu, pas plus qu’une performance. Je la vis comme un instant d’éternité, un geste de confiance aimante envers un être d’une générosité inouïe. J’aime vivre ces minutes sabbatiques dans des lieux qui offrent aussi peu de nuisance sonore que possible. La Bible appelle fréquemment au silence. J’aime méditer à travers une marche dans la nature, une lecture de l’évangile, une poésie, la dégustation d’un morceau de pain, d’une pomme. L’écoute de Bach, de Mozart ou de Chopin. En me joignant aux amis de mon église, ou en me retirant quelques jours dans un monastère. Méditer permet de mieux connaître un Dieu qui ne passe pas son temps à évaluer l’humain, à le prendre en filature, pour l’épier. Mais cherche à le sécuriser.

Source : Revue Signe des Temps - janv-fev 2015 - page 9

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