La vérité vous rendra libres

Par Irene SÁNCHEZ MEJÍAS - Spécialiste en médiation et conseil familial. Formation en psychanalyse, Licenciée en psychobiologie des addictions aux drogues, Licenciée en évaluation et intervention pour le troisième âge, Licenciée en évaluation des services sociaux, Technicienne supérieure en coaching personnel.

Nous ne sommes pas déterminés par notre culture, par notre vécu familial, ou par notre vécu infantile, mais en revanche nous sommes conditionnés.

« Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » ( Jean 8.32). Que cette parole de Jésus est belle, et combien il est dommage que nous fassions parfois de la religion une… prison !

Il n’y a qu’une seule Vérité, mais il existe beaucoup de façons de vivre le christianisme, et, dans notre cas, l’adventisme… autant que de personnes. Il n’y a qu’une seule Vérité, mais aucun être humain ne la possède, car cette vérité que chacun croit détenir est polluée par notre propre subjectivité. Il n’y a qu’une seule Vérité, mais cette vérité, Dieu seul la possède. Notre façon de comprendre et de vivre la religion est conditionnée par de nombreux facteurs : l’âge, le sexe, l’éducation familiale, la culture, les expériences vécues qui nous ont marqués en bien ou en mal, le tempérament, la structure mentale… avec tout cela, il n’est pas difficile d’imaginer combien de combinaisons possibles peuvent exister lorsqu’on veut comprendre et vivre la Vérité.

Généralement, les hommes vivent une religion plus normative et sont davantage orientés vers les prophéties et les questions théologiques, alors que la majorité des femmes se tournent plus vers une religion moins normative, plus fondée sur l’amour et sur la prière. Les enfants vivent une religion magique, les adolescents se révoltent contre les normes ou les incohérences religieuses, l’adulte recherche un équilibre et la personne âgée se réconcilie avec Dieu car elle voit venir la fin de sa vie.

« Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » Comme c’est beau et à la fois difficile pour certaines personnes !… Pourquoi est-il si difficile, pour certains enfants de Dieu, de vivre le genre l’expérience religieuse que le Christ nous montre ? Une religion libre et saine fondée sur un vécu personnel avec le Christ et dans laquelle les normes, toujours nécessaires, sont des conséquences de l’amour de Dieu et non quelque chose d’imposé.

Combien de fois j’entends de la bouche d’adventistes que c’est pesant et difficile de suivre Jésus ! Combien de fois j’entends ces personnes critiquer des frères qui vivent une religion plus libre, plus simple, ce qui ne veut pas dire exempte de normes et de limites. Comme s’il n’existait qu’une seule façon de vivre la Foi… la leur.

Certaines personnes ont une vraie difficulté à vivre une religion de liberté, une religion saine et équilibrée, car, comme je le disais précédemment, notre Vérité est conditionnée par notre propre subjectivité. Lorsqu’on m’a demandé d’écrire cet article, j’ai pensé à la difficulté de parler d’un sujet aussi scabreux que celui des extrémismes religieux sans que personne ne se sente offensé. Cependant, je considère que c’est un sujet qui mérite d’être traité. Nous vivons des moments où le fanatisme religieux fait des dégâts dans différentes parties du monde. Nous, les chrétiens, sommes indignés face à la barbarie de l’intégrisme islamique, mais nous oublions les ravages faits dans les siècles passés par l’intégrisme chrétien. Il n’y a qu’à se rappeler la guerre sainte des Croisades, le tribunal de la Sainte Inquisition, etc.

Non, le christianisme n’a pas non plus été exempt de fanatisme.

Et qu’en est-il des extrémismes religieux actuels au sein de notre Église ? Quelles sont ses causes et que pouvons-nous faire à ce sujet ? On ne peut pas dire qu’il n’existe qu’une seule cause. Trois au moins me viennent à l’esprit : notre culture d’origine, l’éducation reçue dans la famille et les pathologies mentales.

Ce n’est pas la même chose si nous venons d’un pays où existe la liberté politique et religieuse ou si nous venons d’un pays soumis à une dictature et où règne la loi du plus fort. Les choses sont différentes si nous venons d’une famille libérale, d’une famille traditionnelle ou d’une famille où l’on vit une religion culpabilisante et punitive, où presque tout est péché ou provoqué par Satan. La religion associée à la violence sociale ou intra-familiale, qu’il s’agisse de violence physique, verbale ou psychologique est extrêmement déstructurante pour notre psychisme. Au point que dans l’histoire familiale de psychopathes et de sociopathes, on trouve fréquemment la religion associée à des abus d’un autre genre.

