Communion avec l′invisible

Par : Jean-Paul BARQUON – Rédacteur en chef de la Revue Adventiste

La prière du croyant reste un acte essentiel. Elle fait partie d’une approche naturelle et fondamentale dans toute relation avec Dieu. Elle est véritablement la respiration de l’âme, comme se sont plu à l’affirmer bien des croyants dans le déroulement de l’histoire.

La prière d’un adventiste du septième jour ne diffère pas de celle d’un croyant d’une autre dénomination dans la mesure où l’un comme l’autre s’adresse au Père. L’exaucement de la prière ne dépend pas de l’appartenance ecclésiale. Les enfants sont différents mais le Père est le même pour tous, d’autant que bons ou méchants, justes ou injustes, tous bénéficient des mêmes avantages et des mêmes inconvénients de la nature et des caprices du temps (Matthieu 5.45).

Dans son enseignement, Jésus insiste avec raison sur la pudeur du croyant appelé à s’isoler dans la pièce la plus retirée de sa maison puis à fermer la porte avant de prier (Matthieu 6.6). Vous n’êtes pas surpris par autant de précautions à la recherche de la discrétion ? La prière personnelle exige à la fois de la discrétion et de la retenue. Elle se veut à l’encontre de ceux qui veulent être vus. Les Pharisiens ont besoin de s’exposer pour faire bonne impression en exprimant des paroles de piété et d’autosatisfaction. Cette absence de pudeur et cette recherche d’étaler son autosatisfaction, de répéter des formules reste révélatrice d’une maladie du sentiment religieux.

La prière véritable favorise l’union entre l’humain et le divin, entre l’éphémère et l’absolu. Elle se traduit par une communion. Cette union nous accompagne et nous guide. L’apôtre Paul associe l’Esprit de Dieu à la prière persévérante (Éphésiens 6.18).

Depuis le temps que nous cultivons cette habitude, je me demande souvent ce que nous devenons par nos prières. Je crois à la transformation de notre personnalité par la prière. Ce façonnage intérieur qui progressivement et lentement bouleverse le croyant en lui apportant une autre nature. La façon de regarder les autres, de comprendre leur situation, ne peut plus être la même après avoir prié. La prière ne suscite ni mépris, ni indifférence ni haine, mais elle amorce une dimension insoupçonnable…

Lorsque Luc, le médecin, se démarque des autres évangiles et retient le temps considérable que Jésus prend dans la prière (Luc : 5.16 ; 6.12), que veut-il nous montrer ? Quel est l’avantage apporté par les déserts fréquentés par Jésus ? Quelle est l’utilité pour un homme public de passer la nuit en prière sur une montagne comme il le fait ?

Chaque fois qu’un homme est appelé pour remplir une mission particulière, il se retire un certain temps pour se préparer. C’est l’expérience de bien des prophètes d’Israël appelés à ramener sans cesse le peuple vers l’adoration du Dieu unique.

Jésus-Christ s’est préparé en puisant ses forces auprès de Dieu. Son humanité ne fut pas un obstacle pour puiser auprès de son Père les forces nécessaires. Il avait besoin de s’écarter de l’agitation des hommes, des requêtes de la foule, de l’attente de ses disciples pour se retrouver seul dans la communion avec Dieu.

La prière est un bien-être qui travaille nos cœurs dans la paix et la sérénité. Elle favorise la bonté et la beauté, même l’esthétique des gestes. Cette métamorphose est vérifiable. Le mont Thabor a connu la transfiguration du Christ (Luc 9.28-36).

La vocation d’un ermite, en marge de la civilisation n’est pas à rechercher.

Au Ve siècle, à Constantinople, des croyants, les acémètes, ont pris la décision de ne plus dormir, de rester éveillés voulant à la fois prolonger la veille des nuits du Christ et perpétuer le conseil de Paul invitant les chrétiens à prier sans cesse (1 Thessaloniciens 5.17). À partir d’une bonne intention, manifestement les acémètes se trompaient.

Puis d’autres croyants ont cru qu’il fallait s’écarter du monde, de l’humanité, du mal. Ils ont préféré vivre en vase clos et se sont repliés sur eux-mêmes. Sortir de Babylone pour tenter d’établir une communauté religieuse de parfaits. Se détourner du mal de nos sociétés pour créer une humanité de purs et d’éclairés… Une fois de plus, ces croyants se trompaient.

Au XIXe siècle, l’évangéliste américain Dwight L. Moody a écrit : « Quand je prie, je parle à Dieu, mais quand je lis la Bible, Dieu me parle. Et, au fond, il est plus important que Dieu me parle plutôt que je lui parle. Je crois que nous prierions mieux si nous connaissions mieux notre Bible ».

Que nos faiblesses et nos fragilités n’atténuent pas notre communion avec Celui qui est.

Source : Revue Adventiste Mai 2016 – page 3

 

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