HARMAGUÉDON

L′agression de l′espérance.

Par Jean-Paul BARQUON - Département des Communications de l’UFB

« Le sixième répandit sa coupe sur le grand fleuve, l’Euphrate. L’eau en tarit pour préparer le chemin aux rois qui viennent de l’Orient. Je vis sortir de la bouche du dragon, de la bouche de la bête et de la bouche du prophète de mensonge trois esprits impurs, semblables à des grenouilles. Ce sont des esprits de démons qui produisent des signes et qui s’en vont vers les rois de toute la terre habitée afin de les rassembler pour la guerre au grand jour de Dieu, le Tout-Puissant.
– Je viens comme un voleur.
Heureux celui qui veille et garde ses vêtements, pour ne pas marcher nu, pour qu’on ne voie pas sa honte !
– Ils les rassemblèrent au lieu appelé en hébreu Harmaguédon » Apocalypse 16.12 – 16 (version NBS).

Le nom Harmaguédon nous est rapporté par le texte biblique d’Apocalypse 16.12 – 16. Il suscita depuis fort longtemps l’imagination des croyants. Friands des prophéties bibliques, certains furent bien imprudents en se plaçant sur le terrain mouvant de la spéculation. On a souvent tenu à voir un choc entre l’Orient et l’Occident, choc des cultures, choc économique, conflit militaire, etc. Parmi les best-sellers du marché de la littérature chrétienne, le livre de Hal Lindsay « Late Great Planet Earth » s’est vendu à des millions d’exemplaires en faisant de son auteur une référence à la limite d’une sorte de gourou pour tous ceux qui partagent aux États-Unis les vues du Dallas Theological Seminary sur le retour du Christ.

Le cinéma a même développé l’imaginaire d’un « armageddon » en 1998 avec la création de l’oeuvre de Michaël Bay et la notoriété de l’acteur Bruce Willis. Un astéroïde se dirige vers la terre à la vitesse de 35 000 kilomètres à l’heure. Avec autant d’imagination nous sommes loin du texte de l’apôtre Jean et de la description de son livre. Résultat : la prophétie est discréditée, la perte de confiance dans la révélation biblique s’agrandit, le scepticisme et le doute s’enracinent imperceptiblement dans les mentalités.

Nous ne sommes pas les premiers lecteurs à lire les textes que nous avons sous les yeux. Avant nous, d’autres croyants, d’autres écoles ont lu ce passage, en s’arrêtant sur cette mention au sein de la sixième coupe, son insertion au sein du manuscrit de l’Apocalypse rédigé par Jean.

Bien des commentateurs favorisent une approche allégorique dans leur interprétation des textes prophétiques et eschatologiques. En ne respectant aucune règle d’interprétation des textes (herméneutique) on peut s’acheminer sur des terrains particuliers au dénouement incertain. Quelle aubaine pour certains de comparer l’assèchement de l’Euphrate à la crise pétrolière… et ne pas vouloir comprendre que les éléments décrits dans l’Apocalypse ne sont que des symboles et que nous ne sommes pas autorisés à les associer à des événements contemporains fluctuant d’une année sur l’autre… Une affirmation, en 2016, sur un passage peut être démentie quelques années plus tard, puisque notre société est en évolution permanente.

Les méthodes d′interprétation

L’interprétation biblique est passée par plusieurs écoles1, depuis celle de l’Église catholique romaine à la lecture herméneutique historico-littérale et typologique de l’école d’Antioche et celle des protestants Réformés ; de l’herméneutique anti-surnaturelle, de la critique historique bien rationaliste des Lumières jusqu’à l’herméneutique de compréhension subjective de Schleiermacher ; l’approche néo-orthodoxe de Barth et de Bultmann ; de la métacritique à l’herméneutique de la suspicion ; de l’herméneutique sociale (incluant la théologie de la libération et la théologie féministe) à la nouvelle approche (la rhétorique, le structuralisme, la sémiotique, la théorie narrative, etc.) jusqu’à la déconstruction du texte.

Le genre prophétique diffère des autres genres bibliques en raison des visions, des symboles, des images, des structures, des accroches et des références d’une époque orientale différente de la nôtre. Le livre de l’Apocalypse ne se lit pas et ne s’interprète pas comme celui du Lévitique ou de l’évangile de Matthieu. Un effort est donc nécessaire dans notre approche, en s’écartant de rudiments fantaisistes et d’énumérations ésotériques.

Pour un auteur comme Donald E. Mansell, missionnaire adventiste et rédacteur dans l’Idaho : « Dans nos milieux, aucune autre discussion n’a probablement autant échauffé les esprits et en même temps autant manqué d’illuminer les derniers temps que la discussion sur les différentes interprétations de la bataille d’Harmaguédon et du « roi du nord » apocalyptique qui lui est traditionnellement associé2 ». Ne nous trompons pas d’objectif. La compréhension d’un commentaire prophétique ne donne pas forcément accès au salut en Jésus-Christ. Nous nous situons dans le christianisme de la justification par la foi et non pas du salut par la connaissance, même si la connaissance prophétique a son importance.

Toutefois, le rôle des prophéties bibliques a toujours été d’orienter les lecteurs attentifs vers le rédempteur, Maître de l’histoire, en créant une plus grande confiance dans la réalisation de la promesse de son avènement final et de l’instauration de son Royaume.

Les différentes interprétations sur Harmaguédon

Au sein des commentateurs adventistes et des historiens de notre Église on discerne quatre périodes d’interprétation d’Harmaguédon3 :

1. de 1846 à 1871 Harmaguédon = conflit entre les forces du Christ et celles de Satan. Le Roi du Nord étant perçu comme la papauté4.
2. de 1871 à 1903 Harmaguédon = le combat des nations rassemblées en Palestine contre le Christ. Le Roi du Nord étant la Turquie5.
3. de 1903 à 1952 Harmaguédon = le conflit militaire mondial entre les nations réunies en Palestine. Selon cette interprétation, le Christ joue un rôle minime dans ce conflit.
4. depuis 1952, on semble revenir à la première interprétation en affirmant qu’Harmaguédon serait le conflit entre le Christ et Satan.

De moins en moins d’adventistes s’attachent à l’interprétation militaire et ceux qui pensent que le conflit aura trait à la résolution finale de la question du sabbat et du dimanche sont de plus en plus nombreux6. Toutefois, depuis les évènements de la première guerre du golfe en 1990-1991, puis de la seconde guerre du golfe en 1991-2003, le choc des attentats du 11 septembre 2001, ceux de Gaza en 2009, et maintenant avec les tentatives de terreur de Daesh, certains veulent y voir la préparation d’un gigantesque conflit militaire entre les nations du monde, réunies au Moyen-Orient. Méfionsnous donc des explications fantaisistes diffusées sur YouTube…

James White et Uriah Smith ont eu des points communs sur l’interprétation des années 1846-1871, mais aussi des points divergents.
Au niveau des convergences
– le conflit d’Harmaguédon se produit au moment du retour du Christ,
– les antagonistes sont le Christ et Satan,
– le conflit se termine avec la défaite finale des méchants.

Source : Revue adventiste Juin 2016 - pages 12 et 13

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