L′ÉGLISE DU RESTE : Mythe ou réalité ? – (extrait)

LE MOTIF DU RESTE DANS L’ÉGLISE ADVENTISTE

Le motif du reste a connu six interprétations différentes dans l’histoire de l’Église adventiste. Les interprétations se sont parfois complétées les unes les autres, nuancées et amplifiées.

A. Le reste de la grande déception

L’annonce par William Miller de la fin du monde et du retour de Jésus pour 1843, puis 1844, remua des foules nombreuses. Sa proclamation était fondée, en particulier, sur l’étude des prophéties du prophète Daniel. Mais le mouvement de réveil qu’elle suscita s’acheva dans ce que l’on a appelé « la grande déception ». La plupart de ceux qui avaient attendu le retour de Jésus pour le 22 octobre 1844 abandonnèrent William Miller.

Un petit groupe de fidèles resta cependant attaché à l’étude des prophéties bibliques. Il forma le noyau de ce qui deviendra plus tard l’Église adventiste du septième jour. Peu nombreux, et sans se référer au texte de l’Apocalypse, le groupe de croyants se considéra comme le reste de la grande espérance qui avait porté près d’un million de croyants à se tenir prêts pour le retour de Jésus. C’est ainsi qu’une brochure écrite en 1846 s’adresse Au petit reste dispersé5 .

Dans ses Premiers écrits, Ellen White désignera par le terme de reste les millérites dispersés après le grand désappointement6 . Les millérites demeurés fidèles à l’espérance du retour de Jésus s’appelèrent « le peuple de Dieu », « le reste », « le petit reste », « le reste dispersé », « le petit troupeau », « le troupeau dispersé7 ».

B. Le reste fidèle

Le capitaine Joseph Bates, fervent étudiant de la Bible, découvre vers 1849 que le jour du repos mentionné par le décalogue n’est pas le dimanche, mais le sabbat, septième jour de la semaine. Pour lui, ceux qui observent les commandements de Dieu, selon Apocalypse 12.17, doivent nécessairement être des observateurs du sabbat8 . James White écrit aussi, la même année, que le sabbat est le sceau de Dieu, il est la marque distinctive des saints9 .

La réflexion se fonde maintenant sur une interprétation de l’Apocalypse de Jean. Sept ans plus tard, en 1856, Uriah Smith répond, dans la Review and Herald, à un lecteur qui lui demande pourquoi les adventistes prétendent être le reste. Dans sa réponse, il cite Apocalypse 12.17 et déclare que les adventistes sont les seuls à observer tous les commandements de Dieu, y compris le quatrième, et à avoir la foi de Jésus10. James White définira l’année suivante le reste comme celui qui est fidèle au décalogue11.

On peut donc reconnaître, à cette époque déjà, l’existence d’un discours qui fait de l’Église adventiste le reste eschatologique, en termes de fidélité aux commandements de Dieu. L’idée fait si bien son chemin qu’en 1860 déjà, il est suggéré que les observateurs du sabbat prennent le nom de « Reste12 ». Le reste de la grande déception doit donc être celui qui est fidèle aux commandements de Dieu et qui observe le sabbat. Mais, à vrai dire, le langage est apologétique. Il s’agit, par ce discours, d’inviter les croyants à observer le sabbat, à s’attacher au décalogue.

C. Le reste qui a l′Esprit de prophétie

Au cours du mois de décembre 1844, la jeune Ellen Gould reçoit une première vision et commence son ministère au sein de la petite communauté. Dix ans plus tard, au milieu des années cinquante, fin 1855, sa présence sera considérée comme une marque de l’identité du reste en référence à Ap 12.17 et 19.10. James White écrit dans la Review and Herald que la présence de ce don au sein de l’Église adventiste la qualifie comme l’Église du reste13 .