Nous ne sommes pas déterminés par notre culture, par notre vécu familial, ou par notre vécu infantile, mais en revanche nous sommes conditionnés. Cela est dû à l’influence du milieu où nous avons été élevés, ou du milieu où nous vivons, et au fait que la structure mentale se construit dans l’enfance.

Face aux extrémismes religieux venant de facteurs culturels, la solution passe par des campagnes politiques et d’éducation scolaire pour changer ces modèles sociaux. Face aux extrémismes religieux venant de l’éducation familiale, la solution consiste à construire des familles plus saines. Dans ce but, il faut organiser dans notre entourage des séminaires où on donne aux parents des outils pour inculquer à leurs enfants une éducation religieuse saine et équilibrée. Mais la solution est beaucoup plus difficile lorsque les extrémismes religieux sont associés à des problèmes psychologiques ou mentaux.

Notre structure mentale se construit dès le ventre de notre mère, en interaction avec notre première pourvoyeuse d’aliments et de soins, puis par la fonction paternelle et en relation avec nos vécus infantiles. La construction de notre structure mentale est semblable à celle d’une maison. Si notre maison est mal cimentée, même si elle est très belle, elle sera source de problèmes, des problèmes qu’il faudra traiter, mais qu’on pourra difficilement résoudre complètement. Les vécus traumatisants de notre enfance abîment notre structure mentale, et même si nous sommes résilients et que nous avons beaucoup de foi, il demeurera toujours une trace ou une fragilité, ce qu’on appelle en psychanalyse « le reste »… ce qui reste de ce traumatisme. Certaines personnes, à cause de faits traumatisants vécus dans l’enfance, ont une structure mentale extrêmement névrotique, psychotique ou perverse. Ces personnes ont une difficulté réelle à vivre une religion libératrice, saine et équilibrée. La personne souffrant d’une névrose obsessionnelle a tendance aux extrêmes dans n’importe quel domaine de sa vie.

Elle oscille entre des actes compulsifs, où il lui est très difficile de contrôler ses impulsions, et un rigoureux contrôle sur elle-même ou sur les personnes de son entourage. Ces personnes ont tendance à l’agressivité, aux extrémismes religieux et à l’imposition de leur vision de la religion comme une façon inconsciente de mettre des limites à leurs tendances compulsives. Il n’est pas étonnant qu’elles passent d’un extrême à un autre, du fanatisme au manque de limites.

La personne qui souffre d’une névrose hystérique a tendance au mysticisme, à vivre la religion avec beaucoup de dramatisation et de grandes fanfaronnades en public, allant jusqu’à de véritables crises d’hystérie où elles peuvent même perdre connaissance. Dans les cas les plus graves, des délires hystériques peuvent apparaître, comme de se croire prophète, ou même des hallucinations religieuses.

« Jésus nous conduit vers une religion de cohérence, de respect et de liberté, il n’y a pas deux personnes qui vivent la foi de la même manière… »

La personne souffrant d’une psychose ne se connecte que partiellement à la réalité, elle vit une religion magique. Si la psychose est maniaco-dépressive, ce qu’on appelle communément trouble bipolaire, elle alternera entre des périodes où elle se sentira tellement indigne de Dieu qu’elle pourra se séparer de l’Église ou avoir des idées suicidaires, alors qu’à d’autres moments elle se sentira un prophète choisi par Dieu pour une oeuvre particulière. La schizophrénie présente un niveau élevé de déstructuration mentale.

Cependant, les personnes souffrant de psychoses paranoïaques sont des individus très intelligents et charismatiques ayant beaucoup de puissance pour entraîner les foules. C’est le cas des leaders charismatiques qui créent des mouvements religieux séparatistes pouvant être très dangereux, en raison de leur capacité à entraîner des personnes faibles dans leurs délires religieux, avec parfois des conséquences très graves.

En dernier lieu, la souffrance dans l’enfance peut donner lieu à une structure mentale perverse. Ces personnes manquent d’empathie et la souffrance des autres leur procure du plaisir. Une personne ayant cette structure peut être un leader très respecté et mener une double vie. Le cas typique est celui du leader religieux qui abuse sexuellement de mineurs sans éprouver le moindre remord. Les personnes présentant les problématiques décrites ont été victimes de vécus traumatisants qui ont abîmé leur structure mentale, c’est pourquoi il leur est difficile de vivre la religion d’une façon équilibrée. Il leur est donc conseillé de recevoir une aide psychothérapique. N’oublions pas que Jésus nous conduit vers une religion de cohérence, de respect et de liberté, qu’il n’y a pas deux personnes qui vivent la foi de la même manière, et que l’Église ne pourra croître que s’il y a unité dans la diversité.

Source : Revue adventiste Juillet-Août 2016 - pages 10 et 11

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