Lorsqu’en 1858 paraît le livre Spiritual Gifts, Raymond Cottrell, qui en écrit l’introduction, s’efforce de montrer que les dons spirituels ne s’arrêtent pas avec l’Église primitive, mais que Dieu continue à les accorder, et en particulier celui de prophétie pour « le reste de l’Église de l’Évangile14 ». Son argumentation sera reprise dans les années 1880- 189015. La présence du don de prophétie en la personne d’Ellen G. White confirme bien que l’Église adventiste est l’Église du reste. Cette interprétation va s’élargir avec les années. En 1899, du vivant d’Ellen White, frère H. C. Giles écrira dans la Review and Herald deux articles sur le reste. Pour lui, le témoignage de Jésus est l’esprit de prophétie que chaque croyant est appelé à recevoir pour vaincre le prince de ce monde, et délivrer à son Église des messages de la part de Dieu16 .

Plus récemment, Jean Zurcher concluait son étude sur Le Témoignage de Jésus et l’Esprit de prophétie en reconnaissant que « tous ceux qui gardent les commandements de Dieu […] ont aussi, dans une certaine mesure, l’esprit de prophétie », et que les révélations d’Ellen White ont « marqué le message adventiste, prêché par l’Église, du même esprit prophétique17 ». Ainsi, au départ, l’Esprit de prophétie c’était Ellen White, ou l’Esprit qui animait Ellen White. Puis on a souligné que chaque membre pouvait être animé de cet Esprit, et enfin, qu’il inspire le message porté par l’Église adventiste. Notre message est prophétique, éclairé par l’Esprit qui a animé Ellen G. White.

FIN DE L’EXTRAIT

Notes :

  • 5. To the Little Remnant Scattered Abroad. Ce même texte constituera l’année suivante un chapitre d’une autre brochure intitulée : A Word to the Little Flock. cf. « Remnant Church » Seventh-day Adventist Encyclopedia, Commentary, Reference Series 10, Washington DC, RHPA, 1966, p.1068, 1069.
  • 6. Premiers Ecrits, Pacific Press, Nampa, 1970, p.70, 74.
  • 7. P. G. DAMSTEEGT, Foundations…, p.147.
  • 8. A Seal of the Living God, p.55, 56. Voir l’excellente étude de C. M. MAXWELL, « The Remnant in SDA Thought », Adventist Affirm, 2/2, 1988, p.13-20.
  • 9. Lettre de J. White à Bowler, du 8 novembre 1849, citée par P. G. DAMSTEEGT, Foundations…, p.45.
  • 10. Review and Herald, 28 février 1856, p.176.
  • 11. Review and Herald, 8 janvier 1857, p.76.
  • 12. J. WHITE, « Editorial », Review and Herald, 25 septembre 1860, p.148.
  • 13. Review and Herald, 18 décembre 1855, p.92, 93.
  • 14. E. G. WHITE, Early Writings, Washington D. C., RHPA, 19451882, p.143, repris à la même page dans Premiers Écrits sous l’Église évangélique.
  • 15. Cf. U. SMITH, Synopsis of the Present Truth, 1884, p.302, 303 ; J. N. LOUGHBOROUGH, Rise and Progress of the Seventh-day Adventists, 1892, cités par C. M. MAXWELL, « The Remnant », p.15.
  • 16. « The ‘Remnant’ Overcomers », Review and Herald, 19 décembre 1899, p.816, et 26 décembre 1899, p.830.
  • 17. Etudes sur l’Apocalypse. Significations des messages des trois anges aujourd’hui, Conférences bibliques Division Eurafricaine 1, Institut adventiste du Salève, 1988, p.249, 250.

paperbackfront2_841x1190L’ÉGLISE DU RESTE

L’auteur, Richard Lehmann, cherche à apporter un éclairage sur la notion : « d’Église du reste » ou « Reste ». Au travers des clarifications et des questionnements, Richard Lehmann, nous montre que la notion de « reste » n’est pas figée. Existe aussi en numérique.

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